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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2406504

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406504

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406504
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mai et 11 juin 2024, M. C D, représenté par Me Traoré, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a assigné à résidence ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient, dans le dernier état de ses écritures, que la décision portant assignation à résidence :

* est entachée d'incompétence ;

* est insuffisamment motivée ;

* est entachée d'erreurs dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

* porte atteinte à sa vie privée et familiale au regard de la restriction à la liberté d'aller et de venir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale (refonte) ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga.

M. D et le préfet de Seine-et-Marne n'étaient ni présents ni représentés.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h31.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain, né le 14 avril 1997 à Oujda (Royaume du Maroc), est entré régulièrement en France le 23 janvier 2022. Par arrêté du 3 mars 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de deux ans. Par arrêté du 23 mai 2024, le préfet de Seine-et-Marne l'a assigné à résidence. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 23 mai 2024.

2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (). ". Selon l'article L. 732-3 de ce code " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ".

3. En premier lieu, si, dans le cadre d'une délégation générale, la charge de la preuve de l'absence ou en l'empêchement, éventuellement en cascade, de l'autorité administrative repose d'abord sur le requérant, tel n'est pas le cas dans le cas des permanences du corps préfectoral pour lesquelles la charge de la preuve repose sur l'autorité administrative. En l'espèce, et alors que par un arrêté n° 24/BCX/021 du 26 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs non produit n° D77-26-04-2024 du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné à Mme B A, cheffe du bureau de l'éloignement, délégation de signature aux fins de signer les décisions litigieuses, M. D n'apporte aucun élément permettant de considérer qu'aucune autorité hiérarchique à l'auteure précitée étant empêchée ou absente. Enfin, l'arrêté n'a pas à viser en droit l'arrêté précis portant délégation de signature. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure des décisions attaquées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. D, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté comporte l'exposé des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, l'arrêté attaqué prescrivant l'assignation à résidence du requérant est suffisamment motivé. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des pièces du dossier, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé.

5. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté litigieux que M. D est assigné à résidence pour une durée de 45 jours renouvelables deux fois, qu'il ne peut quitter, sans autorisation, les limites de la Seine-et-Marne, qu'il devra se présenter tous les lundis au commissariat de Pontault-Combault et qu'il a déclaré une adresse dans cette même commune. M. D soutient que le préfet de Seine-et-Marne a commis des erreurs dans l'appréciation de sa situation personnelle. Toutefois, premièrement, les circonstances qu'il a fait une demande d'exclusion des condamnations de son bulletin n° 2 en vue de régulariser son séjour, qu'il s'est marié et que le couple attend une enfant sont sans incidence sur la décision contestée, l'adresse citée dans la décision étant d'ailleurs celle déclarée lors de son audition dont le procès-verbal est mis au dossier en défense. Par ailleurs, la décision contestée est fondée sur l'obligation de quitter le territoire français du 3 mars 2023 qui a été notifiée au requérant le 7 mars 2023 soit moins d'un an à la date d'entrée en vigueur, le 28 janvier 2024, de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration qui, en son article 72 (2° du VI), a remplacé le délai d'un an pour un délai de trois ans dans le 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 2. Dans ces conditions, le délai durant lequel une assignation à résidence pouvait être prise suite à l'obligation de quitter le territoire français précitée du 3 mars 2023 était, à la date à laquelle l'assignation contestée été prise, de trois ans à compter de la notification de la mesure d'éloignement en sorte qu'aucune erreur de droit n'a été commise par l'autorité administrative à cet égard. En outre, l'obligation de pointage est d'une fois par semaine et il ressort de la consultation de sites publics que le commissariat se trouve à vingt minutes à pied du domicile du requérant. Si cette mesure restreint par principe sa liberté d'aller et venir, cette restriction est permise sous le contrôle du juge. Le requérant ne fait état à cet égard d'aucune contrainte ou impératif de sa vie privée de nature à faire obstacle à ce qu'il ne puisse satisfaire à ses obligations en qualité d'assigné à résidence, la circonstance que le couple ne soit pas en mesure, comme tout jeune couple nouvellement marié, de sortir de la zone géographique de leur lieu de résidence, ne saurait constituer une restriction excessive. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et eu égard aux effets d'une mesure d'assignation à résidence, l'arrêté susvisé n'a pas porté à la liberté d'aller et venir de M. D une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Les mêmes circonstances ne sont pas davantage de nature à faire regarder l'arrêté contesté comme entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 23 mai 2024, par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne l'a assigné à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga

La greffière,

Signé : MD. Adelon

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. Adelon

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