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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2404728

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404728

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2404728
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVAN ELSLANDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 16 avril, le 1er et le

5 mai 2024, le syndicat Sud PTT 77, représenté par Me Le Squer, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre les effets de l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le maire de la commune de Vaux-le-Pénil a ordonné la fermeture du bâtiment sis 629 rue d'Egrefin ;

2°) d'enjoindre à la commune de Vaux-le-Pénil d'autoriser l'accès au Château des Egrefins le temps que le tribunal se prononce sur le fond, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Vaux-le-Pénil une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il justifie de sa capacité à agir et de la qualité à agir de Mme B ;

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que l'arrêté en litige a pour conséquence de le priver de locaux du jour au lendemain et fait obstacle à la poursuite de ses missions, alors qu'il a récupéré les dossiers les plus urgents mais ne peut plus accéder à ses postes informatiques, aux photocopieurs et polycopieurs ;

- cet arrêté est disproportionné, alors que la dégradation du perron du château est la conséquence d'actes de vandalisme intervenus en août 2018 et peut être réparée par l'installation d'un garde-corps ;

- ses membres, qui occupent quotidiennement les lieux, n'ont noté aucune chute de tuiles, et les fissures également évoquées par la commune étaient déjà présentes lors de son installation en 1998 ;

- cet arrêté est constitutif d'un détournement de pouvoir dès lors que les désordres qui le fondent sont inexistants et qu'il apparaît que la commune projette de vendre le château des Egrefins ;

- il constitue une entrave au libre exercice de l'activité syndicale puisque l'ensemble de ses membres se trouvent dans l'impossibilité d'accéder à leur local et aux moyens d'exercer leur mandat, alors qu'il prépare la campagne syndicale pour les élections du comité social et économique de La Poste programmées du 9 au 14 octobre prochains ;

- la commune n'apporte aucune précision chiffrée sur le montant des travaux à effectuer pour la réhabilitation du château des Egrefins, et chiffre simplement le coût de sa destruction, alors que la chaudière a été réparée, et qu'il suffirait d'un garde-corps sur le perron et de petits travaux pour sécuriser le bâtiment ;

- le rapport produit en dernier lieu porte sur une simple inspection visuelle des lieux, sans réalisation d'une expertise du bâtiment, alors que M. C, ancien maire de la commune, atteste que les mêmes fissures ont donné lieu à la réalisation de travaux en 2010 afin de les stabiliser, tandis que ni la dégradation du perron, ni les traces ponctuelles d'humidité et de pourriture de la charpente n'affectent sa solidité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2024, la commune de Vaux-le-Pénil, représentée par Me Van Elslande, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet, ainsi qu'à la mise de la somme de 3 000 euros à la charge du syndicat Sud PTT 77.

Elle fait valoir que :

- le syndicat ne justifie pas de sa capacité à agir en justice et Mme B n'établit pas sa qualité de représentante légale de ce dernier ;

- le syndicat ne justifie pas de son intérêt à agir, à défaut de produire un document attestant de son droit d'occupation du château des Egrefins ;

- le syndicat requérant ne démontre pas l'urgence de sa demande, alors que l'arrêté n'a pas pour effet de le priver d'accès à ses dossiers et à son matériel, puisque M. A, qui occupe les lieux au nom du syndicat, a été vainement invité à récupérer tout ce qui lui appartient, lors de la réunion du 28 mars, par un courrier du lendemain puis par un courriel du 9 avril l'invitant à se rapprocher de ses services techniques ;

- aucun élément de la requête ne permet de faire le lien entre la fermeture de son local et l'impossibilité, non démontrée, dans laquelle se trouverait le syndicat de poursuivre ses activités ;

- dépourvu d'utilité pour ses services, le château n'a pas été entretenu et s'est progressivement dégradé, entraînant le constat le 13 mars dernier de différents risques pour la sécurité des occupants des lieux ;

- les différentes mises en sécurité opérées par ses services ne suffisent pas à garantir la sécurité du château, de sorte que sa fermeture constitue l'unique réponse envisageable ;

- la convention d'intervention foncière évoquée par le syndicat requérant ne concerne pas le château des Egrefins ;

- il ne lui appartient pas de mettre à la disposition du syndicat Sud PTT 77 les moyens nécessaires à l'exercice de son activité, obligation pesant uniquement sur La Poste.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 2 mai 2024 à 10h00 en présence de

