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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2406349

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406349

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET TAITHE PANASSAC ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 26 mai et 14 juin 2024, M. B A, représenté par Me Philippot, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 19 février 2024 par lequel le maire de Nanteuil-lès-Meaux lui a refusé la délivrance du permis de construire huit maisons individuelles jumelées en R+1 et de démolir un abri de jardin sur un terrain cadastré section ZA n° 47, situé dans cette commune au 102 avenue François de Tessan ;

2°) d'enjoindre à la commune de Nanteuil-lès-Meaux de lui délivrer ce permis à titre provisoire dans un délai de quinze jours à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de statuer à nouveau après nouvelle instruction sur sa demande de permis dans un délai d'un mois à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Nanteuil-lès-Meaux la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que : le refus de permis en litige est le troisième refus d'autorisation d'urbanisme qui lui est opposé alors qu'il a pris en compte les motifs des deux précédents refus pour établir son projet ; il a, pour réaliser son projet de construction, contracté des dettes, notamment en souscrivant un emprunt immobilier dont le montant des remboursements s'élève actuellement à 1 550 euros par mois hors assurance, et engagé divers frais d'un montant substantiel qui s'ajoutent à ceux liés aux projets ayant précédemment donné lieu à deux refus de permis d'aménager ; il se trouve aujourd'hui en situation de surendettement ; un juge des référés a admis l'urgence dans une ordonnance n° 2308565 du 7 septembre 2023, compte tenu de sa situation financière ; celle-ci s'est dégradée depuis, puisqu'il dû faire face ces derniers mois à des dépenses contraintes et imprévues, et elle l'empêche d'achever la construction de son logement ; l'arrêté en litige l'empêche d'utiliser son bien pour assainir sa situation financière ; il ne s'est pas placé lui-même dans la situation qu'il invoque ; aucun intérêt public ne s'attache au maintien des effets de l'arrêté en litige ; il ne peut lui être objecté qu'il n'a pas exploité le permis d'aménager provisoire qui lui a été délivré en exécution de l'ordonnance mentionnée ci-dessus, puisqu'aucun promoteur ne se serait engagé financièrement sur la base d'un tel permis ; le projet de loi relatif au développement de l'offre de logements abordables prévoit l'institution d'une présomption d'urgence en cas de demande de suspension de l'exécution d'une décision d'opposition à une déclaration préalable ou de refus de permis de construire, d'aménager ou de démolir ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige pour les raisons suivantes :

* le moyen en défense tiré de la tardiveté et, par suite, de l'irrecevabilité de sa requête en annulation de l'arrêté en litige manque en fait ;

* l'arrêté en litige est intervenu au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il s'analyse en un retrait d'un permis tacite accordé antérieurement en application de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme et que la procédure contradictoire préalable prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'a pas été respectée ;

* il repose sur un motif entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des articles R. 111-2 du code de l'urbanisme et UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme de Nanteuil-lès-Meaux ;

* il repose sur un motif entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard de l'article UB 6 du même règlement.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juin 2024, la commune de Nanteuil-lès-Meaux, représentée par Me Taithe, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie ;

- aucun des moyens dont il est fait état n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige, dès lors, notamment, que la requête en annulation dont fait par ailleurs l'objet cet arrêté est tardive et par suite irrecevable.

Vu :

- la requête n° 2404972 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 14 juin 2024 à 10h00 en présence de Mme Guillemard, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. Zanella ;

- les observations de Me Philippot, représentant M. A, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en précisant ou en ajoutant que : il n'y aurait lieu d'assortir de la mesure d'injonction sollicitée la suspension de l'exécution de l'arrêté en litige qu'au cas où il ne serait pas admis que cet arrêté retire un permis tacite antérieurement accordé ; en ce qui concerne le vice de procédure invoqué, le maire de Nanteuil-lès-Meaux ne se trouvait pas en situation de compétence liée pour refuser le permis en cause ;

- les observations de Me Taithe, représentant la commune de Nanteuil-lès-Meaux, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes motifs.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. M. A s'est vu refuser la délivrance du permis qu'il a sollicité le 18 octobre 2023 en vue de construire huit maisons individuelles jumelées en R+1 et de démolir un abri de jardin sur le terrain cadastré section ZA n° 47 et situé 102 avenue François de Tessan à Nanteuil-lès-Meaux par un arrêté du maire de cette commune en date du 19 février 2024. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution de cet arrêté sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

3. D'une part, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire en vigueur, ni d'aucun principe, que l'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative serait présumée en cas d'opposition à une déclaration préalable ou de refus de permis de construire, d'aménager ou de démolir.

