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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2406243

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406243

mercredi 1 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406243
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantBERTRAND

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a rejeté la requête de M. B... visant à annuler le refus implicite d'abroger un arrêté préfectoral de 2022. La juridiction a jugé irrecevable la demande d'annulation concernant le refus de titre de séjour, estimant qu'une telle décision produit tous ses effets dès son entrée en vigueur et ne peut faire l'objet d'une demande d'abrogation. En revanche, elle a considéré que la demande concernant l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) était recevable, cette mesure continuant à produire des effets dans le temps. Le tribunal s'est fondé sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que sur la jurisprudence du Conseil d'État.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 mai 2024, 29 septembre 2024 et le 6 janvier 2026, M. A... B..., représenté par Me Bertrand, dans le dernier état de ses écritures demande au tribunal :

d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Val­de­Marne a rejeté sa demande tendant à l’abrogation de l’arrêté du 3 février 2022 en tant qu’il rejette sa demande de titre de séjour, et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

d’enjoindre à toute autorité territorialement compétente de lui délivrer une carte de séjour temporaire ;

d’enjoindre à toute autorité territorialement compétente de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de trois mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant la durée de ce réexamen ;

de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les décisions contestées sont insuffisamment motivées.


La procédure a été communiquée au préfet du Val­de­Marne qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Par un courrier du 2 mars 2026 les parties ont été informées en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative que le tribunal était susceptible de se fonder sur le moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision implicite de refus d'abroger l’arrêté du 3 février 2022 en tant qu'il a refusé la délivrance d'un titre de séjour au requérant. (CE 13 novembre 2025 M. D... n°506583).

Des observations ont été présentées pour M. B... le 8 mars 2026, elles ont été communiquées.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Combier,
- et les observations de Me Collard substituant Me Bertrand, représentant M. B....



Considérant ce qui suit :

Par un arrêté du 3 février 2022 le préfet du Val­de­Marne a refusé à M. A... B... la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné. Par un courrier reçu en préfecture le 25 novembre 2023, resté sans réponse, M. B... a sollicité l’abrogation de l’arrêté du 3 février 2022. Il demandait initialement l’annulation de la décision implicite ainsi née notamment en tant qu’elle refuse d’abroger l’arrêté du 3 février 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour et devait ainsi être regardé comme demandant aussi l’annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Val­de­Marne a refusé d’abroger la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ce qu’il a d’ailleurs précisé ultérieurement.

Sur les conclusions en annulation :

En premier lieu, s’il appartient à l’autorité administrative d’abroger un acte non réglementaire qui n’a pas créé de droits mais continue de produire effet, lorsqu’un tel acte est devenu illégal en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait postérieurs à son édiction, une décision refusant à un étranger la délivrance d’un titre de séjour produit tous ses effets directs dès son entrée en vigueur. Dès lors, une demande tendant à son abrogation est sans objet et ne saurait faire naître un refus susceptible de faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir. En revanche, la décision portant obligation de quitter le territoire français continuant, postérieurement à son édiction, à produire des effets directs à l’égard de la personne qu’elle vise, cette dernière est recevable à demander, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait, l’annulation d’une décision refusant de l’abroger. La décision portant OQTF et la décision refusant d’abroger une telle décision n’ayant pas le même objet, cette dernière ne revêt pas un caractère confirmatif.

Il résulte des principes rappelés au point précédent, que les conclusions en annulation dirigées contre la décision implicite par laquelle le préfet du Val­de­Marne a rejeté la demande d’abrogation de l’arrêté du 3 février 2022 en tant qu’il porte refus de séjour, ne peuvent qu’être rejetées comme irrecevables.

En second lieu, d’une part, aux termes de l’article R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Selon l’article R. 432-2 de ce même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois (…) ».

D’autre part, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 de ce code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Aux termes de l’article L. 232-4 du même code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n’est pas illégale du seul fait qu’elle n’est pas assortie de cette motivation / Toutefois, à la demande de l’intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu’à l’expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ». Enfin l’article L. 243-2 du code des relations entre le public et l’administration impose à l’administration d’abroger « un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal (…) en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction ». Il résulte de ces dispositions qu’il est loisible à l’étranger auquel est opposé implicitement, après deux mois, un rejet de sa demande d’abrogation d’une obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre, de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l’absence de communication de ces motifs dans le délai d’un mois, la décision implicite se trouve entachée d’illégalité.

L’article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : « Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : (…) / 2° Lorsque la demande ne s'inscrit pas dans une procédure prévue par un texte législatif ou réglementaire ou présente le caractère d'une réclamation ou d'un recours administratif ; (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier reçu en préfecture du Val­de­Marne le 3 avril 2024, M. B... a sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet refusant d’abroger la mesure d’éloignement édictée à son encontre le 22 février 2022, née du silence gardé à la suite de sa demande du 25 janvier 2024 tendant à l’abrogation de l’arrêté du 22 février 2022. Il n’est pas contesté par le préfet du Val­de­Marne, qui n’a pas produit de mémoire en défense, qu’aucune réponse n’a été apportée à cette demande. Le requérant est en conséquence fondé à soutenir que la décision qui lui a été opposée, refusant d’abroger la mesure d’éloignement édictée à son encontre est, en l’absence de communication de ses motifs, entachée d’illégalité. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être accueilli.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision implicite rejetant sa demande d’abrogation de la mesure d’éloignement édictée à son encontre le 22 février 2022.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Eu égard au motif d’annulation retenu, et seul susceptible de l’être en l’état du dossier, le présent jugement implique seulement le réexamen de la demande de M. B... et l’intervention d’une nouvelle décision sur le fondement des dispositions de l’article L. 911-2 du code de justice administrative. Il y a lieu, en conséquence, d’enjoindre au préfet du Val­de­Marne, d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

Pour l’application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B... et non compris dans les dépens.


D E C I D E :



Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet du Val­de­Marne a rejeté la demande de M. B... du 25 janvier 2024 tendant à l’abrogation de l’arrêté du 3 février 2022 en tant qu’il l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val­de­Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande de M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat (préfet du Val­de­Marne) versera à M. B... une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet du Val­de­Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 10 mars 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,
M. Combier, conseiller,
Mme Prissette, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2026.


Le rapporteur,




D. COMBIER

La présidente,




I. GOUGOT


La greffière,



M. C...



La République mande et ordonne au préfet du Val­de­Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
la greffière,


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