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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2404424

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404424

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2404424
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOUJAS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au préfet de Seine-et-Marne de délivrer un rendez-vous à Madame B pour lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour en qualité de membre de famille de réfugié. Le juge a constaté que l'impossibilité technique de déposer la demande via la plateforme ANEF, malgré les démarches de l'intéressée, constituait une situation d'urgence et une mesure utile ne faisant obstacle à aucune décision administrative. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'arrêté du 1er août 2023 relatif aux modalités de substitution en cas de dysfonctionnement du téléservice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 avril 2024, Madame A B, représentée par Me Toujas, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un rendez-vous pour enregistrer sa demande de titre de séjour dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, et, à défaut, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, à lui payer cette somme au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que, de nationalité congolaise, elle est l'épouse depuis février 2023 d'un compatriote reconnu réfugié, qu'ils ont quatre enfants, qu'elle a tenté de déposer en préfecture de Seine-et-Marne une demande de titre de séjour en qualité de membre de famille de réfugié, mais que cela lui est impossible car son titre de séjour est expiré depuis plus de neuf mois, qu'elle a saisi l'Agence nationale des titres sécurisés et la préfecture de Seine-et-Marne de ce dysfonctionnement, sans succès, que la condition d'urgence est satisfaite car elle est maintenue en situation irrégulière, et que la mesure sollicitée est utile dès lors qu'elle a ce statut et ne fait obstacle à aucune décision administrative.

Par un mémoire enregistré le 19 avril 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, l'intéressée n'ayant pas suivi les procédures mises en place dans le cas de dysfonctionnements de la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France.

Par un mémoire en réplique enregistré le 25 avril 2024, Madame A B, représentée par Me Toujas, conclut aux mêmes fins en rappelant qu'elle a bien suivi les procédures de résolution des dysfonctionnements de la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France.

Le 21 mai 2024, Madame A B, représentée par Me Toujas, a communiqué une pièce complémentaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;

- l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;

- l'arrêté du 1er août 2023 pris pour l'application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixant les modalités d'accueil et d'accompagnement et les conditions de recours à la solution de substitution des usagers du téléservice " ANEF "

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1 Madame A B, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo) née le 8 août 1978 à Kinshasa, entrée en France selon ses dires en 2016, est l'épouse depuis le 11 février 2023 d'un compatriote, reconnu réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 20 janvier 2021 et à qui le préfet de Seine-et-Marne a délivré, le 15 mars 2021, une carte de résident. Le couple a quatre enfants nés en juillet 2006, mars 2011, janvier 2015 et février 2018. Elle a souhaité déposer, en préfecture de Seine-et-Marne, une demande de titre de séjour en qualité de membre de famille de réfugié sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, un tel dépôt n'a pas été possible sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France, son précédent titre de séjour étant expiré depuis plus de neuf mois. Ce dysfonctionnement a été signalé par son conseil à la préfecture le 21 février 2024. Le même jour, l'Agence nationale des titres sécurisés a été saisie conformément aux dispositions de l'arrêté du 1er août 2023 susvisé, sans succès. Par une requête enregistrée le 10 avril 2024, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un rendez-vous pour enregistrer sa demande de titre de séjour dans un délai de 10 jours. Par une décision du 13 mai 2024, le fils aîné de la requérante a été reconnu réfugié par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative

2 Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3 Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4 Madame B est l'épouse d'un ressortissant congolais bénéficiaire de la protection internationale, titulaire d'une carte de résident, avec qui elle a eu quatre enfants. La condition d'urgence doit donc être considérée comme satisfaite.

5 Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : () 2° Son conjoint ou son partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est postérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile, à condition que le mariage ou l'union civile ait été célébré depuis au moins un an et sous réserve d'une communauté de vie effective entre époux ou partenaires, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée ; () ".

