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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2404943

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404943

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2404943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème chambre
Avocat requérantHENRY-WEISSGERBER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 avril 2024 sous le n° 2404943, M. A B demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 20 mars 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne :

- l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

- a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'admettre au séjour ou de réexaminer sa situation en lui remettant, dans l'attente de ce réexamen, un récépissé ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 au titre de l'article 761-1 du code de justice administrative ;

5°) d'être assisté d'un interprète en langue turque ou kurmandji.

M. B soutient que :

- l'arrêté viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il peut prétendre à un réexamen de sa demande d'asile ;

- en cas de retour en Turquie, il sera exposé à des risques de persécutions ;

- les décisions contestées sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elles violent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles violent les 7° et 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles violent les articles L. 313-10 et L. 313-14 du même code ;

- elles méconnaissent l'arrêté ministériel du 18 janvier 2008.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté préfectoral litigieux ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de cette loi ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 10 décembre 2024 en présence de Mme Adelon, greffière d'audience :

- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport ;

- Me Henry-Weissgerber, représentant M. B, requérant présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en insistant sur le défaut d'examen sérieux de sa situation puisque toute sa famille est en France en situation régulière ; de plus, il se prévaut d'éléments nouveaux qui n'ont été analysés ni par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), ni par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) lors de leur rejet de sa demande d'asile en février 2022 et mars 2024 ; il s'agit d'un procès-verbal de perquisition opérée chez lui, d'un mandat d'arrêt pris )à son encontre compte tenu de son activisme pro-kurde en Europe et de sa condamnation à 7 ans et 6 mois d'emprisonnement.

Le préfet de Seine-et-Marne, défendeur, n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 16 heures 45.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () "

2. Par un arrêté en date du 20 mars 2024, le préfet de Seine-et-Marne a, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. A B, ressortissant turc né le 25 février 2022, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". M. B ayant bénéficié, comme il l'avait demandé, de l'assistance d'un avocat commis d'office en la personne de Me Henry-Weissgerber, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

4. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " ; aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

5. Il ressort des pièces du dossier, et plus précisément des documents remis lors de l'audience publique du 10 décembre 2024 et non contestés en défense, que depuis le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 28 février 2022 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 5 mars 2024, M. B peut se prévaloir d'éléments nouveaux sur lesquels l'OFPRA et la CNDA ne se sont pas prononcés, à savoir, d'une part, un mandat d'arrêt par contumace émis le 9 juillet 2024 par le parquet général d'Eleskirt à l'encontre de M. A B, né le 25 février 2002 à Agri, pour des faits d'aide en connaissance de cause en faveur du réseau terroriste illégal PKK/KCK sans appartenir à la hiérarchie dudit réseau, en violation des articles 314/2 et suivants du code pénal turc et, d'autre part, un procès-verbal de perquisition du 11 novembre 2024 réalisée le lendemain à 5 heures 30 au domicile turc du requérant situé Yesilova Koyu à Eleskirt dans le but de trouver des éléments de propagande en faveur du réseau terroriste PKK/KCK.

6. Il suit de ce qui précède qu'en prenant à l'encontre de l'intéressé un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français et fixant la Turquie comme pays de destination, le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur de droit tirée d'un défaut d'examen suffisant de la situation de l'intéressé et a, en outre, violé les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il en résulte que les décisions contenues dans cet arrêté sont illégales et doivent donc être annulées.

Sur les conclusions accessoires :

7. En premier lieu, l'annulation prononcée au point précédent n'implique aucune mesure particulière d'exécution de la part de l'administration préfectorale.

8. En second lieu, M. B ayant bénéficié en cours d'instruction et à l'audience de l'assistance d'un avocat commis d'office en la personne de Me Henry-Weissgerber, ses conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative seront rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 20 mars 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : MD. Adelon

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. Adelon

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