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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2407479

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407479

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL ASTEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juin 2024, M. B A D et Mme E C épouse A D, représentés par la SELARL Asten Avocats, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le maire de Champigny-sur-Marne, agissant au nom de l'État, a ordonné l'interruption des travaux entrepris sur le bien situé dans cette commune au 69 rue Diderot, ainsi que de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la requête n° 2407439 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 3 juillet 2024 à 15h00 en présence de Mme Guillemard, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. Zanella ;

- les observations de Me Saunois, agissant pour la SELARL Asten Avocats, représentant M. et Mme A D, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. M. et Mme A D se sont vu notifier le 26 février 2024 un arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le maire de Champigny-sur-Marne, agissant au nom de l'État, a ordonné l'interruption des travaux entrepris sur le terrain cadastré section AN n° 43 dont ils sont propriétaires dans cette commune au 69 rue Diderot. Leur requête tend à la suspension de l'exécution de cet arrêté, ainsi que de la décision implicite de rejet du recours gracieux qu'ils ont formé contre lui le 27 mars 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Il résulte de l'instruction, notamment d'un procès-verbal de constat dressé le 3 juin 2024 par une commissaire de justice, et n'est au demeurant pas contesté, la préfète du Val-de-Marne s'étant abstenue de produire un mémoire en défense ainsi que de se faire représenter à l'audience, que, du fait de l'interruption de travaux ordonnée par l'arrêté en litige, la maison individuelle que M. et Mme A D ont entrepris d'étendre sur le terrain mentionné au point 1 après avoir obtenu, le 26 juillet 2023, une décision de non-opposition à la déclaration préalable qu'ils avaient déposée à cette fin le 5 juillet précédent, n'a été mise ni hors d'eau, ni hors d'air, ce qui a entraîné la dégradation de son état en raison d'infiltrations liées aux intempéries. Il en résulte également que les requérants ne peuvent habiter cette maison, qui n'est pas habitable en l'état, et qu'ils sont ainsi contraints, alors que leurs ressources ne le leur permettent plus, de cumuler le remboursement du prêt qu'ils ont contracté pour acquérir cette même maison avec celui d'un prêt précédemment souscrit pour l'acquisition de l'appartement qu'ils doivent continuer à occuper. Dans ces conditions, l'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme caractérisée.

5. D'autre part, M. et Mme A D font valoir que l'arrêté en litige est intervenu au terme d'une procédure irrégulière du fait du non-respect de la procédure contradictoire préalable prévue à l'article 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qu'il est insuffisamment motivé et qu'il méconnaît enfin les dispositions de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, lesquelles subordonnent la possibilité d'ordonner l'interruption de travaux sur leur fondement à la constatation d'une ou plusieurs des infractions prévues à l'article L. 480-4 du même code, dès lors que, selon eux, de telles infractions n'ont pas été constatées. En l'état de l'instruction, dont il ne résulte pas que les intéressés aient été préalablement mis à même de présenter utilement des observations sur l'éventualité de l'intervention d'un arrêté interruptif de travaux, le premier de ces trois moyens est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige. Il en va différemment, en revanche, des deux autres, eu égard en particulier, s'agissant du dernier, à la circonstance qu'il ressort des plans et indications fournis par les intéressés à l'appui de la déclaration préalable mentionnée au point précédent que cette déclaration ne prévoyait que la suppression d'une surface de plancher équivalant à un peu moins de 18 % du total de la surface de plancher existante et qu'un procès-verbal de constat d'infraction du 19 décembre 2023 faisant foi jusqu'à preuve du contraire a relevé que la " majorité " de la construction existante avait été démolie.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de Champigny-sur-Marne en date du 19 décembre 2023.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. et Mme A D et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du maire de Champigny-sur-Marne en date du 19 décembre 2023 est suspendue.

Article 2 : L'État versera à M. et Mme A D une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A D et Mme E C épouse A D et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Val-de-Marne, à la commune de Champigny-sur-Marne et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Créteil.

Fait à Melun, le 25 juillet 2024.

Le juge des référés,

P. ZANELLALa greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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