Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405044

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2405044
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTUYAA BOUSTUGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 avril 2024, M. B A, représenté par Me Tuyaa Boustugue, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 20 février 2024 par laquelle la directrice territoriale de Melun de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'État, pris en la personne du directeur général de l'OFII, la somme de 1 500 euros à verser à Me Tuyaa Boustugue au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Vu :

-la requête n° 2404877 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 7 mai 2024 à 14h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella, juge des référés ;

-et les observations de Me Tuyaa Boustugue, représentant M. A, absent, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en précisant ou en ajoutant que : la requête de M. A n'est pas devenue sans objet du fait de l'intervention d'une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 30 avril 2024 accordant le bénéfice de la protection subsidiaire à son auteur, dès lors que celui-ci n'a pas encore reçu notification de cette décision et que, si tel avait été le cas, il conserverait néanmoins le droit d'être maintenu dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile pour une durée de trois mois au titre de l'article R. 552-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige : la lettre du 26 janvier 2024 par laquelle la Croix-Rouge française a notifié au requérant la fin de sa prise en charge au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) de Champagne-sur-Seine où il était accueilli ne précise aucune date d'absence de l'intéressé de son lieu d'hébergement ; le requérant avait besoin de se mettre dans de bonnes conditions pour préparer l'entretien devant l'OFPRA auquel il a été convoqué le 23 janvier 2024 à 9h00 et de se rapprocher du lieu de cet entretien, situé à Fontenay-sous-Bois ; pour cette raison, il est allé s'installer, le week-end précédent, chez un ami résidant en Seine-Saint-Denis ; le requérant n'a pu recevoir aucun message de la part du gestionnaire du CADA de Champagne-sur-Seine durant son absence de ce centre parce que son téléphone était cassé, ce dont il justifie par la production d'une facture de réparation établie le 22 janvier 2024 à Pierrefitte ; les frais de transport du requérant n'ont pas été

pris ne charge ; il se demande pour quelle raison les travailleurs sociaux du CADA de

Champagne-sur-Seine n'étaient pas informés de la convocation du requérant à l'entretien du 23 janvier 2024.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. M. A, qui est de nationalité sud-soudanaise, a fait l'objet, le 20 février 2024, d'une décision par laquelle la directrice territoriale de Melun de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait, au motif qu'il avait quitté son lieu d'hébergement depuis plus d'une semaine. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution de cette décision sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

3. À cette fin, il fait valoir que la décision en litige est insuffisamment motivée, qu'elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation, révélé par l'insuffisance de sa motivation, qu'elle est également entachée d'erreur de fait, d'erreur dans la qualification juridique des faits et " d'erreur manifeste d'appréciation ", dès lors qu'il n'a pas abandonné son lieu d'hébergement au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) géré par la

Croix-Rouge française à Champagne-sur-Seine (Seine-et-Marne) mais seulement quitté ce lieu temporairement, pour se rapprocher du siège de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, situé à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), où il était convoqué le 23 janvier 2024 à 9h00 pour un entretien, ainsi que pour préparer cet entretien, et qu'elle méconnaît enfin les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, en l'état de l'instruction, aucun de ces moyens n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de ladite décision.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'admettre provisoirement l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par l'OFII, ni de se prononcer sur la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée M. B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Tuyaa Boustugue.

Fait à Melun, le 23 mai 2024.

Le juge des référés,La greffière,

Signé : P. ZanellaSigné : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,