jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2407348 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | RAULT |
Vu :
- la décision attaquée
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles,
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 17 juin 2024, sous le numéro 2407350, M. A a demandé l'annulation de la décision attaquée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 28 juin 2024, tenue en présence de M. Ngassaki, greffier d'audience, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Desenlis, représentant M. A, requérant, présent, qui rappelle qu'il sera majeur le 5 août 2024, qu'il a été pris en charge à l'aide sociale à l'enfance en 2022 et a fait l'objet d'un refus de poursuite de prise en charge à sa majorité, qu'il n'a pas de titre de séjour ni de récépissé et que son contrat d'apprentissage en restauration n'a pas de perspectives professionnelles car il n'a pas de titre de séjour, qui indique que le retard qui lui est imputé pour avoir des documents d'identité est imputable au département qui ne l'a pas accompagné dans ses démarches dans la mesure où il n'est pas autonome et qu'il a besoin d'aide ;
- les observations de Me Geoffroy, représentant le département de Seine-et-Marne, qui maintient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite, qu'il reste du temps pour l'accompagner, que l'intéressé a eu des échanges avec sa famille, soit sa tante et sa mère, qu'il ne démontre pas ne pas avoir droit aux aides de droit commun et qu'il a refusé une proposition d'accompagnement psychologique.
Considérant ce qui suit :
1 M. B A, ressortissant ivoirien né le 5 août 2006 à Bouaké, entré en France en août 2022, a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance de Seine-et-Marne en novembre 2022 jusqu'à sa majorité. A l'approche de celle-ci, le 14 mrs 2024, il a demandé au président du conseil départemental de Seine-et-Marne la conclusion d'un contrat " jeune majeur " à sa majorité. Par une décision du 11 juin 2024, sa demande a été rejetée. Le 14 juin 2024, il a formé un recours préalable et a demandé, le17 juin 2024, l'annulation de cette décision et, par une requête du même jour, sollicite du juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de son exécution.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2 Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3 Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4 Aux termes de l'article L. 521-1 du même code : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
5 Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'aide sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : (.) : 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article et à l'exclusion de ceux faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.".
6 Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.
7 En l'espèce, le président du conseil du conseil départemental de Seine-et-Marne soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite car il ne serait pas démontré qu'il ait été demandé à M. A de quitter son lieu d'hébergement à la date du 5 août 2024. Toutefois, il n'est pas soutenu qu'un délai, dont l'octroi ne dépend que de la seule volonté du président du conseil départemental, lui aurait été accordé à cette date, le temps pour lui de trouver une solution de logement, alors qu'il n'est pas contesté qu'il est totalement isolé sur le territoire et n'aura aucun revenu et une épargne relativement faible, son contrat d'apprentissage se terminant le 31 juillet 2024, sans perspective d'embauche eu égard à son absence de titre de sjéour. Par ailleurs, si l'intéressé semble disposer en France de membres de sa famille proche, à savoir son oncle paternel et sa tante, qui l'ont d'ailleurs hébergé à son arrivée en France pendant quatre mois, il n'est pas établi non plus que ces personnes aient la possibilité, ou même la volonté, de lui apporter le soutien dont il a besoin, son oncle lui ayant même réclamé de l'argent pour lui communiquer les éléments nécessaires à l'établissement de ses documents d'identité.
8 Par ailleurs, il résulte de l'instruction que l'intéressé ne possède pas encore de titre de séjour ni même de récépissé de demande de titre de séjour, dans la mesure où il n'a pas encore été capable de joindre à sa demande en préfecture un document officiel comportant sa photo, n'ayant entamé ses démarches auprès de l'ambassade, selon le président du conseil départemental, qu'en mai 2024 et n'ayant un rendez-vous pour l'établissement de ce passeport que le 12 juillet 2024.
9 Toutefois, il était de la responsabilité du département de Seine-et-Marne, en sa qualité de garde de l'intéressé, de faire en sorte que les démarches soient engagées le plus tôt possible pour pouvoir bénéficier d'un document d'identité lui permettant d'obtenir le droit de séjourner sur le territoire à sa majorité, sans laisser l'intéressé affronter seul les démarches à effectuer. En tout état de cause, cette circonstance est sans incidence sur l'obligation qui incombe au département de Seine-et-Marne telle que mentionnées aux articles L. 221-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.
10 Dans ces conditions, à la date de la présente ordonnance, et eu égard à la date prochaine de la majorité de l'intéressé, qui permet de considérer comme satisfaite la condition d'urgence, le moyen tiré de ce que la décision en cause serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation apparaît propre à créer un doute sérieux quant à sa légalité.
11 Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles les dispositions, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension sont réunies. Il y a lieu de faire droit aux conclusions de M. A aux fins de suspension de l'exécution de la décision du 11 juin 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12 Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Aux termes de l'article L. 911-3 du même livre : " La juridiction peut assortir, dans la même décision l'injonction d'une astreinte () ".
13 En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au département de Seine-et-Marne d'accorder provisoirement au requérant, à sa majorité, et au plus tard jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision litigieuse, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais irrépétibles :
14 Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
15 Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".
16 Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne une somme de 1.500 euros qui sera versée à Me Desenlis, conseil de M. A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressé, cette somme lui sera versée directement.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 11 juin 2024 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a rejeté la demande présentée par M. A et tendant à la conclusion d'un contrat " jeune majeur " à sa majorité, est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au département de Seine-et-Marne d'accorder provisoirement à M. A, à compter du 5 août 2024, et au plus tard jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.
Article 4 : Le département de Seine-et-Marne versera une somme de 1.500 euros à Me Desenlis, conseil de M. A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressé, cette somme lui sera versée directement.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Desenlis et au département de Seine-et-Marne.
Copie en sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.
Fait à Melun le 18 juillet 2024.
Le juge des référés,Le greffier
Signé : M. C : G. NGASSAKI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2407348
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026