Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405887

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2405887
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
Formation4ème chambre
Avocat requérantTCHOLAKIAN

Résumé IA

Tribunal administratif de Melun, 4ème chambre. Saisi d’une demande d’exécution de son jugement du 13 octobre 2023, le tribunal constate que la préfète du Val-de-Marne n’a pas délivré à Mme B le titre de séjour « vie privée et familiale » que ce jugement lui avait enjoint de délivrer. Pour assurer l’exécution de sa décision, le tribunal prononce une astreinte de 10 euros par jour de retard à l’encontre de l’État, à défaut d’exécution dans un délai d’un mois. Il met également à la charge de l’État la somme de 1 200 euros au titre des frais d’instance, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par des demandes enregistrées les 9 février, 3 avril et 29 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Tcholakian, demande au tribunal d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de prendre les mesures qu'implique l'exécution du jugement n° 2205846 du 13 octobre 2023 par lequel le tribunal administratif de Melun a annulé l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé à Mme B la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, et a enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement, le tout sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le jugement n° 2205846 du 13 octobre 2023 du tribunal administratif de Melun n'a à ce jour pas été entièrement exécuté dès lors qu'elle ne s'est toujours pas vue délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Par une ordonnance du 16 mai 2024, la présidente du tribunal a décidé d'ouvrir une procédure juridictionnelle en vue de prescrire les mesures d'exécution du jugement du 13 octobre 2023.

Par un mémoire enregistré le 31 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Tcholakian, maintient sa demande initiale.

Elle soutient qu'elle n'a toujours pas obtenu la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ce qui la maintient dans une situation de précarité administrative et sociale, en l'absence d'un document justifiant de la régularité de son séjour en France.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une lettre du 11 juin 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 8 juillet 2024 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 28 octobre 2024.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dutour a été entendu au cours de l'audience publique.

Une note en délibéré présentée pour la préfète du Val-de-Marne a été enregistrée le 22 novembre 2024. Elle n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 mars 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par le jugement n° 2205846 du 13 octobre 2023, le tribunal administratif de Melun a annulé l'arrêté du 10 mars 2022 et a enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Dans le cadre de la présente instance, Mme B demande au tribunal d'assurer l'exécution de ce jugement.

Sur la demande d'exécution :

2. D'une part, l'article L. 911-4 du code de justice administrative dispose que : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution / Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ".

3. Il résulte de l'instruction qu'en dépit de la notification à la préfète du Val-de-Marne le 18 octobre 2023 du jugement n° 2205846 du 13 octobre 2023, et des deux demandes adressées en ce sens par le tribunal les 28 février 2024 et 11 avril 2024, aucune mesure nécessaire à l'exécution de ce jugement n'a été prise à ce jour. Ainsi, à la date du présent jugement, la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, n'a pas délivré un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à la requérante. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer à l'encontre de l'État, à défaut pour la préfète du Val-de-Marne, de justifier de l'exécution du jugement n° 2205846 dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, une astreinte de 10 euros par jour jusqu'à la date à laquelle le jugement aura reçu exécution.

Sur les frais liés à l'instance :

4. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Tcholakian, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Tcholakian de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Une astreinte est prononcée à l'encontre de l'État, si le préfet du Val-de-Marne ne justifie pas, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, avoir entièrement exécuté le jugement n° 2205846 du 13 octobre 2023. Le taux de cette astreinte est fixé à 10 euros par jour.

Article 2 : Le préfet du Val-de-Marne communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures pour exécuter le présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Tcholakian, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Tcholakian renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Tcholakian et au préfet du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Dutour, conseillère,

M. Tom Collen-Renaux, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La rapporteure,

L. DUTOURLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière