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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2404208

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404208

jeudi 26 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2404208
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantMESUROLLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a annulé l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 23 janvier 2024 refusant un titre de séjour et imposant une obligation de quitter le territoire français (OQTF) à une ressortissante congolaise. La juridiction a retenu que la décision était entachée d'erreurs de droit, notamment en qualifiant à tort la demande de l'intéressée au titre de l'article L. 425-10 du CESEDA au lieu de l'article L. 425-9, et contenait une confusion d'identité dans l'examen médical. Le tribunal a jugé que ces vices entachaient à la fois le refus de titre de séjour et l'OQTF, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 5 avril 2024, Mme A... B..., représentée par Me Mesurolle, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler, à titre principal, l’arrêté du 23 janvier 2024 en tant que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l’a obligée à quitter le territoire français, et, à titre subsidiaire, cet arrêté uniquement en tant que le préfet l’a obligée à quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Mesurolle, son conseil, sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’Etat à la mission d’aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Elle soutient que :
son recours est recevable ;

S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision attaquée n’est pas motivée ;
elle est entachée d’un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
l’avis du médecin du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est insuffisamment motivé ; le préfet ne démontre pas la régularité de la procédure suivie et notamment que le médecin rapporteur n’a pas siégé au sein du collège des médecins ;
- elle méconnait l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d’erreur manifeste d’appréciation au regard de ces dispositions ;
elle est entachée d’erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
la décision attaquée est entachée d’une insuffisance de motivation ;
elle méconnait les dispositions du 9° de l’article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
elle est entachée d’erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2024, le préfet de Seine-et-Marne, qui transmet les pièces utiles du dossier, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.


Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juin 2024 du bureau d’aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.



Au cours de l’audience publique, le rapport de M. Demas a été entendu, les parties n’étant ni présentes ni représentées.



Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante congolaise, a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 janvier 2024, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d’office. Par la présente requête,
Mme B... demande l’annulation de cet arrêté en tant que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l’a obligée à quitter le territoire français.


Sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :

Par une décision du 19 juin 2024, le président du bureau d’aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a accordé l’aide juridictionnelle totale à Mme B.... Dès lors, il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle, lesquelles sont devenues sans objet.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

Alors qu’il est constant que Mme B... a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des mentions de l’arrêté attaqué que le préfet de Seine-et-Marne a retenu, à tort, que l’intéressée avait sollicité un titre de séjour dans le cadre des dispositions de l’article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, l’arrêté mentionne, dans ses développements sur l’état de santé de l’intéressée, le nom d’une autre personne que Mme B.... Dans ces conditions, Mme B... est fondée à soutenir que la décision attaquée par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle.


Par suite, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, Mme B... est fondée à demander l’annulation de la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, la décision par laquelle il l’a obligée à quitter le territoire.


Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

Aux termes de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile « « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, (…) l’étranger est muni d’une autorisation provisoire de séjour jusqu’à ce que l’autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ».


L’annulation de l’arrêté attaqué implique le réexamen de la situation de l’intéressée et, en application de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la délivrance d’une autorisation provisoire de séjour. Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme B... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu dans les circonstances de l’espèce d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais liés au litige :

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Il suit de là que Me Mesurolle, son conseil, peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du
10 juillet 1991 relative à l’aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Mesurolle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Mesurolle en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d’admission provisoire de Mme B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.


Article 2 : L’arrêté du 23 janvier 2024 du préfet de Seine-et-Marne est annulé en tant qu’il a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B... et l’a obligée à quitter le territoire français.


Article 3 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne ou à tout préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de Mme B..., dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir, dans cette attente, d’une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.


Article 4 : L’Etat versera à Me Mesurolle, conseil de Mme B..., une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Mesurolle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État à la mission d’aide juridictionnelle qui lui a été confiée.


Article 5 : Le surplus de la requête de Mme B... est rejeté.




Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., à Me Mesurolle et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 12 mars 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
M. Gauthier-Ameil, premier conseiller,
M. Demas, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2026.

Le rapporteur,

C. DEMAS
La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT

La greffière,





S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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