jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2406985 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | WEINBERG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 juin 2024, M. E A C, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office, l'a interdit de retour pour une durée de cinq ans ;
2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- elle sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elles ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- elles sont entachées d'erreur de droit ;
- elles méconnaissent l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a produit des pièces enregistrées le 1er juillet 2024 et communiquées le 2 juillet 2024.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne, représentée par Actis Avocats, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 4 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Félicie Bouchet, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bouchet, première conseillère ;
- les observations de Me Milly, substituant Me Weinberg, avocate de M. A C, qui outre les moyens de la requête, indique que 1) en ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire : M. A C n'a jamais fait l'objet d'un refus de délivrance d'un titre de séjour et que dès lors la préfète ne pouvait pas se fonder sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'une substitution de base légale ne peut intervenir pour pallier un défaut d'examen de la situation du requérant, que la décision ne fait aucunement mention de sa situation familiale, ni de ses problèmes de santé ; que la décision est entachée d'erreurs matérielles en ce qu'il ne s'est jamais vu refuser la délivrance d'un certificat de résidence et que c'est à tort que la préfète a retenu qu'il n'établissait pas être démuni d'attaches familiales en Algérie, qu'il est arrivé en France à l'âge de 12 ans avec sa mère et sa fratrie pour fuir un père violent, que sa grand-mère, restée en Algérie, est décédée récemment, que le droit à être entendu de M. A C a été méconnu en ce qu'il n'est pas établi qu'il ait refusé de se rendre à la convocation de la PAF en tout connaissance de cause ; que sa mère et sa sœur disposent d'un certificat de résidence, qu'il a besoin d'un suivi médical car il souffre depuis l'enfance d'épilepsie, maladie qui lui avait valu d'être reconnu en tant qu'enfant handicapé ; qu'il a une compagne de nationalité française avec laquelle il a eu un enfant né le 7 décembre 2023, qu'en raison de sa détention, il n'a pu reconnaître officiellement l'enfant ; que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant ainsi que de son beau-fils dont il s'occupe et qu'elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ; que c'est à tort que la préfète n'a pas considéré qu'il remplissait les conditions pour obtenir de droit un certificat de résidence en raison de sa vie familiale mais également en raison de son état de santé, que l'OFII aurait dû être saisi, qu'elle a ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile; 2) en ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire, elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ; elle est également entachée d'un défaut d'examen de sa situation, que M. A C présentent des garanties de représentation et que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, 3) en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français : elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire , elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen, qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et, c'est à tort que la préfète a considéré qu'il ne justifiait de circonstances humanitaires ; 4) enfin, il demande que soit enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour, qu'à défaut soit enjoint au préfet de saisir le collège des médecins de l'OFII pour avis et de réexaminer la situation de M. A C et que dans l'attente, il soit muni d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, qu'enfin soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- M. A C indique qu'il est sorti de prison le 21 janvier 2023 après plusieurs années de détention, qu'il a été à nouveau incarcéré du 25 octobre 2023 au 7 juin 2024, qu'alors qu'il était en détention au cours de l'année 2020, il a rencontré par téléphone sa compagne, de nationalité française, avec laquelle il a eu un enfant né en décembre 2023, que pendant sa période de liberté de 9 mois, il s'est occupé du premier enfant de sa compagne, qu'il n'a jamais vécu en concubinage avec sa compagne, que son frère a été incarcéré pour la même affaire que lui depuis le 25 octobre 2023, qu'il n'a bénéficié d'aucun aménagement de sa peine, qu'il est actuellement suivi par le service d'insertion et probation dans le cadre d'un sursis probatoire, qu'à sa sortie du centre de rétention, il a le projet de retourner vivre chez sa mère, qu'en 2017 et 2022, il a sollicité la délivrance de certificat de résidence temporaire mais qu'en raison de sa détention, il n'a jamais pu récupérer les titres de séjour qui lui ont été octroyés, qu'il a un traitement médicamenteux pour l'épilepsie ; ;
- les observations de Me Kerkeni, avocat de la préfète de l'Essonne qui conclut au rejet de la requête, les moyens soulevés par le requérant n'étant pas fondé ; il ne peut donner plus d'information sur le refus de titre opposé au requérant retenu dans la décision en litige.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h50.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant algérien, se maintenant irrégulièrement en France, a été condamné le 1er février 2024 à une peine d'un an d'emprisonnement pour des faits de recel de vol par effraction en récidive et d'escroquerie et a été incarcéré pour cette peine du 25 octobre 2023 au 7 juin 2024. Par un arrêté du 31 mai 2024 dont M. A C demande l'annulation, la préfète de l'Essonne a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé une interdiction du territoire français d'une durée de cinq ans.
