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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2403303

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403303

mercredi 1 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403303
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantOUEDRAOGO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a rejeté la requête de M. C... visant à annuler le refus implicite de délivrance d'un titre de séjour "vie privée et familiale". La juridiction a jugé que le préfet de Seine-et-Marne n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que les liens personnels et familiaux du requérant en France ne justifiaient pas la délivrance d'un titre. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2024, M. B... C..., représenté par Me Ouedraogo, demande au tribunal :

d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;

de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros à verser à Me Ouedrago au titre des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l’Etat.


Il doit être regardé comme soutenant que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2025, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable, dès lors qu’elle est dirigée contre une décision inexistante, et que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du président du bureau d’aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du 15 mai 2024.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Prissette,
et les observations de Me Ouedraogo, représentant M. C....


Considérant ce qui suit :

M. B... C..., ressortissant congolais, est entré sur le territoire français en octobre 2013 selon ses déclarations. Par un courrier réceptionné le 22 mai 2023, il a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. En l’absence de réponse à cette demande, une décision implicite de rejet est née. M. C... demande au tribunal d’annuler cette décision.


Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

Le préfet de Seine-et-Marne fait valoir en défense que, faute pour le requérant d’établir avoir déposé un dossier complet de demande de titre de séjour par voie postale, « aucun refus implicite n’a pu lui être opposé », de sorte que sa requête serait dirigée contre une décision inexistante.

Aux termes de l’article R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d’asile : « Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Selon l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois (…) ».

Le silence gardé par le préfet sur une demande de titre de séjour fait en principe naître, au terme d’un délai de quatre mois, une décision implicite de rejet de cette demande. Il en va autrement lorsqu’il est établi que le dossier de la demande était incomplet, le silence gardé par l’administration valant alors refus implicite d’enregistrement de la demande, lequel ne constitue pas une décision susceptible de recours. Le dossier est incomplet en l’absence de l’un des documents mentionnés par l’article R. 431-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou lorsque l’absence d’une pièce mentionnée à l’annexe 10 rend impossible l’instruction de la demande.

En l’espèce, M. C..., qui produit un formulaire de demande de titre de séjour dûment complété, justifie avoir sollicité son admission au séjour par un courrier du 17 mai 2023, lequel a été réceptionné par le préfet de Seine-et-Marne le 22 mai 2023. En se bornant à faire valoir que l’intéressé ne justifie pas qu’il aurait déposé par voie postale un dossier complet, sans préciser quelle pièce requise par les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ferait défaut, le préfet de Seine-et-Marne n’est pas fondé à faire valoir qu’aucune décision implicite de rejet ne serait née, au terme d’un délai de quatre mois, sur la demande de titre de séjour présentée par le requérant. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée du caractère inexistant de la décision attaquée doit être écartée.


Sur les conclusions à fin d'annulation :

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Il ressort des pièces du dossier et n’est pas contesté par le préfet de Seine-et-Marne, que M. C..., qui a déclaré être entré sur le territoire français en octobre 2013, y réside habituellement depuis cette date. En outre, l’intéressé justifie avoir conclu le
22 juin 2020 un pacte civil de solidarité avec une compatriote titulaire d’une carte de résident valable jusqu’au 30 janvier 2029. M. C..., qui démontre par les nombreuses pièces qu’il produit résider avec sa partenaire depuis l’année 2018, justifie de la réalité et de la stabilité de leur communauté de vie depuis près de cinq ans à la date de la décision implicite attaquée. De plus, le requérant soutient également que sa partenaire et lui sont les parents d’un enfant né en 2009 et produit en ce sens une déclaration de paternité établie le 28 février 2024, postérieurement à la décision attaquée, et se prévaut de la présence au sein de la cellule familiale du deuxième enfant de sa partenaire, né en 2015 d’une précédente union et de nationalité française. Dans ces conditions, eu égard notamment à l’ancienneté de son séjour en France et de son union avec une compatriote en situation régulière en France au regard de son droit au séjour et qui avait, à ce titre, vocation à demeurer sur le territoire français à la date de la décision contestée, le requérant doit être regardé comme ayant fixé le centre de ses attaches privées et familiales sur le territoire français. Il suit de là que M. C... est fondé à soutenir que la décision implicite attaquée porte au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Le moyen soulevé en ce sens doit, par suite, être accueilli.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision implicite refusant d’admettre M. C... au séjour doit être annulée.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ».

Par application de ces dispositions, il y a lieu, sous réserve d’un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l’intéressé, d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. C... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.


Sur les frais liés au litige :

M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle. Ainsi, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Ouedraogo, avocat de M. C..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Ouedraogo d’une somme de 1 200 euros.




D E C I D E :


Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à la demande de titre de séjour présentée par M. C... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. C... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat (préfet de Seine-et-Marne) versera à Me Ouedraogo une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C..., à Me Ouedraogo et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.




Délibéré après l'audience du 10 mars 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,
M. Combier, conseiller,
Mme Prissette, conseillère.





Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2026.



La rapporteure,

L. PRISSETTE

La présidente,

I. GOUGOT

La greffière,





M. A...


La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
N° 2403303
40
La greffière,1


1

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