vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2407704 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | NAMIGOHAR |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2407909 du 19 juin 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis la requête de M. A B, enregistrée le 10 juin 2024, au tribunal administratif de Melun territorialement compétent.
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 juin 2024 et le 19 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de communiquer l'intégralité des pièces qui lui ont permis de prendre l'ensemble des décisions contestées ;
3°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2024 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français ;
4°) d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie familiale et privée " et ce dans un délai de 15 jours à compter de la signification du jugement à intervenir, avec astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) à défaut d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la signification du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec astreinte de 150 euros par jour de retard ;
6°) de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;
7°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
* est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
* méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* est entachée d'un défaut de motivation et d'absence d'examen réel et sérieux de sa situation ;
* est entachée d'exception d'illégalité, en tant qu'elle est fondée sur la décision illégale de refus de séjour du 08 juin 2024 :
* elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation
- la décision refusant un délai de départ volontaire :
* est entachée d'exception d'illégalité, en tant qu'elle est fondée sur la décision illégale décision illégale d'obligation de quitter le territoire du 08 juin 2024
* est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
* est insuffisamment motivée ;
* est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
* méconnait les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* et l'administration ne démontre pas que le risque de fuite est établi ;
- la décision fixant le pays de destination :
* est entachée d'exception d'illégalité, en tant qu'elle est fondée sur la décision illégale décision illégale d'obligation de quitter le territoire du 08 juin 2024 ;
* méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
* est entachée d'exception d'illégalité, en tant qu'elle est fondée sur la décision illégale décision illégale d'obligation de quitter le territoire du 08 juin 2024 ;
* est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
* est insuffisamment motivée ;
* est entachée d'un vice de procédure le privant d'une garantie ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation, méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
La requête a été communiquée au préfet de Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations en défense mais a communiqué des pièces complémentaires enregistrées le 2 juillet 2024.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 16 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Pradalié, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pradalié,
- les observations de Me Gabory, substituant Me Namigohar, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et soutient en outre qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment des pièces produites par la préfecture, que M. B est rentré sur le territoire français au plus tard le 24 novembre 2011 à l'âge de 13 ans. Il s'agit en effet de la date retenue par le préfet du Val d'Oise quand il a remis son premier titre de séjour à M. B. Un récépissé versé au dossier présente cette date. M. B indique dans son audition qu'il ne sait plus s'il est rentré en 2010 ou 2011 mais la préfecture a retenu cette date. Il est également établi qu'il réside depuis sur le territoire national. Une copie du titre de séjour de sa mère figure au dossier, et les documents remis au requérant par le préfet du Val d'Oise confirment qu'il habite au domicile de sa mère. Figurent également au dossier les cartes d'identité françaises de ses trois frères, tous trois de nationalité française. Il a une petite sœur qui a 12 ans, née en France et qui va faire les démarches pour avoir la nationalité française. Son père réside à Montreuil et a un titre de séjour. La dernière pièce communiquée est le livret de famille du requérant qui permet d'établir que toutes ses attaches familiales sont sur le territoire national. Il s'est vu délivrer des titres de séjour portant la mention vie privée et familiale. C'est un élément qui démontre l'intégration de M. B sur le territoire français. Il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Il a eu une difficulté sur une carte de séjour qu'il n'a pas pu retirer car son passeport était périmé. Dans les dernières pièces communiquées nous avons l'attestation de la préfecture qui indique que sa carte est prête. Dernièrement il s'est vu accorder une carte expirant en 2022 qu'il n'a pas pu retirer en raison de l'expiration de son passeport. Il s'agissait d'une période pendant laquelle il n'y avait pas de possibilité de retirer un titre de séjour. Sur le fichier national des étrangers produit par la préfecture nous avons bien la mention d'une demande de renouvellement de titre de séjour. A la mention " refus " il est indiqué " non ". Donc lorsque la préfecture de Seine-Saint-Denis indique qu'il n'a pas effectué de démarche pour renouveler son titre de séjour, cela ne correspond pas à ce qui figure dans le fichier national des étrangers. M. B a donc une demande de titre de séjour en cours auprès de la préfecture du Val-d'Oise. Cela change beaucoup de choses car il y a une erreur de fait quand le préfet de Seine-Saint-Denis dit qu'il n'y a pas eu de demande de renouvellement de titre de séjour. M. B a une adresse certaine, stable et connue. Il existe donc un problème avec la base légale retenue par le préfet : le préfet ne