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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2403909

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403909

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403909
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation13ème chambre, référés
Avocat requérantBENOIT-GRANDIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mars 2024, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 15 mars 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Il soutient que la décision en cause est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine.

Le 23 décembre 2024, le préfet du Val-de-Marne a communiqué des pièces mais n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'ordonnance du président désigné de la Cour nationale du droit d'asile du

9 janvier 2024 rejetant le recours formé le 23 juin 2023 par M. A contre la décision en date du

22 mars 2023 par laquelle le directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait rejeté sa demande d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 9 janvier 2025, en présence de

Mme Dusautois, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu :

- les observations de Me Fresart substituant Me Benoit-Grandière, représentant M. A, absent, qui maintient ses conclusions en faisant valoir que la décision portant obligation de quitter le territoire est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et aux dispositions de l'article L.721-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il a des craintes en cas de retour en Mauritanie en raison de ses activités politiques, et qu'il a appris, après le rejet de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile, qu'il était recherché par les autorités mauritaniennes, que la décision de rejet de sa demande d'asile ne liant pas le préfet, ce dernier est tenu de procéder à un examen rigoureux de sa situation, qu'il n'a pas eu la possibilité de s'exprimer devant la Cour nationale du droit d'asile qui a procédé au rejet de sa demande par ordonnance et qu'ainsi il incombait au préfet de prendre en compte ces éléments et de lui permettre de les exprimer, qu'il souhaite saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides d'une demande de réexamen de sa demande d'asile, que la décision fixant le pays de destination est illégale puisqu'elle est prise sur le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;

- et les observations de Me Rahmouni, représentant le préfet du Val-de-Marne, qui maintient ses conclusions en faisant valoir que l'arrêté est bien motivé au regard du rejet de sa demande d'asile, qu'il n'apporte aucun élément nouveau et que la décision de méconnait pas l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant mauritanien né selon ses dires en 1989 à Graude Wembabé entré en France le 17 novembre 2021 afin d'y solliciter l'asile, a vu sa demande rejetée par une ordonnance du président désigné de la Cour nationale du droit d'asile du 9 janvier 2024. Par un arrêté du 15 mars 2024, la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par sa requête enregistrée le 28 mars 2024, il a demandé l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code, dans sa rédaction applicable : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code, dans sa rédaction applicable : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. (). ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

4. Il est constant que M. A est entré en France aux fins d'y demander l'asile et que sa demande d'asile a été rejetée par une ordonnance du président désigné de la Cour nationale du droit d'asile du 9 janvier 2024, notifiée le 12 février 2024. Dans ces conditions, et dans la mesure où l'intéressé n'établit pas, et ne soutient même pas, qu'il aurait déposé une demande de titre de séjour sur un autre fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, c'est sans erreur de droit que la préfète du Val-de-Marne, le 15 mars 2024, a pu constater la fin de son droit au maintien sur le territoire et prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 614-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Si l'intéressé soutient qu'il est susceptible de faire l'objet de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Mauritanie, il est aussi constant que sa demande d'admission au statut de réfugié a été rejetée tant par l'Office français de protection des étrangers et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile qui ont jugé ses déclarations non étayées et peu circonstanciées sur les faits qui lui sont reprochés, qu'ainsi aucun élément ne permet de considérer qu'il serait exposé à un risque de persécution ou d'atteinte grave. Par ailleurs, il n'apporte au soutien de ses allégations relatives aux risques personnels que comporterait pour lui le retour dans son pays d'origine pas plus d'éléments nouveaux et, par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant la Mauritanie comme pays de destination méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A ne pourra qu'être rejetée, dans l'ensemble de ses composantes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au préfet du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025

Le magistrat désigné,

Signé : M. AymardLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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