Mme Aubret, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort ;

- les observations de Me Le Squer, représentant le syndicat SUD PTT 77, qui soutient en outre que ses locaux contiennent 25 ans d'archives, des dossiers en cours et du matériel encombrant alors qu'il reste sans locaux alternatifs, que le club de bridge est informé depuis septembre 2023 de la nécessité de partir, qu'il aurait suffi que la commune résilie la convention d'occupation en lui donnant un délai pour organiser son départ, que le portail du château n'est pas fermé de sorte que le site reste accessible, en contradiction avec les risques allégués et que les frais de réhabilitation indiqués ne sont pas justifiés ;

- et les observations de Me Van Elsland, représentant la commune de Vaux-le-Pénil, qui fait valoir en outre que seule La Poste aurait intérêt à agir contre la décision litigieuse puisque c'est elle qui a signé la convention d'occupation, qu'une seule personne utilise ces bureaux qui ne constituent pas un lieu de réunion, qu'une expertise a été diligentée dont les conclusions doivent être rendues le 3 mai, que l'arrêté est exclusivement fondé sur la sécurité des occupants du bâtiment, indépendamment de la question des dates d'apparition des problèmes relevés alors que sa responsabilité pourrait être engagée en cas de blessures, que les modalités de transmission de l'arrêté restent sans incidence sur sa légalité et que le syndicat est un occupant des lieux comme les autres, sans que sa nature de syndicat entraîne d'obligation particulière à son égard.

La clôture de l'instruction a été différée au 6 mai 2024 à 17h00 en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. En juin 1998, la commune de Vaux-le-Pénil a signé une convention avec la direction départementale de La Poste pour l'occupation d'un local situé au premier étage du château des Egrefins, qui a été mis à la disposition du syndicat Sud PTT 77. Par un arrêté du 29 mars 2024, le maire de Vaux-le-Pénil a interdit l'accès du bâtiment à toute personne à compter du 2 avril 2024. Le syndicat Sud PTT 77 demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.

4. Pour soutenir que la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative précité serait remplie, le syndicat Sud PTT 77 fait valoir que l'arrêté en litige a eu pour conséquence de lui faire perdre ses locaux du jour au lendemain et de le priver de l'accès aux archives, aux documents et aux matériels utiles à son travail, faisant ainsi obstacle à l'exercice effectif de ses fonctions. Toutefois, d'une part, il ressort des termes de la décision du 29 mars 2024 que le syndicat Sud PTT 77 a été invité à se rapprocher dans les meilleurs délais du service en charge de la vie associative de la commune afin de récupérer son matériel, et qu'à la demande de ce dernier, formulée par courriel le 8 avril, les coordonnées du service technique lui ont été transmises le lendemain. Selon les termes non contestés de la défense, le syndicat requérant n'a pas donné suite à cette invitation. D'autre part, si les locaux mis à sa disposition dans le château des Egrefins comportent des équipements lourds tels qu'une imprimante et des ordinateurs, le syndicat requérant n'apporte aucun élément relatif aux démarches qu'il aurait entreprises auprès de la société La Poste, unique interlocutrice responsable de la mise de locaux à sa disposition, même de façon temporaire, afin de lui permettre le transfert de ces matériels et la poursuite de son activité. Dans de telles conditions, le syndicat Sud PTT 77 n'établit pas l'impossibilité dans laquelle il se trouverait de poursuivre son activité. Dès lors, les circonstances invoquées ne sont pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension immédiate de la décision du 29 mars 2024 par laquelle le maire de la commune de Vaux-le-Pénil a interdit l'accès au château des Egrefins à toute personne à partir du 2 mai 2024.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de cette décision, que les conclusions présentées par le syndicat Sud PTT 77 sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais de justice :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Vaux-le-Pénil, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le syndicat requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du syndicat Sud PTT 77 une somme de 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Vaux-le-Pénil et non compris dans les dépens

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par le syndicat Sud PTT 77 est rejetée.

Article 2 : Le syndicat Sud PTT 77 versera la somme de 500 euros à la commune de Vaux-le-Pénil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat Sud PTT 77 et à la commune de Vaux-le-Pénil.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,

Signé : C. LETORTLa greffière,

Signé : S. AUBRET

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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