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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2403020

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403020

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403020
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre Reconduite à la frontière 12
Avocat requérantLECHABLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 mars 2024 et le 24 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Lechable, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer pendant la durée de cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2024, le préfet de la Moselle, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du

14 novembre 2018 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres et la liste de ceux dont les ressortissants sont exemptés de cette obligation ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binet, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Binet a été entendu au cours de l'audience publique.

Aux termes de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'instruction est close soit après que les parties ont formulé leurs observations orales, soit, si ces parties sont absentes ou ne sont pas représentées, après appel de leur affaire à l'audience. "

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant moldave, a fait l'objet le 23 février 2024 d'une remise par les services de la police aux frontières de Forbach, conformément à l'accord entre le gouvernement de la république française et le gouvernement de la république fédérale d'Allemagne relatif à la réadmission et au transit des personnes en situation irrégulière. M. C n'ayant pas été en mesure de présenter un document lui permettant l'entrée, la circulation ou le séjour sur le territoire français, a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 23 février 2024, le préfet de la Moselle a obligé M. C à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement au fin de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. M. C demande au tribunal d'annuler les décisions contenues dans cet arrêté du

23 février 2024.

2. En premier lieu, par un arrêté DCL n° 2024-A-6 du 17 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la Moselle du 22 janvier 2024, le préfet de la Moselle a donné à M. B D, directeur de l'immigration et de l'intégration, pour les matières relevant de sa direction. Si M. C soutient que le préfet de la Moselle ne démontre pas avoir été empêché de signer la décision en litige, il ressort des termes de l'arrêté du 17 janvier 2024 que la délégation donnée à M. B D n'est soumise à aucun empêchement préalable du préfet. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige du 23 février 2024 du préfet de la Moselle mentionnent de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et notamment cite la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionnent des éléments de la situation personnelle de M. C et indique que les décisions prises ne contreviennent pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des pièces versées au dossier, que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé, au moment où il a pris la décision et au regard des informations dont il disposait pour le faire, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté comme manquant en fait.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) 2018/1806 du 14 novembre 2018 susvisé fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres et la liste de ceux dont les ressortissants sont exemptés de cette obligation : " 1. Les ressortissants des pays tiers figurant sur la liste de l'annexe II sont exemptés de l'obligation prévue à l'article 3, paragraphe 1, pour des séjours dont la durée n'excède pas 90 jours sur toute période de 180 jours () " pour franchir les frontières extérieures des Etats membres. Aux termes de l'annexe II mentionnée à cet article : " Liste des pays tiers dont les ressortissants sont exemptés de l'obligation de visa lors du franchissement des frontières extérieures des Etats membres pour des séjours dont la durée n'excède pas 90 jours sur toute période de 180 jours : () / Moldavie () ", cette exemption s'appliquant " aux titulaires de passeports biométriques délivrés par la Moldavie en conformité avec les normes de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;

2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; (). ".

6. Il ressort du règlement (UE) 2018/1806 du 14 novembre 2018 que la Moldavie fait partie des pays tiers dont les ressortissants sont exemptés de l'obligation de visa lors du franchissement des frontières extérieures des Etats membres pour des séjours dont la durée n'excède pas 90 jours sur toute période de 180 jours, à condition que ces ressortissants soient titulaires d'un passeport biométrique délivré par la Moldavie en conformité avec les normes de l'Organisation de l'aviation civile internationale. En l'espèce, M. C verse au débat un passeport moldave établi le 21 août 2023. Un tel passeport biométrique répond aux conditions de forme exigées par les dispositions du règlement précité. Par suite, en opposant à M. C son entrée irrégulière sur le territoire français, le préfet de la Moselle a méconnu les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Toutefois, il ressort du procès-verbal d'audition établi le 23 février 2024 par un brigadier-chef de police en fonction à Forbach que M. C a déclaré vivre en France depuis deux ou trois années et faire des allers-retours en Moldavie pour respecter le cadre fixé par le règlement du 14 novembre 2018. Toutefois, M. C ne produit aucun justificatif à l'appui de ses allégations et a, par ailleurs, déclaré louer un appartement à Saint-Maur-des-Fossés. Ainsi, à la date de la décision en litige, le requérant s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de 90 jours sans être titulaire d'un titre de séjour. Par suite, la décision en litige pouvait être légalement fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Il ressort du procès-verbal cité plus haut que M. C vit en concubinage, en France, avec la mère de leur enfant commun, elle-même ressortissante moldave, et déclare que les membres de sa famille résident en Moldavie. En outre, le requérant indique résider en France depuis 2022 et faire régulièrement des allers-retours en Moldavie. M. C déclare aussi exercer une activité professionnelle, mais ne produit aucun justificatif à l'appui de ses allégations. Enfin, M. C justifie au cours de la présente procédure que son enfant présente une pathologie cardiaque, mais ne démontre pas que son état de santé nécessiterait un suivi qui ne serait pas proposé par le système de santé moldave et qui l'empêcherait de voyager. Dès lors, aucun élément ne s'oppose à ce que M. C reconstitue sa cellule familiale en Moldavie où il dit se rendre régulièrement. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Moselle aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En sixième lieu, et pour les mêmes raisons que celles évoquées au point précédent, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

11. En septième lieu, pour les mêmes raisons que celles évoquées au point 2, la décision fixant le pays à destination duquel M. C est susceptible d'être éloigné n'est pas entachée d'incompétence de l'auteur de l'arrêté et ce moyen doit être écarté.

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

13. En huitième lieu, l'arrêté en litige fait référence aux dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. C ne justifie pas précisément de la date d'entrée sur le territoire français, qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans le pays dont il est ressortissant. L'arrêté en litige relève l'absence de menace pour l'ordre public ou d'une précédente mesure d'éloignement, et cette circonstance est sans incidence sur la motivation de la décision en litige dès lors que le préfet ne s'est pas fondé sur ces considérations pour édicter une telle mesure. Par suite, l'arrêté en litige atteste de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté comme manquant en fait.

14. En neuvième et dernier lieu, en fixant la durée de cette interdiction de retour sur le territoire français à un an, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation eu égard à des considérations exposées au point précédent.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, lui a fixé son pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Moselle.

Le magistrat désigné,

D. BINETLa greffière,

C. MAHIEU

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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