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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2403716

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403716

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGARCIA & AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2024 à 15h07, M. E D demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir, d'une part, l'arrêté du 22 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire pour ce faire, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a fixé son pays de renvoi, d'autre part, son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que le principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les arrêts de la Cour de justice de l'Union Européenne C-413/99 du 17 septembre 2002, C- 200/02 du 19 octobre 2004, C-34/09 du 8 mars 2011, C-86/12 du 10 octobre 2013 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer selon la procédure applicable aux recours en annulation dirigés contre les décisions mentionnées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zanella, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, dès lors que l'arrêté attaqué se borne à informer l'intéressé de ce signalement en conséquence de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre sans édicter ainsi une décision distincte susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;

- les observations de Me Garcia, représentant M. D, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, en soutenant que : l'arrêté est entaché de déloyauté, dès lors que, pour établir la menace pour l'ordre public que constituerait la présence en France du requérant, le préfet des Hauts-de-Seine a seulement produit en défense des pièces de procédure pénale abondant en ce sens, notamment un procès-verbal de plainte datant du 7 mars 2022, et a omis de préciser que les faits à raison desquels l'intéressé a été interpellé puis placé en garde à vue le 21 mars 2024 ont donné lieu à un classement sans suite au motif que les infractions reprochées n'étaient pas suffisamment caractérisées ; il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, surtout, celles de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, dès lors que le requérant est entré en France en 2017 et y a vécu régulièrement durant deux ans sous couvert de récépissés de demande de titre de séjour, qu'il est le père de deux enfants français mineurs dont il est proche, qu'il vit à nouveau avec ceux-ci et leur mère et qu'il respecte les obligations qui lui incombent dans le cadre du sursis probatoire assortissant la peine d'emprisonnement d'un an prononcée à son encontre ;

- les observations de M. D, qui, assisté par Mme A, interprète assermentée en langue arabe, a déclaré qu'il voulait qu'on lui donne une chance pour son fils, qu'il versait 100 euros de pension alimentaire par mois à la mère de ses enfants et qu'il bénéficiait d'une promesse d'embauche.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 27 juin 1987, a fait l'objet, le 22 mars 2024, d'un arrêté par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire pour ce faire, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a fixé son pays de renvoi. Sa requête tend à l'annulation de cet arrêté ainsi que de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 22 mars 2024 :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / [] 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents []. " Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / [] 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / [] 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement []. " Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-12 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " Aux termes de l'article L. 721-3 du même code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français []. " Aux termes, enfin, de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

3. En premier lieu, par un arrêté pris le 4 décembre 2023 et publié le 19 décembre suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine, le préfet de ce département a donné délégation à Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer l'ensemble des décisions relatives aux affaires des services placés sous son autorité, y compris, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire, les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

4. En deuxième lieu, si l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dispose que " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union " et que " 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que ces dispositions ne s'adressent pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union européenne. Le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est ainsi inopérant. Il ne peut, par suite, être utilement invoqué en l'espèce par M. D.

5. En troisième lieu, l'arrêté attaqué vise voire rappelle les dispositions dont le préfet des Hauts-de-Seine a entendu faire application, en particulier celles, citées ci-dessus au point 2, des articles L. 611-1, L. 612-2, L. 612-6, L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cet arrêté mentionne par ailleurs les raisons pour lesquelles la même autorité a estimé que M. D se trouvait dans les cas respectivement prévus au 3°du premier de ces articles et au 3° du deuxième. Il mentionne également que le requérant ne fait état d'aucune circonstance humanitaire justifiant qu'une interdiction de retour sur le territoire français ne soit pas édictée à son encontre et que, compte tenu de ce que l'intéressé, dont il précise notamment la date de naissance, la date d'entrée en France et la situation personnelle et familiale, ne fait pas état de fortes attaches sur le territoire et qu'il a fait l'objet, le 31 mars 2023, d'une précédente obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Ledit arrêté, qui rappelle la nationalité algérienne de M. D, indique en outre que les décisions qu'il contient ne contreviennent pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune de ces décisions. Le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation manque par suite en fait.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à ce qui vient d'être dit du caractère suffisant de la motivation de l'arrêté attaqué, que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. D avant d'obliger celui-ci à quitter sans délai le territoire français, de lui interdire le retour sur ce territoire pour une durée de deux ans et de fixer son pays de renvoi.

