lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2405400 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ADDEN AVOCATS PARIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 mai 2024, la société à responsabilité limitée " Incity Immobilier " et la société civile de construction vente " Thiais 18 Veil ", représentées par leurs gérants, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 19 octobre 2023 par laquelle le maire de la commune de Thiais a refusé de délivrer un permis de construire à la société civile de construction vente " Thiais 18 Veil " ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Thiais de leur délivrer un certificat de permis de construire tacite ou, à titre subsidiaire, le permis de construire sollicité dans un délai de 7 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Thiais la somme de 5 000 euros à leur verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles indiquent que la société civile de construction vente " Thiais 18 Veil ", dont la société à responsabilité limitée " Incity Immobilier " est la gérante, a déposé le 20 février 2023 en mairie de Thiais (Val-de-Marne) une demande de permis de construire en vue de la réalisation d'un ensemble immobilier de 15 logements collectifs et d'un commerce 18 rue Simone Veil, que cette demande a fait l'objet d'un refus le 19 octobre 2023, qu'elle a formé un recours gracieux le 19 décembre 2023 resté sans réponse.
Elles soutiennent que la condition d'urgence est satisfaite en raison de la caducité de la promesse de vente du terrain d'assiette au 30 mai 2024, alors qu'elles bénéficient d'un permis tacite depuis le 22 octobre 2023, et sur le doute sérieux, que la décision en cause est illégale puisqu'elle n'a pas été précédée par une procédure contradictoire, s'agissant d'une décision de retrait d'une décision tacite, et qu'elle est mal fondée, car le projet respecte les dispositions de l'article UC 10 du plan local d'urbanisme de la commune et rien ne fait obstacle à la réalisation d'une coque vide pour un commerce.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2024, la commune de Thiais, représentée par Me Ferignac, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérantes d'une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle oppose une fin de non-recevoir sur la requête en tant qu'elle concerne la société à responsabilité limitée " Incity Immobilier ".
Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu
- la décision contestée,
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 19 avril 2024 sous le numéro 2404933, la société à responsabilité limitée " Incity Immobilier " et la société civile de construction vente " Thiais 18 Veil " ont demandé l'annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 24 mai 2024, tenue en présence de Mme Rouillard, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Ledoux, représentant les sociétés requérantes, qui rappelle qu'elles sont deux sociétés de promotion immobilière, qu'elles disposent d'une promesse de vente, qu'elles ont demandé un premier permis de construire en avril 2022 qui a été rejeté , que des négociations ont eu lieu, qu'elles ont obtenu un permis tacite le 22 octobre 2023 et qu'elles ont reçu une décision de refus de permis deux jours plus tard, qui soutient que la requête est recevable car les deux sociétés sont liées, qu'elles ont intérêt à agir en raison des dispositifs spécifiques du code de l'urbanisme car elles sont les bénéficiaires de la décision, que la condition d'urgence est satisfaite en raison des clauses de caducité de la promesse de vente, que celle-ci a été prorogée trois fois, que la décision est en fait une décision de retrait d'une décision tacite, que les délais de la poste ne lui sont pas opposables, qu'il n'y a pas eu de procédure contradictoire et que donc l'arrêté est illégal ;
- les observations de Me Bertranet, représentant la commune de Thiais, qui rappelle que les deux sociétés sont distinctes, que les dispositions du code de l'urbanisme ne s'appliquent pas en cas de refus de permis de construire, que la requête n'est pas recevable en tant qu'elle est formée par la société à responsabilité limitée, que la condition d'urgence n'est pas satisfaite car
c'est celle-ci qui bénéficie de la promesse de vente et non la société civile de construction vente, que la promesse n'est remplie qu'en cas de caractère définitif du permis ce qui n'est pas le cas, qu'il n'y a pas eu de permis tacite car les délais de la poste ont été anormalement longs et que, sur le fond, l'immeuble est trop haut.
Considérant ce qui suit :
1. Le 20 février 2023, la société civile de construction vente " Thiais 18 Veil " a déposé en mairie de Thiais (Val-de-Marne) une demande de permis de construire en vue de réaliser un ensemble collectif comprenant quinze logements et un commerce. Des éléments complémentaires lui ont été demandés le 16 mars 2023, demande à laquelle il a été répondu le 22 mai 2023. Par un arrêté du 19 octobre 2023, notifié le 23 octobre 2023, le maire de la commune de Thiais a refusé de délivrer le permis de construire demandé au motif notamment que les dispositions de l'article UC 10 du plan local d'urbanisme n'étaient pas respectées. La société civile de construction vente " Thiais 18 Veil " a formé un recours gracieux le 19 décembre 2023, implicitement rejeté. Par une requête enregistrée le 19 avril 2024, elle a demandé au tribunal, ensemble avec sa gérante, la société à responsabilité limitée " Incity Immobilier " l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par sa requête du 2 mai 2024, la suspension de son exécution.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Thiais :
2. La commune de Thiais oppose une fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de la société à responsabilité limitée " Incity Immobilier ", au motif que cette société ne serait pas celle ayant déposé la demande de permis de construire rejetée par la décision en litige et qu'elle n'aurait donc pas intérêt à agir. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette société, d'une part, est titulaire de la promesse de vente du terrain d'assiette et, d'autre part, elle est la gérante de la société civile de construction vente " Thiais 18 Veil ", au nom de qui avait été déposé le permis de construire refusé.
3. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir de la commune de Thiais ne pourra qu'être écartée.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
5. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ".
6. En premier lieu, et d'une part, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Cet article L. 211-2 requiert la motivation, notamment, des décisions qui retirent ou abrogent une décision créatrice de droits.
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction. Un décret en Conseil d'État précise les cas dans lesquels un permis tacite ne peut être acquis ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". Aux termes de l'article R. 423-28 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction prévu par le b et le c de l'article R. 423-23 est porté à : () b) Cinq mois lorsqu'un permis de construire porte sur des travaux relatifs à un établissement recevant du public et soumis à l'autorisation prévue à l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation ou sur des travaux relatifs à un immeuble de grande hauteur et soumis à l'autorisation prévue à l'article L. 122-1 du même code ".
8. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire déposée par la société civile de construction vente " Thiais 18 Veil ", qui était soumise à un délai d'instruction de cinq mois, a été définitivement enregistrée le 22 mai 2023 par la commune de Thiais. Ce délai n'étant pas un délai franc, celle-ci avait donc jusqu'au 22 octobre 2023 pour notifier à la société demanderesse une décision de refus de permis de construire, cette date étant au surplus un dimanche. Or, il est constant que le courrier contenant la décision en litige n'a été présenté à son destinataire que le lundi 23 octobre 2023.
9. Par suite, le permis sollicité par la société civile de construction vente " Thiais 18 Veil " doit être regardé comme ayant été tacitement accordé, de sorte que l'arrêté dont la suspension de l'exécution est demandée doit quant à lui être regardé comme un retrait de ce permis tacite, retrait qui est au nombre de décisions qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 précité du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, le maire de Thiais ne pouvait retirer le permis tacite accordé la société civile de construction vente " Thiais 18 Veil " sans avoir préalablement mis en œuvre la procédure contradictoire requise.
10. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision attaquée a retiré illégalement une autorisation tacitement acquise est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 19 octobre 2023.
11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.
12. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. () ".
13. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Un retrait de permis de construire n'entrant pas dans le champ d'application de l'article L. 600-3 du code d'urbanisme, il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la
suspension d'une telle décision, d'apprécier l'urgence à la date à laquelle il se prononce, compte tenu de son incidence immédiate sur la situation concrète de l'intéressé.
14. En l'espèce, à la date du 22 octobre 2023, couverte par la date limite de la promesse de vente signée avec les propriétaires du terrain d'assiette, la société civile de construction vente " Thiais 18 Veil ", constituée exclusivement dans le but de construire l'immeuble objet de la décision en litige, disposait d'un permis tacite, la condition d'urgence doit être considérée comme satisfaite.
15. Il résulte de ce qui précède que les conditions permettant de prononcer la suspension de la décision sont satisfaites. Il y a dès lors lieu de prononcer la suspension demandée, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
16. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".
17. La société civile de construction vente " Thiais 18 Veil " dispose, en raison de la suspension de la décision du 19 octobre 2023, en l'état de l'instruction, à la date du 22 octobre 2023, d'un permis de construire tacite. L'exécution de la présente ordonnance ne nécessite donc aucune mesure d'injonction.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
18. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
19. Ces dispositions font obstacle aux conclusions présentées par la commune de Thiais dirigées contre la société à responsabilité limitée " Incity Immobilier " et la société civile de construction vente " Thiais 18 Veil " qui ne sont pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de condamner la commune de Thiais à verser à la société à responsabilité limitée " Incity Immobilier " et la société civile de construction vente " Thiais 18 Veil " la somme globale de 1 500 euros en application desdites dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 19 octobre 2023 par laquelle le maire de la commune de Thiais a refusé de délivrer un permis de construire à la société civile de construction vente " Thiais 18 Veil " est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête en annulation présentée par la société à responsabilité limitée " Incity Immobilier " et la société civile de construction vente " Thiais 18 Veil ".
Article 2 : La commune de Thiais versera à la société à responsabilité limitée " Incity Immobilier " et la société civile de construction vente " Thiais 18 Veil " la somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Thiais tendant à la condamnation des sociétés requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société à responsabilité limitée " Incity Immobilier ", à la société civile de construction vente " Thiais 18 Veil " et à la commune de Thiais.
Le juge des référés,
M. AYMARDLa greffière,
C. ROUILLARD
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2405400
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026