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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2403677

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403677

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403677
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSERRE et BOULEBSOL AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mars 2024, M. B C, représenté par Me Desenlis, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire :

1°) d'ordonner la suspension de la décision en date du 23 mars 2024 par laquelle l'aide sociale à l'enfance de Seine-et-Marne a mis fin à sa prise en charge à compter du 2 avril 2024 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de procéder au

réexamen de sa demande de renouvellement de son contrat " jeune majeur " dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance et de lui procurer, dans un délai de 48 heures, une solution d'hébergement et une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de condamner le conseil départemental de Seine-et-Marne à payer à son conseil la somme de 1.500 euros par application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, que le bénéficiaire aurait exposé s'il n'avait pas eu cette aide.

Il indique que, de nationalité tunisienne, il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance depuis le 15 septembre 2022, qu'il a bénéficié de plusieurs contrats " jeune majeur ", et qu'il a été informé de la fin de sa prise en charge à compter du 2 avril 2024, qu'il a besoin d'un soutien social et administratif afin de l'aider dans ses démarches, car il n'a toujours pas de titre de séjour, et qu'il n'a pas la capacité de trouver un hébergement.

Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il n'a aucun soutien et n'a pas d'hébergement et que la décision contestée porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à bénéficier d'un accompagnement en qualité de " jeune majeur " en application de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2024, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne, représenté par Me Boulebsol, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés, et qu'en tout état de cause la condition d'urgence n'est pas satisfaite, l'intéressé disposant d'un titre de séjour valable jusqu'en

novembre 2024, qu'il est en contrat d'apprentissage jusqu'en mai 2024 dans un secteur où il n'aura pas de difficulté à trouver du travail et qu'il a refusé à plusieurs reprises un hébergement au motif qu'il s'agissait d'une colocation.

Vu

- la décision contestée,

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 2 avril 2024, tenue en présence de Madame Dusautois, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Desenlis, représentant M. C, requérant, présent, qui rappelle que son contrat d'apprentissage se termine en mai 2024, qu'il n'a aucun moyen de trouver un hébergement, qu'il a fait des démarches pour obtenir une place en foyer de jeune travailleur mais que cela lui a été refusé par manque de place.

- les observations de Me Boulebsol, représentant le conseil départemental de Seine-et-Marne, qui maintient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite car l'intéressé ne s'est pas mobilisé pour trouver un hébergement en foyer de jeune travailleur et qu'il a refusé une proposition car il voulait un logement seul, qu'il n'est venue récupérer son dossier que le 13 mars 2024 alors qu'il lui avait été prévenu depuis le mois de janvier qu'il devait s'en occuper et qu'il n'a pas " joué le jeu " du contrat " jeune majeur ".

Considérant ce qui suit :

1 M. B C, ressortissant tunisien né le 30 mai 2005 à Monastir, a été pris en charge dans le cadre d'une mise à l'abri au sein de l'association " Arile " à Saint Germain Laxis (Seine-et-Marne), le 12 septembre 2022, puis a été accueilli au sein de l'association " Empreintes " à compter du 22 septembre 2022 dans le cadre d'un placement jusqu'à sa majorité ordonné par le juge des enfants du tribunal judiciaire de Melun. Il a sollicité le 21 mars 2023 du président du conseil départemental de Seine-et-Marne la conclusion d'un contrat " jeune majeur " sur le fondement de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Cette demande a été rejetée le

24 mars 2023 et il lui a été indiqué que sa prise en charge par le département prendrait fin à sa majorité, soit le 30 mai 2023. M. C a alors saisi le juge des référés du présent tribunal le

9 mai 2023, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'une demande de suspension de l'exécution de cette décision. Il a été fait droit à sa requête par une ordonnance du 16 mai 2023 qui a enjoint au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de la demande de conclusion d'un contrat " jeune majeur " formulée par M. C dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance. Un tel contrat jeune majeur n'a été conclu qu'en juin 2023 et arrivait à expiration le 2 janvier 2024. Le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a une nouvelle fois refusé de le renouveler. M. C a formé une nouvelle requête le 22 décembre 2023 sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative à laquelle il a été fait droit par une nouvelle ordonnance du juge des référés du présent tribunal du 27 décembre 2023 qui a enjoint au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de procéder au réexamen la demande de conclusion d'un contrat " jeune majeur " formulée par M. C dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance, et d'assurer la continuité de sa prise en charge d'ici là. Un nouveau contrat a donc été conclu le

2 janvier 2024 pour une durée de quatre mois. M. C a demandé au président du conseil départemental de Seine-et-Marne la prolongation de sa prise en charge mais cela lui a été refusé par une décision du 23 mars 2024. Il a formé un recours préalable le 26 mars 2024. Par une troisième requête, formée le 27 mars 2024, M. C demande, toujours sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision et qu'il soit enjoint au président du conseil départemental de poursuivre son accompagnement notamment en matière d'hébergement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " A les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". A les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3.Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. / Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et

L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 de ce code et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsque aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte.

5. Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5°) Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article et à l'exclusion de ceux faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.. () Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés au 5° et à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée. ".

6. Il résulte, d'une part, des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficie d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.

7. Il résulte, d'autre part, des dispositions de l'article L. 222-5-1 du même code qu'un projet d'accès à l'autonomie, élaboré par le président du conseil départemental avec le mineur, en y associant d'autres institutions et organismes concernés, vise à apporter au mineur pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance une réponse globale adaptée à ses besoins en matière éducative, sociale, de santé, de logement, de formation, d'emploi et de ressources. Ce projet est complété, si nécessaire, en fonction des besoins particuliers du jeune majeur en application de l'article R. 222-6 de ce code, pour les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans mentionnés au 5° de l'article

L. 222-5, qui continuent de relever d'une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance. Cette prise en charge prend la forme du document dénommé " contrat jeune majeur " qui a pour objet de formaliser les relations entre le service de l'aide sociale à l'enfance et le jeune majeur, dans un but de responsabilisation de ce dernier.

8. Une carence caractérisée dans l'accomplissement par le président du conseil départemental des missions fixées par les dispositions rappelées aux points précédents, notamment dans les modalités de prise en charge des besoins du mineur ou du jeune majeur relevant de l'aide sociale à l'enfance, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour l'intéressé, est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, quand bien même l'intéressé n'aurait pas formellement demandé à en bénéficier avant sa majorité dès lors qu'il résulte des dispositions citées aux points précédents que le président du conseil départemental est tenu de proposer cet accompagnement à un mineur accueilli, sauf à ce qu'il lui soit possible de démontrer, après un examen personnalisé et approfondi de sa situation, qu'il n'en aurait pas besoin, en particulier parce qu'il disposerait d'un hébergement par ailleurs et d'une situation administrative lui permettant en particulier de trouver un emploi.

9. En l'espèce, M. C a été pris en charge par le département de Seine-et-Marne à compter du 22 septembre 2022. Il suit une formation en apprentissage avec la société " Dream et Food " de Vert-Saint-Denis (Seine-et-Marne) comme agent de restauration jusqu'au 31 mai 2024 qui lui assure un revenu et est titulaire d'une carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire " délivrée par le préfet de Seine-et-Marne qui arrive à échéance le 19 novembre 2024. Il est donc éligible aux dispositifs d'hébergement destinés aux jeunes travailleurs. Si le requérant indique qu'il n'a trouvé aucune place de disponible, il est constant d'une part qu'il n'a engagé ses démarches que très tardivement alors même qu'il ne pouvait ignorer que son contrat et l'hébergement dont il bénéficiait arrivaient à échéance le 2 avril 2024 et d'autre part qu'il n'a circonscrit sa recherche, donc effectuée tardivement, qu'à deux organismes en Seine-et-Marne à Melun et Vaux-le-Pénil sans l'élargir à des foyers plus éloignés de son lieu de vie habituel. Il ressort par ailleurs du rapport social établi par les responsables de la maison des solidarités de Coulommiers communiqué par le conseil départemental de Seine-et-Marne que M. C " n'est pas à l'écoute des conseils concernant les solutions d'hébergement proposées " et qu'il " reste sur des positions fixes, à savoir qu'il refuse de s'inscrire dans les foyers de jeunes travailleurs ".

10. A ces conditions, et au égard à ce défaut de diligence pour trouver une solution d'hébergement à l'échéance de son contrat " jeune majeur ", M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de le renouveler au-delà du 2 avril 2024, eu égard à sa situation professionnelle et personnelle, le président du conseil départemental a porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale et à demander, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administration, la suspension de l'exécution de la décision du 23 mars 2024.

11. Par suite, la requête de M. C ne pourra qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Me Desenlis, au président du conseil départemental de Seine-et-Marne et au préfet de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. AymardLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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