Sur la communication du dossier administratif de la requérante :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". D'autre part, aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. A C détenu par l'administration.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions en litige :
3. En premier lieu, par un arrêté n°2024-143 du 2 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, la préfète de l'Essonne a donné délégation à Mme B D, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire aux fins de signer l'ensemble des décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il fait application et mentionne les éléments proposes à la situation personnelle, familiale et administrative de l'intéressé ainsi que les éléments caractérisant la menace à l'ordre public retenus par la préfète, et notamment les neuf condamnations pénales qui lui ont été infligées entre 2013 et 2024. L'arrêté indique également que M. A C a refusé de répondre à la convocation de la police aux frontières et n'a ainsi pas communiqué d'information sur sa situation personnelle ; qu'il n'entre dans aucune catégorie pour obtenir de plein droit un certificat de résidence ; que M. A C risque de se soustraire à la décision d'obligation de quitter le territoire car il ne présente pas de garanties de représentation suffisante ; qu'enfin les mesures prises ne contreviennent pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'enfin aucune circonstance humanitaire particulière ne s'oppose à l'édiction d'une interdiction de retour. Dans ces conditions, et alors que la préfète de l'Essonne n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation de l'intéressé, les décisions portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et prononçant une interdiction du territoire français d'une durée de cinq ans sont suffisamment motivée au sens des dispositions des articles L. 613-1 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Essonne n'ait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation de M. A C avant l'édiction de ses décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et prononçant une interdiction du territoire français d'une durée de cinq ans à son encontre.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). "
7. M. A C soutient que son droit à être entendu avant que la préfète de l'Essonne prenne les décisions en litige n'a pas été respecté. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, alors en détention, a été convoqué par les services de la police aux frontières qui se sont déplacés à la maison d'arrêt le 16 avril 2024 pour l'auditionner sur sa situation personnelle et administrative ; que M. A C a refusé de quitter sa cellule et ne s'est ainsi pas présenté à cette convocation, ainsi que l'indique le refus de mouvement signé par M. A C qui précise le motif du mouvement envisagé par l'administration pénitentiaire. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu a été méconnu.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : /1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / (). ".
9. Il ressort de la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français que la préfète de l'Essonne a fondé cette décision sur le 3° et le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, nonobstant l'absence de leur mention expresse dans les visas de la décision attaquée.
10. Si M. A C soutient à l'audience que la décision est entachée d'un défaut de base légale au motif qu'il ne se serait jamais vu opposer un refus de délivrance d'un certificat de résidence, il reconnaît toutefois à l'audience avoir bénéficié en 2017 et en 2022 d'un titre de séjour qu'il n'est pas allé chercher et qu'il n'a pas renouvelé, de sorte qu'à la date de la décision attaquée, il ne résidait pas régulièrement en France depuis plus de trois mois. Ainsi, à supposer même que le préfet ne lui ait pas refusé la délivrance d'un titre de séjour, le requérant ne conteste pas que les dispositions du 5° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui soient applicables. Dans ces conditions, alors que les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 suffisent à elle seules pour légalement fonder la décision contestée, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.
11. En deuxième lieu, et aux termes de de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. M. A C soutient qu'il est entré en France à l'âge de 12 ans en compagnie de sa mère, de sa sœur et de son frère ; que sa mère et sa sœur sont titulaires d'un certificat de résidence ; qu'il a une compagne et un enfant de la nationalité française et qu'enfin il n'a plus d'attaches familiales en Algérie depuis le décès de sa grand-mère et qu'il a besoin d'un traitement médical pour l'épilepsie. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A C a été incarcéré de manière quasi-continue entre l'année 2013 et le 21 janvier 2023, qu'à cette occasion, il a purgé de lourdes de peine, notamment 3 ans d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par deux circonstances en état de récidive légale et 6 ans d'emprisonnement pour un vol avec violences en état de récidive légale ; qu'il a été réincarcéré le 25 octobre 2023 pour des faits nouveaux commis avec son frère et condamné à un an d'emprisonnement ; que ses incarcérations ont été émaillées de nombreux incidents, en ce qu'il a été condamné à ces occasions pour des évasions à deux reprises, pour une détention de stupéfiants et des menaces de mort à l'encontre d'une personne chargée de mission de service public. Il ressort également des pièces du dossier que l'acte de naissance de l'enfant, dont l'intéressé allègue être le père, ne porte aucune mention d'une reconnaissance de paternité et qu'il n'établit pas l'existence d'une vie commune avec la mère de cet enfant ; qu'enfin, le décès de sa grand-mère et la présence de sa mère et sa sœur en France ne suffisent à établir qu'il serait dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions et compte tenu de la menace grave à l'ordre public que constitue le comportement délinquant de M. A C depuis l'année 2013, la préfète n'a pas méconnu les stipulations citées au point précédent en estimant que l'obligation de quitter le territoire qu'elle a édictée à l'encontre de l'intéressé ne portait pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise.
13. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
14. Il ressort des pièces du dossier que M. A C n'a pas reconnu l'enfant dont il revendique la paternité, qu'il ne justifie pas participer à l'entretien et l'éducation de cet enfant ; qu'il n'a jamais partagé de vie commune avec ce dernier ni avec le premier enfant de sa compagne. Dans ces conditions, M. A C n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
15. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. " Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus / () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ".
16. Si M. A C soutient qu'il rentre dans la catégorie des étrangers pour lesquels la loi prescrit qu'il se voit attribuer de plein droit un certificat de résidence, notamment en raison de sa vie privée et familiale et de son état de santé et que dès lors il ne peut légalement fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, que si l'intéressé justifie d'un suivi médical pour son épilepsie généralisée idiopathique, les éléments médicaux qu'il produit ne font pas apparaître que l'état de santé de l'intéressé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, dans la mesure où le certificat médical daté du 24 janvier 2020 mentionne que M. A C refuse, à cette date ; de prendre son traitement antiépileptique, que le médecin l'a encouragé à le reprendre mais qu'en l'absence de récidive de crise dans les deux prochaines années, un arrêt du traitement antiépileptique était envisageable. Au demeurant, les pièces produites ne sont pas non plus suffisantes pour établir que l'intéressé ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état en Algérie. En outre, compte tenu de ce qui a été exposé au point 12, le requérant n'établit pas plus qu'il doive se voir attribuer de plein droit un certificat de résidence au titre du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
17. En cinquième lieu, d'une part, le requérant n'est pas fondé à soutenir, par les seules circonstances que sa grand-mère est décédée et que sa sœur et sa mère résident en France, que la décision en litige a retenu à tort qu'il n'établissait pas être dépourvu d'attache dans son pays d'origine. D'autre part, à supposer même que l'arrêté retienne de manière erronée que M. A C a fait l'objet d'un refus de délivrance de titre de séjour, il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle n'avait pas commis cette erreur.
18. En sixième et dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste commise par la préfète dans l'appréciation des conséquences que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français comporte sur la situation personnelle du requérant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés aux points 12, 14 et 16.
En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
19. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 613-2 du même code dispose que " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "
20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.
21. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que si le requérant dispose d'une attestation d'hébergement chez sa mère et qu'il a des membres de sa famille en France, ce dernier a été condamné à deux reprises pour des faits d'évasion commis en 2013 et 2022 alors qu'il bénéficiait de permission de sortir. Dans ces conditions, M. A C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la préfète a considéré qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la décision lui faisant obligation de quitter le territoire.
22. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste commise par la préfète dans l'appréciation des conséquences que la décision portant refus de départ volontaire comporte sur la situation personnelle du requérant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés aux points 12, 14 et 16. Elle n'a pas davantage entaché sa décision d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
23. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
24. M. A C qui se borne à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'apporte aucune précision à son moyen et ne présente à l'appui de ce moyen aucun document ou pièce permettant de l'étayer. Dans ces conditions, le requérant ne peut être considéré comme démontrant qu'il encourrait un risque personnel et actuel au sens des stipulations précitées de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations et dispositions à l'encontre de la décision fixant le pays de destination et celui tiré de l'erreur manifeste de la préfète de l'Essonne doivent être écartés.
25. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux cités aux points 12, 14 et 16.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
26. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
27. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai.
28. En deuxième lieu, pour les mêmes raisons que celles exposés aux points 12, 14 et 16, en ne retenant pas de circonstances humanitaires justifiant qu'elle ne prononce pas d'interdiction de retour à l'encontre de M. A C, la préfète de l'Essonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France ainsi que la situation familiale de l'intéressé. Elle n'a pas davantage entaché sa décision d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, compte tenu de la menace grave à l'ordre public qui est caractérisée par les actes de délinquances graves et réitérés commis par M. A C au cours des dix dernières années, en fixant la durée de cette interdiction de retour sur le territoire français à cinq ans, cette autorité n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation eu égard à ces mêmes considérations.
29. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A C doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A C et à la préfète de l'Essonne.
Lu en audience publique le 4 juillet 2024
La magistrate désignée,
Signé : F. BouchetLa greffière,
Signé : N. Riellant
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Riellant
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026