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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2407117

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407117

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407117
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSINGH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juin 2024, Madame B A, représentée par

Me Singh, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, après l'avoir admise à l'aide juridictionnelle provisoire :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de la convoquer pour enregistrer sa demande de titre de séjour, et lui délivrer une carte de résident, à défaut un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 24 heures suivant la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4.000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37, alinéa 2, de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, et à défaut à lui verser cette somme.

Elle indique que, de nationalité guinéenne, elle est la mère d'un enfant qui a été reconnu réfugié le 18 mars 2024, qu'elle a alors entamé des démarches pour bénéficier d'une carte de résident sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France, mais qu'elle ne peut pas créer de compte en raison d'un dysfonctionnement de ce service qui lui attribue un compte alors qu'elle n'en a pas, qu'elle a alors saisi la préfecture du Val-de-Marne qui n'a jamais répondu à ses demandes.

Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle est la mère d'un enfant reconnu réfugié, et que cette impossibilité de déposer sa demande de carte de résident porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit d'asile ainsi qu'à celui de son enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer, l'intéressée étant convoquée le

18 juin 2024 à 9 heures pour déposer sa demande de titre de séjour.

Par un mémoire en réplique enregistré le 17 juin 2024, Madame B A, représentée par Me Singh, prend acte de la convocation pour le 18 juin 2024 et maintient ses demandes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 18 juin 2024, tenue en présence de

Madame Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de

Me Capuano, représentant la préfète du Val-de-Marne qui maintient ses conclusions tendant au

non-lieu.

La requérante, dûment convoquée, n'était ni présente ni représentée.

Le 19 juin 2024, le récépissé de demande de titre de séjour délivré par la préfète du

Val-de-Marne à Madame A a été communiqué au tribunal.

Considérant ce qui suit :

1 Madame B A, ressortissante guinéenne née le 10 janvier 2002 à Conakry, entrée en France le 10 décembre 2022 pour y solliciter l'asile a vu sa demande rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 12 octobre 2023. Toutefois, son fils, né le 19 mai 2023, a été reconnu réfugié par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du

18 mars 2024. Madame A a alors tenté de déposer sa demande de carte de résident sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France mais cela s'est révélé impossible, cette plateforme lui indiquant qu'elle y disposait d'un compte, ce qui n'était pas le cas. Les saisines de la préfecture du Val-de-Marne aux fins de résolution de ce dysfonctionnement et de convocation n'ayant été suivies d'aucune réponse de ces services, par sa requête enregistrée le

12 juin 2024, elle a demandé au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de- Marne de la convoquer pour enregistrer sa demande de titre de séjour. Postérieurement à sa requête, la préfète du Val-de-Marne a convoqué l'intéressée pour le 18 juin 2024 et lui a délivré un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 17 décembre 2024.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2 Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3 Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4 Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. / Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

5 Ainsi qu'il l'a été dit au point 1, la préfète du Val-de-Marne a délivré à

Madame A le 18 juin 2024 un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au

17 décembre 2024. Dans ces conditions, il n'y a plus de statuer sur les concluions de sa requête présentées sur le fondement de l'article 521.2 du code de justice administrative.

Sur les frais irrépétibles :

6 Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

7 Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".

8 Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1 500 euros qui sera versée à Me Singh, conseil de Madame A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressée, cette somme lui sera versée directement.

O R D O N N E :

Article 1er : Madame A est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Madame A présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 2 000 euros à Me Singh, conseil de Madame A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressée, cette somme lui sera versée directement.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame B A, à Me Singh et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. AymardLa greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2407117

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