7. En cinquième lieu, si M. D fait valoir que, pour établir la menace pour l'ordre public que constituerait sa présence en France, le préfet des Hauts-de-Seine a seulement produit en défense des pièces de procédure pénale abondant en ce sens, notamment un procès-verbal de plainte datant du 7 mars 2022, et a omis de préciser que les faits à raison desquels il a été interpellé puis placé en garde à vue le 21 mars 2024 ont donné lieu à un classement sans suite au motif que les infractions reprochées n'étaient pas suffisamment caractérisées, cette circonstance n'est pas de nature à caractériser une prétendue déloyauté de l'autorité administrative à l'égard du requérant et est, en tout état de cause, sans incidence, par elle-même, sur la légalité de l'arrêté attaqué.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " 1. Il est institué une citoyenneté de l'Union. Est citoyen de l'Union toute personne ayant la nationalité d'un État membre. La citoyenneté de l'Union s'ajoute à la citoyenneté nationale et ne la remplace pas. / 2. Les citoyens de l'Union jouissent des droits et sont soumis aux devoirs prévus par les traités. Ils ont, entre autres : / a) le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres []. / Ces droits s'exercent dans les conditions et limites définies par les traités et par les mesures adoptées en application de ceux-ci. " Aux termes de l'article 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, intitulé " Droit de séjour de plus de trois mois ", et transposé aux articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " 1. Tout citoyen de l'Union a le droit de séjourner sur le territoire d'un autre État membre pour une durée de plus de trois mois : / [] b) s'il dispose, pour lui et pour les membres de sa famille, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale de l'État membre d'accueil au cours de son séjour, et d'une assurance maladie complète dans l'État membre d'accueil []. / 2. Le droit de séjour prévu au paragraphe 1 s'étend aux membres de la famille n'ayant pas la nationalité d'un État membre lorsqu'ils accompagnent ou rejoignent dans l'État membre d'accueil le citoyen de l'Union, pour autant que ce dernier satisfasse aux conditions énoncées au paragraphe 1, points a), b) ou c) ".

9. Ces dispositions combinées, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, notamment dans les arrêts visés ci-dessus, confèrent au ressortissant mineur d'un État membre, en sa qualité de citoyen de l'Union, ainsi que, par voie de conséquence, au ressortissant d'un État tiers, parent de ce mineur et qui en assume la charge, un droit de séjour dans l'État membre d'accueil à la double condition que cet enfant soit couvert par une assurance maladie appropriée et que le parent qui en assume la charge dispose de ressources suffisantes. La France n'étant pas un État membre d'accueil pour un enfant français mineur, elles ne confèrent, en revanche, aucun droit de séjourner en France au parent d'un tel enfant lorsqu'il est ressortissant d'un État tiers. Par suite, M. D ne peut utilement invoquer leur violation en se prévalant de sa qualité de père de deux enfants français mineurs.

10. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

11. M. D fait valoir qu'il est entré en France en 2017 et y a vécu régulièrement, sous couvert de récépissés, durant l'instruction de sa première demande de titre de séjour, qu'il est le père de deux enfants français mineurs, qu'il respecte les obligations qui lui incombent dans le cadre du sursis probatoire assortissant la peine d'emprisonnement d'un an prononcée à son encontre, qu'il a occupé un emploi de technicien de 2021 à 2023 et qu'il bénéficiait, à la date de l'arrêté attaqué, d'une promesse d'embauche en qualité d'électricien sous contrat de travail à durée indéterminée valable jusqu'au 1er avril 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est vu refuser la délivrance du premier titre de séjour qu'il a sollicité par un arrêté du 31 mars 2023 qui est devenu définitif à la suite du rejet, par un jugement du 1er juin 2023, de sa requête en annulation de cet arrêté et qui était assorti d'une obligation de quitter sans délai le territoire français qu'il n'a pas exécutée. Il en ressort également que le requérant, auquel il est interdit de paraître au domicile de la mère de ses deux enfants français mineurs, est séparé de celle-ci, qu'il ne justifie pas, par la production d'attestations non circonstanciées, de photographies non datées et de justificatifs de paiements ou de transferts d'argent dont le plus récent a eu lieu en mai 2023, qu'à la date de l'arrêté attaqué, il contribuait régulièrement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, ni même qu'il entretenait avec ceux-ci des relations affectives suivies. L'intéressé n'établit pas, enfin, ni même n'allègue, être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale et comme ayant ainsi méconnu les stipulations citées au point précédent en obligeant le requérant à quitter sans délai le territoire français, en lui interdisant le retour sur ce territoire pour une durée de deux ans et en fixant son pays de renvoi.

12. En huitième lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. D doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent.

13. En dernier lieu, le moyen d'erreur de droit, qui n'a pas été développé lors de l'audience publique, n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il en va de même de celui tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 22 mars 2024.

Sur le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

15. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. "

16. Il résulte de ces dispositions que le signalement d'un étranger aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen est une conséquence automatique d'une interdiction de retour sur le territoire français et que, lorsqu'elle édicte une telle interdiction, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé dudit signalement sans prendre pour autant une décision distincte susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions de la requête de M. D tendant à l'annulation du signalement de celui-ci aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sont irrecevables et ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er :La requête de M. D est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 9 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : P. ZANELLALa greffière,

Signé : N. RIELLANT

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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