4. D'autre part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

5. En premier lieu, si, avant l'intervention de l'arrêté en litige, M. A s'est vu refuser à deux reprises, le 4 novembre 2022 puis le 3 mai 2023, la délivrance d'un permis d'aménager ayant également pour terrain d'assiette le terrain mentionné au point 2, cette circonstance n'est pas, alors même que le requérant aurait tenu compte des motifs des refus en cause pour l'élaboration du projet de construction et de démolition décrit au même point et que la suspension de l'exécution du second refus a été ordonnée par un juge des référés du tribunal le 7 septembre 2023, de nature à caractériser l'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

6. En second lieu, M. A fait état, pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté en litige, d'une situation financière dégradée dont l'assainissement serait empêché par cet arrêté.

7. Toutefois, d'abord, il résulte de l'instruction, d'une part, que cette situation a pour origine une accumulation de dettes non liées au projet de construction et de démolition décrit au point 2, y compris, contrairement à ce qui est soutenu, celle correspondant au prêt immobilier que le requérant et son épouse se sont vu accorder par une banque le 4 janvier 2018 pour un montant initial de 406 739 euros et dont les mensualités du remboursement s'élèvent actuellement à 1 550 euros hors assurance, ce prêt ayant en effet été consenti à seule fin de financer l'acquisition d'une résidence principale, ainsi que celle correspondant à la somme de 10 000 euros que le requérant et son épouse se sont fait prêter par des particuliers le 27 juin 2022 pour financer une activité professionnelle, d'autre part, que l'intéressé a lui-même contribué à la dégradation de ladite situation en engageant, après que sa demande de traitement d'une situation de surendettement a été déclarée recevable par la commission de surendettement des particuliers de la Seine-et-Marne le 29 septembre 2022 et même après que cette commission a approuvé un plan conventionnel de redressement définitif le 26 janvier 2023, d'importants frais d'architecte ou d'études, pour un montant d'environ 12 000 euros, en vue de la réalisation du projet refusé par l'arrêté en litige, ainsi que, pour un montant de 5 800 euros, des frais correspondant à des travaux de peinture dont la nécessité n'est ni établie, ni même alléguée.

8. Ensuite, M. A, qui a indiqué, en page 7/26 du formulaire Cerfa de sa demande de permis de construire du 18 octobre 2023, que les huit logements dont son projet prévoit la création n'étaient pas destinés à être vendus ou loués mais à être occupés personnellement par lui comme résidence principale, ne justifie d'aucun projet actuel de vente ou de location des maisons individuelles jumelées à construire dont la réalisation serait subordonnée à la délivrance du permis qu'il a vainement sollicité, ni d'aucun autre projet immobilier susceptible d'aboutir avant qu'il ne soit statué au fond sur la légalité de l'arrêté en litige.

9. Enfin, le requérant, qui se borne à faire état de dettes et de frais exposés et n'apporte aucun élément relatif aux ressources dont son épouse et lui disposent actuellement, ne justifie pas que ces ressources seraient insuffisantes, malgré la mise en application au 28 février 2023 du plan conventionnel de redressement définitif mentionné au point 7, pour supporter tant ses charges courantes que ses dépenses contraintes et imprévues, telles que celles liées à l'éducation de ses enfants ou à l'entretien de son véhicule, ni, par suite, que sa situation financière actuelle nécessiterait la réalisation à bref délai d'une opération lucrative sur le terrain mentionné au point 2.

10. Dans ces conditions, et nonobstant la circonstance qu'elle a précédemment été admise dans le cadre de l'instance de référé relative au refus de permis d'aménager du 3 mai 2023 mentionné au point 5, l'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut, en l'état de l'instruction, être regardée comme établie dans la présente instance.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'invocation d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

12. Il n'y a par ailleurs pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme que la commune de Nanteuil-lès-Meaux demande au même titre.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Nanteuil-lès-Meaux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la commune de Nanteuil-lès-Meaux.

Fait à Melun, le 19 juillet 2024.

Le juge des référés,

P. ZANELLALa greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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