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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2405468

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405468

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2405468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSALAS NAUSICA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 3 et 23 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Krzisch, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision expresse du 24 janvier 2024 et de la décision implicite née le 27 avril 2024 par lesquelles le maire de Saint-Mandé a refusé d'aménager son poste de travail conformément aux prescriptions du médecin de prévention ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Mandé d'aménager son poste de travail conformément aux préconisations du médecin de prévention ou, à tout le moins, de réexaminer sa demande d'aménagements dans un délai d'une semaine à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Mandé la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que le refus d'aménagement de son poste de travail et des conditions d'exercice de ses fonctions conformément aux propositions du service de médecine préventive porte atteinte à sa santé ;

-il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige pour les raisons suivantes :

-ces décisions ne sont pas motivées ;

-elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreurs de droit au regard de l'obligation qui incombe aux autorités administratives de prendre en compte, dans les conditions prévues à l'article 24 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985, les propositions d'aménagement de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions émises par les médecins du service de médecine préventive ;

-elles sont constitutives d'une discrimination à l'égard des travailleurs handicapés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, la commune de Saint-Mandé, représentée par Me Le Foyer de Costil, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie ;

-aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

-la requête n° 2405420 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général de la fonction publique ;

-le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 24 mai 2024 à 10h00 en présence de M. Ngassaki, greffier d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella ;

-les observations de Me Krzisch, représentant Mme A, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

-les observations de Me Le Foyer de Costil, représentant la commune de Saint-Mandé, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes motifs.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Une note en délibéré, enregistrée le 24 mai 2024, a été présentée par Mme A.

La clôture de l'instruction a été différée au 28 mai 2024 à 18h00, par une ordonnance du 24 mai 2024, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

2. Mme A, qui s'est vu reconnaître la qualité de travailleur handicapé de façon définitive à compter du 16 avril 2023, a été recrutée par contrat, au titre de l'article L. 332-14 du code général de la fonction publique, pour occuper dans une crèche, du 28 août 2023 au 27 septembre 2024, un emploi permanent à temps complet d'auxiliaire de puériculture territorial de la commune de Saint-Mandé. Sa requête doit être regardée comme tendant, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de la décision, contenue dans une lettre datée du 24 janvier 2024, par laquelle le maire de cette commune a ou aurait refusé d'aménager son poste de travail et les conditions d'exercice de ses fonctions conformément aux propositions émises les 24 novembre 2023 et 19 janvier 2024 par le médecin du travail, ainsi que, d'une part, de la décision du 15 février 2024 par laquelle la même autorité a statué expressément, sans y faire droit, sur le premier recours gracieux qu'elle a formé, par une lettre datée du 5 février 2024, contre ce refus et a donc rejeté ce recours, d'autre part, de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant deux mois sur le second recours gracieux qu'elle a exercé contre ledit refus par une lettre reçue en mairie le 4 mars 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Il résulte de l'instruction que, le 24 novembre 2023, le médecin du travail a formulé une proposition d'aménagement du poste de travail et des conditions d'exercice des fonctions de Mme A dans les termes suivants : " Horaires aménagés. Début du travail à 8h30 ou 9h, avec petite chaise pour surveiller les enfants. " Après que l'intéressée a été informée oralement par son employeur, lors d'un entretien ayant eu lieu le 9 janvier 2024, que, compte tenu de cette proposition et des contraintes liées à l'organisation du service, elle commencerait son travail à 10h30 pour le terminer à 19h00 trois jours par semaine à compter du 1er février 2024, le même médecin a complété ladite proposition en ces termes, le 19 janvier 2024 : " 2 fermetures de crèche en moins par semaine pour raison de santé, chaise basse redemandée. " Il doit être regardé comme ayant ainsi nécessairement proposé que l'intéressée bénéficie, d'une part, de la fourniture d'une chaise adaptée à son état de santé, même si, pour regrettable que cela soit, il s'est alors abstenu de préciser les caractéristiques de cette chaise, d'autre part, d'horaires de travail n'impliquant pas de participer à l'ouverture de la crèche en commençant son service à 7h45, ni de participer plus d'une fois par semaine à la fermeture de la crèche en terminant son service à 19h00. Dans ces conditions, en indiquant à la requérante, dans la lettre datée du 24 janvier 2024 par laquelle il a statué sur la demande d'aménagement de poste de celle-ci, qu'elle pouvait, depuis son recrutement, utiliser l'une des " chaises à hauteur d'enfant " qui sont normalement mises à disposition de l'ensemble des agents de la crèche et qu'à compter du 1er février 2024, ses horaires de travail seraient ceux définis lors de l'entretien du 9 janvier 2024 mentionné ci-dessus, le maire de Saint-Mandé doit être regardé comme ayant refusé les aménagements proposés par le médecin du travail les 24 novembre 2023 et 19 janvier 2024.

4. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

5. Il ne résulte pas de l'instruction que les aménagements proposés par le médecin du travail les 24 novembre 2023 et 19 janvier 2024 aient été mis en place en totalité postérieurement à l'intervention des décisions en litige, ni que leur mise en place ferait nécessairement obstacle au fonctionnement de la crèche dans laquelle Mme A exerce ses fonctions donc à la continuité du service public. Par suite, eu égard à l'état de santé de la requérante, celle-ci souffrant, ainsi que cela ressort d'un certificat médical établi par son médecin traitant le 25 avril 2024, de lombodiscarthrose étagée, et à l'incidence sur cet état des décisions en litige, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit, alors même que l'intéressée aurait refusé de dialoguer avec sa hiérarchie, être regardée comme remplie.

6. D'autre part, aux termes de l'article 2-1 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité. " Aux termes du I de l'article 11 du même décret : " Les missions du service de médecine préventive sont assurées par les membres d'une équipe pluridisciplinaire animée et coordonnée par un médecin du travail []. " Aux termes de l'article 24 du même décret : " Le médecin du travail est seul habilité à proposer des aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions, justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents []. / Lorsque l'autorité territoriale ne suit pas l'avis du service de médecine préventive, sa décision doit être motivée par écrit []. ".

7. Il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet, ainsi que le précise l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985. À ce titre, il leur incombe notamment de prendre en compte, dans les conditions prévues à l'article 24 de ce décret, les propositions d'aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents, que le médecin du travail est seul habilité à émettre.

8. En l'état de l'instruction, dont il résulte en particulier que, contrairement à ce qui est soutenu en défense, Mme A s'est vu imposer, avant comme après l'intervention des décisions en litige, des horaires de travail impliquant sa participation à l'ouverture de la crèche au moins une fois dans la semaine, notamment, en 2024, dans la semaine du 29 janvier au 2 février, dans celle du 12 au 16 février, dans celle du 19 au 23 février, dans celle du 22 au 26 avril, dans celle du 29 avril au 3 mai et dans celle du 6 au 10 mai, le moyen tiré de ce que le maire de Saint-Mandé aurait commis une erreur d'appréciation au regard de l'obligation rappelée au point précédent est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués, qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions du maire de Saint-Mandé en date des 24 janvier et 15 février 2024 ainsi que de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la même autorité sur le recours gracieux formé devant elle par Mme A le 4 mars 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire []. "

11. Dans le cas où les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut non seulement suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, mais aussi assortir cette suspension d'une injonction ou de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration. Toutefois, les mesures qu'il prescrit ainsi, alors qu'il se borne à relever l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, doivent présenter un caractère provisoire. Il suit de là que le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder sa compétence, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée.

12. Eu égard à ce qui vient d'être dit, il ne saurait être enjoint au maire de Saint-Mandé d'aménager le poste de travail et les conditions d'exercice des fonctions de Mme A conformément aux propositions émises les 24 novembre 2023 et 19 janvier 2024 par le médecin du travail. Il y a lieu, en revanche, de lui enjoindre de statuer à nouveau, après nouvelle instruction, sur la demande d'aménagement de l'intéressée, et ce, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

14. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la commune de Saint-Mandé au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En application de ces mêmes dispositions, il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Mandé une somme de 1 200 euros au même titre.

O R D O N N E :

Article 1er :L'exécution des décisions du maire de Saint-Mandé en date des 24 janvier et 15 février 2024 ainsi que de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la même autorité sur le recours gracieux formé devant elle par Mme A le 4 mars 2024 est suspendue.

Article 2 :Il est enjoint au maire de Saint-Mandé de statuer à nouveau, après nouvelle instruction, sur la demande d'aménagement du poste de travail et des conditions d'exercice des fonctions de Mme A, et ce, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Saint-Mandé versera à Mme A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Les conclusions de la requête de Mme A sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Mandé au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la commune de Saint-Mandé.

Fait à Melun, le 17 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé : P. ZanellaLe greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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