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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2404250

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404250

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2404250
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12ème chambre, éloignement
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2404500 du 4 avril 2024, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal, sur le fondement des articles R. 351-3, R. 312-8 et R. 221-3 du code de justice administrative, la requête de M. B A, enregistrée au greffe de ce tribunal le 25 février 2024.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 avril 2024 et 21 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Andic, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 23 février 2024 par lesquels le préfet de police de Paris, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination et, d'autre part, lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ainsi que le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ainsi que le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le risque de soustraction à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet n'est pas établi ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ainsi que le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ainsi que le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Cariti, substituant Me Andic, représentant M. A, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; elle reprend les moyens soulevés dans les écritures, qu'elle développe, et soutient en outre que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet de police de Paris n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 26 septembre 2002 à Varto (Turquie), déclare être entré en France en 2006. Par des arrêtés du 23 février 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de police de Paris, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination et, d'autre part, lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la décision portant obligation de quitter le territoire français est fondée sur l'entrée et le séjour irrégulier de M. A en France et que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est fondée, d'une part, sur la menace pour l'ordre public que constitue la présence en France du requérant en raison de son interpellation pour des faits d'agression sexuelle et, d'autre part, sur le risque de soustraction à l'exécution de la mesure d'éloignement en raison de son entrée irrégulière, de l'absence de démarches en vue de régulariser son séjour ainsi que de l'absence de garanties de représentation suffisantes, faute de justifier d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité, le préfet ayant en outre considéré que les décisions contestées ne portaient pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale du requérant dès lors que ce dernier est célibataire et sans enfants. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France mineur en 2006, déclare avoir séjourné en Turquie en 2019 avant de revenir en France sous couvert d'un visa de retour délivré par les autorités consulaires françaises en Turquie, valable du 4 octobre 2019 au 2 janvier 2020, sans que l'arrêté ne fasse mention du caractère régulier ou non de cette dernière entrée sur le territoire français. De plus, M. A justifie de la présence en France de ses parents, tous deux titulaires de cartes de résident valables jusqu'en 2025 et 2027, de ses trois sœurs, deux étant de nationalité française et la troisième étant titulaire d'une carte pluriannuelle de séjour valable jusqu'en 2028, de son jeune frère, de nationalité française et de trois de ses oncles, titulaires de cartes de résident valables jusqu'en 2028 et 2031, sans que l'arrêté n'en fasse davantage mention. En outre, alors que le requérant conteste être l'auteur des faits d'agression sexuelle pour lesquels il a été interpellé, il ressort du procès-verbal d'audition de la victime par les services de police que cette dernière a indiqué que son agresseur ne portait pas de barbe, contrairement au requérant, qu'elle n'a pas vu la personne interpellée par les services de police et n'a pas reconnu le requérant comme son agresseur sur la planche photographique qui lui a été soumise et qu'elle n'a pas souhaité de confrontation avec ce dernier. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que des poursuites pénales auraient été engagées à l'issue de la garde à vue de M. A. Dans ces conditions, M. A ne peut être regardé comme étant l'auteur des faits d'agression sexuelle pour lesquels il a été interpellé. Et s'il ressort de l'extrait du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) que le requérant y fait l'objet, sous plusieurs identités, de quinze signalements entre 2019 et 2023 pour des faits d'extorsion avec arme, vol, recel, séquestration, violence avec incapacité supérieure à huit jours, infraction à la législation sur les stupéfiants, usurpation d'identité, outrage à personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion ainsi que de nombreux délits routiers, dont un délit de fuite après accident, il ressort toutefois des termes de l'arrêté contesté que le préfet n'a pas entendu se fonder sur ces éléments, lesquels ne sont au demeurant accompagnés d'aucune précision sur les suites pénales qui y ont été données ni sur les éventuelles condamnations du requérant. Il n'a par ailleurs pas sollicité dans ses écritures en défense la substitution de ces motifs à celui tiré des faits d'agression sexuelle. Enfin, contrairement aux mentions de l'arrêté contesté, M. A produit à l'instance un passeport turc valable du 12 mars 2020 au 11 mars 2025. Et dès lors qu'un visa de retour ne peut être délivré qu'aux étrangers titulaires d'un titre de séjour, d'une autorisation provisoire de séjour, d'un récépissé de première demande de titre de séjour ou d'une attestation de dépôt de demande de carte de séjour, M. A, titulaire d'un tel visa, doit être regardé, contrairement aux mentions figurant dans l'arrêté contesté, comme ayant a minima engagé des démarches en vue de la délivrance d'un titre de séjour, étant au demeurant relevé qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle demande aurait été rejetée. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / () ".

7. De plus, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

8. Eu égard au motif qui en constitue le fondement, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que la situation de M. A soit réexaminée et, dans l'attente, que lui soit délivrée une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de Paris ou à tout autre préfet territorialement compétent de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois et, dans l'attente, de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour sans délai.

Sur les frais de l'instance :

9. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Andic, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à Me Andic d'une somme de 900 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du 23 février 2024 par lesquels le préfet de police de Paris, d'une part, a fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination et, d'autre part, lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de de police de Paris ou à tout autre préfet territorialement compétent, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation de M. A et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Andic, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat, une somme de 900 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Andic et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 06 février 2025.

Le magistrat,

Signé : T. BOURGAULa greffière,

Signé : MD. ADELON

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. ADELON

No 2404250

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