6 Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 1er août 2023 susvisé : " L'accompagnement des personnes rencontrant des difficultés dans le cadre du dépôt en ligne de leurs demandes de titre de séjour repose : - sur une assistance téléphonique et un formulaire de contact ; et - sur un accueil physique. L'assistance téléphonique ou via un formulaire de contact est mise en œuvre par le " centre de contact citoyens " de l'Agence nationale des titres sécurisés. Le centre de contact citoyens est joignable via un numéro téléphonique dédié et gratuit. Ses téléconseillers assistent l'usager dans le dépôt de sa demande, le renseignent sur le suivi de son dossier, identifient les anomalies et les transmettent à la direction générale des étrangers en France. Ils assurent également un rôle de relais vers les usagers bloqués pour lesquels une solution a été trouvée à la suite du signalement. L'accueil physique est pris en charge par les points d'accueil numérique installés dans les préfectures et les sous-préfectures disposant d'un service chargé des étrangers. Ces points d'accueil numérique assurent l'accompagnement numérique au dépôt des demandes de titres de séjour ". Aux termes de l'article 4 du même arrêté : " La solution de substitution mentionnée à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est réservée aux usagers n'ayant pu déposer leur demande via le téléservice mentionné au même article malgré leur recours au dispositif d'accueil et d'accompagnement décrit à l'article 2 du présent arrêté. Les modalités de mise en œuvre de cette solution de substitution sont fixées par le présent arrêté. Le dossier n'est recevable que si l'usager est invité par la préfecture territorialement compétente à bénéficier de la solution de substitution, après constat de l'impossibilité technique du dépôt de sa demande via le téléservice. Par exception, l'usager peut bénéficier de la solution de substitution s'il produit, à l'appui de sa demande, un document du centre de contact citoyens attestant de l'impossibilité de déposer sa demande en ligne. La demande de titre est alors effectuée auprès de la préfecture ou d'une sous-préfecture du département de résidence, ou, à Paris, de la préfecture de police de Paris. Un rendez-vous physique individuel est systématiquement proposé à l'étranger autorisé à déposer sa demande de titre selon cette modalité. Les modalités de prise de rendez-vous, qui comprennent au moins deux vecteurs, dont l'un n'est pas numérique, sont déterminées par le préfet. Le préfet peut également prévoir, si l'étranger en fait la demande, le recours à un dépôt par voie postale ou par une adresse électronique destinée à recevoir les envois du public ".

7 Il ressort des pièces du dossier que le conseil de la requérante a contacté le centre de contact citoyen (support technique de la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France) par un message électronique du 21 février 2024, qui a été enregistrée sous la référence [24075622-1708515398] et transmise au service compétent, que par un message en réponse, l'équipe de soutien de l'Agence nationale des titres sécurisés lui a indiqué que le blocage devait être résolu sous 10 jours par le service technique, mais que cela n'a pas été le cas, que l'intéressée a saisi à plusieurs reprises les services de la préfecture de Seine-et-Marne sans recevoir aucune réponse utile, celle proposée notamment le 7 mars 2024, à savoir une saisine directe de la plateforme de la sous-préfecture du Torcy n'étant pas opérante. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne, nécessairement informé de ce dysfonctionnement par cette Agence depuis le 27 février 2024, et qui n'établit pas avoir proposé de rendez-vous à l'intéressée ni même lui avoir proposé de solution, ne peut donc soutenir que la requérante n'a pas suivi la procédure de substitution prévue par l'arrêté du 1er août 2023.

8 Par suite, et en l'absence de toute information des parties à la date de la présente ordonnance sur une modification de la situation administrative de l'intéressée, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de convoquer Madame A B aux fins d'enregistrer sa demande de titre de séjour en qualité de membre de famille d'un bénéficiaire de la protection internationale, laquelle date de convocation devra intervenir dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer en cas de dossier complet, c'est-à-dire comprenant l'ensemble des documents mentionnés au point 39 de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail.

Sur les frais du litige :

9 Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10 Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".

11 Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) une somme de 1 200 euros qui sera versée à Me Toujas, conseil de Madame B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de convoquer Madame B aux fins d'enregistrer sa demande de titre de séjour en qualité de membre de famille d'un bénéficiaire de la protection internationale, laquelle date de convocation devra intervenir dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer en cas de dossier complet, c'est-à-dire comprenant l'ensemble des documents mentionnés au point 39 de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail.

Article 2 : L'Etat (préfet de Seine-et-Marne) versera une somme de 1 200 euros à

Me Toujas, conseil de Madame B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame A B, à Me Toujas et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2400424

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