mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2404944 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TOURKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 avril 2024, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 2 avril 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée d'un an ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
M. B soutient que la décision litigieuse :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen attentif et personnalisé ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est entachée d'une erreur de droit ;
- a été prise en méconnaissance du principe du respect des droits de la défense ;
- a porté une atteinte excessive au droit de mener une vie privée et familiale normale " et/ou " méconnait l'intérêt supérieur de l'enfant.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 17 mai et 25 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de conclusions dirigées contre des décisions inexistantes à savoir le refus de délai de départ volontaire et le pays de destination et en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction tendant à enjoindre à l'autorité préfectorale prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen ;
- et les observations de Me Tourki, représentant M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et demande qu'il soit enjoint à l'autorité administrative de réexaminer la situation de M. B.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h20.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, né le 8 janvier 1988 à Tizi-Ouzou (République algérienne démocratique et populaire), est entré en France le 20 mars 2019 selon ses déclarations. Par un arrêté du 6 juillet 2023, le préfet de l'Ardèche lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office contre lequel les conclusions en annulation ont été rejetées par un jugement n° 2306328 du 9 janvier 2024. L'intéressé a été interpellé le 2 avril 2024 et placé le jour même en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 2 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de retour pour une durée d'un an. M. B demande au tribunal d'annuler les décisions lui refusant un délai de délai de départ volontaire, fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an du 2 avril 2024.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". M. B a bénéficié à l'audience de l'assistance d'un avocat commis d'office. Il n'y a donc pas lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.
Sur les décisions refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :
3. M. B demande, dans le formulaire valant requête, l'annulation de décision lui refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Toutefois, la lecture de l'arrêté contesté ne comporte que la seule décision portant interdiction de retour sur le territoire français en sorte que les décisions refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office n'existent pas dans ledit arrêté. Par suite, les conclusions dirigées contre de telles décisions inexistantes sont irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation (décision portant interdiction de retour sur le territoire français) :
4. L'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles () L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Enfin, selon l'article L. 613-2 de ce même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
5. Il ressort des termes du jugement cité au point 1 que, pour écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, le tribunal a retenu que l'intéressé était célibataire et sans charge de famille et qu'il se prévalait " d'une relation amoureuse avec une amie " il n'apportait aucun élément à l'appui de ses allégations et que, par ailleurs, s'il invoquait la présence de sa fratrie en France, il n'établissait ni même ne soutenait être dépourvu d'attache dans son pays d'origine où il avait résidé jusqu'à l'âge de 31 ans. Dans le cadre d'une interdiction de retour sur le territoire français, le juge doit s'attacher à contrôler non pas ce qui empêcherait l'étranger de rester sur le territoire ce qui relève de l'obligation de quitter le territoire français mais ce qui l'empêcherait de revenir sur le territoire. À cet égard, s'il est manifeste qu'il n'avait apporté que peu ou pas d'éléments dans le contentieux devant le tribunal administratif de Lyon, il a apporté dans le présent contentieux nombre de documents. Il ressort de ces derniers, non contestés en défense, une attestation circonstanciée de Mme F se présentant comme la concubine du requérant et des attestations de membres de sa famille. Si celles de M. E B est amputée de la page 2 en sorte qu'elle ne peut être prise en compte, les autres sont circonstanciées sur les relations continues entre eux. Il présente encore une attestation circonstanciée d'un collègue de travail. En revanche, les attestations de Mme C et de M. D ne peuvent être prises en compte dès lors qu'elles sont également amputées de la page 2. Dans ces conditions, en ne retenant pas de circonstances humanitaires justifiant qu'il ne prononce pas d'interdiction de retour à l'encontre de M. B, le préfet de la Seine-Maritime a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressé.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 avril 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a interdit de retour pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".
8. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. B, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.
9. Enfin, l'annulation prononcée n'implique aucune autre injonction.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 2 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a interdit M. A B de retour pour une durée d'un an est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A B dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 2 avril 2024 ci-dessus annulée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga
La greffière,
Signé : S. Aït Moussa
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. Aït Moussa
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026