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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2404300

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404300

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2404300
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantSEL CABINET REMY LE BONNOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête enregistrée le 8 avril 2024, M. E et Mme C F, représentés par Me Le Bonnois, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 février 2024 par laquelle la rectrice de l'académie de Créteil a prononcé la sanction d'exclusion définitive sans sursis à l'encontre de leur enfant D F ;

2°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle est intervenue en dehors du délai franc d'un mois imparti par les dispositions de l'article D. 511-52 du code de l'éducation ;

- la décision attaquée est disproportionnée au regard des faits reprochés et ne respecte pas le principe d'individualisation de la sanction eu égard à sa situation personnelle ;

- elle méconnait le droit à l'instruction.

A un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2024, la rectrice de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

A une lettre du 2 mai 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 20 mai 2024 sans information préalable.

Un mémoire a été enregistré le 7 juin 2024 pour M. et Mme F et n'a pas été communiqué.

En application des dispositions de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

- les conclusions de Mme Morisset, rapporteure publique,

- et les observations de Me Delfondo, représentant M. et Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. D F est élève en classe de première générale au sein du lycée Sonia Delaunay à Cesson. Accusé d'avoir agressé sexuellement une élève de sa classe le 5 octobre 2023, il a été exclu temporairement de son établissement. Le 24 novembre 2023, un conseil de discipline s'est tenu au sein de l'établissement et a retenu la sanction d'exclusion définitive sans sursis au motif de ce qu'il " aurait agressé sexuellement une élève de sa classe sur le terrain de basket près de l'entrée du vestiaire des filles ". B décision a été notifiée le 30 novembre 2023 à ses parents. Ils ont fait appel de cette sanction auprès de la rectrice de l'académie de Créteil par courrier du 7 décembre 2023. A une décision du 6 février 2024, la rectrice de l'académie de Créteil a annulé la sanction d'exclusion définitive sans sursis prononcée par le conseil de discipline du lycée pour vice de forme et pour vice de fond, et a décidé de prononcer une sanction d'exclusion définitive sans sursis à son encontre en requalifiant les faits tenant à ce qu'il " a eu des relations sexuelles avec une élève de sa classe sur le terrain de basket près de l'entrée du vestiaire des filles ". A la présente instance, les requérants demandant l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 511-13 du code de l'éducation : " I.- Dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l'éducation, les sanctions qui peuvent être prononcées à l'encontre des élèves sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° La mesure de responsabilisation ; / 4° L'exclusion temporaire de la classe. Pendant l'accomplissement de la sanction, l'élève est accueilli dans l'établissement. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; / 5° L'exclusion temporaire de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; / 6° L'exclusion définitive de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. / Les sanctions prévues aux 3° à 6° peuvent être assorties du sursis à leur exécution dont les modalités sont définies à l'article R. 511-13-1. / () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un élève ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis et constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

3. Il est constant que D a eu un comportement inadapté le 5 octobre 2023, ce qui a été regardé comme constitutif d'une faute justifiant le prononcé d'une sanction disciplinaire par le conseil de discipline du lycée, ainsi que par le rectorat de l'académie de Créteil. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le 24 janvier 2023, en classe de seconde, Niel a été victime d'un grave accident en allant à l'école, ce qui lui a causé un polytraumatisme avec traumatisme crânien. Il a réintégré le lycée en mai 2023 avec des séquelles importantes, notamment des troubles cognitifs, comportementaux et psychiques constatés médicalement. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que D ait fait l'objet d'une précédente sanction, ni que des incidents aient été relevés à son encontre hormis une exclusion en cours de français pour un comportement inadapté le 3 octobre 2023 et une retenue d'une heure pour travail non fait le 19 octobre 2023. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que des mesures aient été mises en place préalablement au prononcé de la plus sévère des sanctions. La sanction d'exclusion définitive sans sursis qui a été retenue n'apparait donc pas proportionnée eu égard à l'absence de mesures alternatives précédemment mises en œuvre pour l'amener à améliorer son comportement. A suite, le moyen tiré de ce que la sanction d'exclusion définitive sans sursis qui a été infligée à D F serait disproportionnée doit être accueilli en tant que la sanction n'a pas été assortie d'un sursis.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à solliciter l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle n'assortit pas la sanction d'exclusion définitive infligée à D F d'un sursis.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. En outre, il n'y a pas lieu de condamner ce dernier aux dépens, faute de dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du recteur de l'académie de Créteil du 6 février 2024 est annulée en tant qu'elle n'assortit pas la sanction d'exclusion définitive infligée à D F d'un sursis.

Article 2 : L'État versera à M. et Mme F une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E et Mme C F et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Créteil et au Lycée Sonia Delaunay de Cesson.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

Mme Dutour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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