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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2406502

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406502

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406502
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mai 2024, l'association " centre de santé médico dentaire Orly ", représentée par Me Saumon, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 15 avril 2024 par laquelle le directeur de la Caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne a prononcé à son encontre, à titre de sanction, la suspension de la possibilité d'exercer dans le cadre conventionnel pour une durée de cinq ans à compter du 13 mai 2024, sans sursis, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de la Caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est satisfaite ; son activité est composée à plus de 95 % d'une activité de tiers payant et la décision contestée la prive de la possibilité de pratiquer le tiers payant, avec pour conséquence immédiate la perte de la quasi-totalité de sa clientèle et de ses revenus ; la clientèle est composée d'une patientèle modeste qui ne pourra pas assurer le coût des frais dentaires ; elle aura pour effet à brève échéance un état de cessation de paiement ; la décision contestée aura aussi un effet immédiat sur sa patientèle, dès lors qu'il existe un véritable besoin d'accès aux soins dentaires, compte tenu de l'offre de soins bucco-dentaires sur la commune d'Orly ainsi que le démontrent notamment le nombre d'actes réalisés par le centre sur la période contrôlée ; la décision contestée aura encore pour effet immédiat le licenciement pour motif économique de vingt-huit salariés, dont onze chirurgiens-dentistes ; enfin, la médiatisation de la sanction porte d'ores et déjà préjudice à sa réputation et, plus généralement, à celle des centres dentaires composant le réseau Nobel Santé+ ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- cette décision est insuffisamment motivée ; elle ne vise pas l'analyse et les explications fournies par le centre dentaire ; les droits de la défense ont été méconnus ; la motivation la prive de moyens de défense pour contester la décision ;

- la décision contestée est entachée d'erreurs de droit et d'erreurs de fait ; la caisse a commis une erreur de droit en prononçant une sanction qui se fonde sur un échantillon de faits reprochés non représentatifs et qui procède par extrapolation des irrégularités constatées à l'ensemble de l'activité sur la période contrôlée, alors qu'aucun texte ne permet de fonder ainsi une sanction ; l'échantillonnage porte sur 76 dossiers pour l'ensemble de la période contrôlée ; or seuls 1057 actes ont été retenus comme irréguliers à l'issue d'un contrôle effectif alors que la CPAM retint 6 822 actes ; une extrapolation a été faite pour 85% du préjudice allégué ; la CPAM a violé les principes constitutionnels relatifs aux sanctions ;

- les droits de la défense ont été méconnus : elle ne peut procéder à une telle extrapolation dans le cadre de l'article L. 315-1 du code de la sécurité sociale. Elle a ensuite appliqué un paramètre correctif totalement subjectif en fonction du degré de véracité de son grief ;

- le principe de la présomption d'innocence a été méconnu ; aucun texte ne permet aux caisses de recourir à la méthodologie de l'extrapolation y compris dans le cadre de la répétition de l'indu prévue à l'article 133-4 du code de la sécurité sociale ; les juridictions civiles ont rejeté cette méthode ;

- le principe d'impartialité a été méconnu ; la concomitance des griefs intentés sont la preuve d'une sanction forfaitisée dans le cadre d'une prise de position de principe généralisée aux centre de santé Nobel santé plus ; ils démontrent une volonté manifeste et préalable à toutes explications de les sanctionner ; les avis des commissions paritaires, les dates de notification des sanctions et leur caractère stéréotypée sont la preuve d'une sanction forfaitisée dans le cadre d'une prise de position de principe généralisée ;

- la décision contestée est entachée d'erreurs de faits dès lors que la méthode d'extrapolation qui a été mise en œuvre est elle-même erronée sur de nombreuses variables ;

- le principe de responsabilité personnelle et d'individualisation des peines a été méconnu ; la sanction est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, la Caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association requérante une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la requérante ne justifie pas de la condition d'urgence ; les pièces comptables produites sont insuffisantes ; elle disposait de 2,3 millions d'euros de disponibilités en 2022 ; les documents sur les charges ne sont pas convaincants ; elle ne démontre pas que sa patientèle ne serait pas en mesure de recourir à un service déconventionné ; s'agissant des conséquences sur la patientèle et les salariés elle ne relève pas d'un intérêt public ; le listing des salariés est non certifié ; l'offre de dentistes libéraux est conséquente dans le secteur ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ;

- le recours à l'extrapolation n'est pas interdit : aucune modalité particulière n'est imposée pour le constat des manquements : ce régime est différent des règles en matière de répétition de l'indu fixées par l'article L. 133-4 du code de la sécurité sociale qui n' a pas le même objet que la sanction de la méconnaissance des obligations conventionnelles ; le contrevenant doit apporter la preuve de l'inexactitude de l'extrapolation ; or, il n' a pas cherché à démonter alors qu'il avait l'information sur le nombre d'actes contrôlés sur pièces et sur le nombre d'actes ayant été considérés en anomalie par extension que l'extrapolation était fausse ; elle a vérifié pour chaque typologie de manquement la proportion d'actes non réalisés effectivement ; le nombre de manquements par rapport au nombre de patients contrôlés ne laisse aucun doute sur le caractère délibéré des pratiques du centre ; le moyen tiré de la violation de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant s'agissant d'une sanction conventionnelle ; il n'y a pas de violation du principe d'impartialité : il y a répétition à l'échelle d'un groupe des mêmes manquements ; il n' y a pas de méconnaissance du principe d'impartialité des peines ; la sanction est proportionnée ; les manquements sont répétés et graves.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 6 juin 2024 sous le numéro 2406495 par laquelle le centre médico dentaire Orly demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, pour statuer en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 juin 2024 en présence de M. Ngassaki, greffier d'audience, M. Guillou a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Laigneau substituant Me Saumon représentant le centre médico dentaire Orly qui persiste en tous points dans les termes de sa requête ;

- les observations de Me Falala représentant la Caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne qui persiste en tous points dans les termes de son mémoire en défense ;

A l'issue de cette audience, le juge des référés a clos l'instruction.

Deux notes en délibéré ont été produites par chacune des parties les 17 juin et 19 juin 2024 dument communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. Le centre de santé médico dentaire Orly, qui fait partie d'un réseau de centres de santé exerçant sous l'enseigne Nobel Santé+, a fait l'objet d'un contrôle de la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne portant sur des actes facturés pendant la période du 5 août 2020 au 15 juin 2022. Ayant constaté des anomalies constituant des manquements aux règles de facturation, le directeur de la caisse a infligé, le 15 avril 2024, au centre de santé médico dentaire Orly une sanction portant suspension de la possibilité d'exercer dans le cadre conventionnel pour une durée de cinq ans à compter du 13 mai 2024, sans sursis. L'association " centre de santé médico dentaire Orly " demande au juge des référés la suspension de l'exécution de cette décision du 15 avril 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " ; enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

Sur le doute sérieux quant à la légalité de décision attaquée :

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, l'une des deux conditions posées par l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu, de rejeter les conclusions de l'association " centre de santé médico dentaire Orly ", aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ; le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

5. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de l'association " centre de santé médico dentaire Orly " dirigées contre la Caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante ; il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association " centre de santé médico dentaire Orly", la somme de 1 500 euros en application desdites dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'association " centre de santé médico dentaire Orly " est rejetée.

Article 2 : L'association " centre de santé médico dentaire Orly " versera à la Caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association "centre de santé médico dentaire Orly" et à la Caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : J-R GuillouLe greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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