peut reprocher à l'intéressé d'être entré irrégulièrement sur le territoire français, car il était mineur, et surtout il s'est vu depuis délivrer un titre de séjour. Même à considérer qu'on serait dans le cas d'un refus implicite de titre de séjour, l'administration doit motiver son refus ; or la préfecture répond que l'intéressé n'a pas fait de démarche. Il a été scolarisé sur le territoire national. Il est actuellement en formation pour devenir technicien en fibre optique et est en train de passer son permis de conduire. Il n'a jamais eu de précédente mesure d'éloignement. Sur la question du trouble à l'ordre public, nous avons dans le dossier le procureur de la République qui a décidé d'un classement sans suite pour l'affaire pour laquelle il a été placé en garde à vue. Le classement 21 correspond à une infraction insuffisamment caractérisée. Donc à partir du moment où les faits sont insuffisamment caractérisés on ne peut considérer que le requérant représente une menace pour l'ordre public. Ce qui interpelle est que l'administration ne donne pas les suites à ces signalisations. Or la seule mention de signalisations, sans donner les suites judiciaires, ne suffit pas pour le Conseil d'Etat pour estimer qu'il existe un trouble à l'ordre public. Par ailleurs, M. B aurait dû passer devant la commission du titre de séjour puisqu'il est présent de façon continue en France depuis plus de 10 ans. Enfin et surtout il n'y a aucune mention de sa famille dans la décision attaquée,
- les observations de M. B, qui indique qu'il a fait des bêtises quand il était mineur, mais qu'il s'est réinséré, et qu'il n'a jamais fait de prison,
- les observations de Me Khan, représentant le préfet de Seine-Saint-Denis, absent, qui sollicite une substitution de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français aurait pu légalement être fondée sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et soutient en outre que même si un titre de séjour était disponible à la préfecture de Sarcelles comme le soutient sa consœur, ce titre ne serait valable que jusqu'en 2022. Donc même si M. B a fait une demande de renouvellement il est en situation irrégulière. Pour ce qui concerne la menace à l'ordre public, sa consœur a parlé d'un classement sans suite. Cependant entre 2015 et 2019 M. B apparait de très nombreuses fois. Un procès-verbal du 25 juin 2019 indique qu'il s'est battu avec le gérant d'une station d'essence et a présenté un couteau. Au regard du comportement violent de M. B, la menace à l'ordre public est caractérisée. Elle ne doit pas être confondue avec la culpabilité, qui porte sur le passé, et la menace à l'ordre public qui est pour l'avenir. Concernant la vie privée et familiale, il est entré mineur en 2011 et nous avons des éléments sur sa famille, cependant nous n'avons pas d'élément sur une intégration d'une particulière intensité sur le territoire national. Il serait en formation de technicien fibre optique mais nous n'avons aucune pièce,
- et les observations de Me Gabory, substituant Me Namigohar, représentant M. B, qui prend note de la demande de substitution de base légale de la préfecture mais soutient qu'elle ne doit pas permettre de couvrir un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé. Cela démontre que l'administration n'a pas examiné ses dossiers avant de prendre une décision aussi importante. L'administration ne pouvait prendre une telle décision sans la motiver.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant malien né le 15 juin 1997 à Kayes (Mali), déclare être entré en France en 2010. Il a été interpellé le 7 juin 2024 pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion. Par un arrêté en date du 8 juin 2024, le préfet de Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par arrêté du même jour, la même autorité l'a placé en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé une première fois par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 12 juin 2024, puis une deuxième fois par une ordonnance du tribunal judiciaire de Meaux du 8 juillet 2024. M. B demande au tribunal d'annuler le premier arrêté du 8 juin 2024.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.
Sur la communication du dossier administratif du requérant :
3. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. B détenu par l'administration.
Sur la substitution de base légale :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : /1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / (). ".
5. Il ressort de la lecture de la décision en litige que pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet de Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non pas sur le 5° du même article. Si le préfet de Seine-Saint-Denis indique que M. B a été interpellé pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion, et liste les signalisations le concernant apparaissant dans le fichier automatisé des empreintes digitales, il n'examine si ces circonstances permettent de considérer que M. B représente par son comportement une menace pour l'ordre public que pour décider si un délai doit être accordé à M. B pour quitter le territoire français. Le préfet de Seine-Saint-Denis sollicite une substitution de base légale tendant à substituer le 5° de cet article au 1° retenu dans la décision litigieuse.
6. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
7. En l'espèce, la mesure d'obligation de quitter le territoire français opposée à M. B pouvait trouver son fondement légal dans les dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles peuvent être substituées aux dispositions du 1° du même article dès lors que cette substitution ne prive le requérant d'aucune garantie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
8. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des termes de la décision en litige, que pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet de Seine-Saint-Denis s'est borné à relever d'une part que le requérant déclare être entré en France en 2010, qu'il " n'a pas été en mesure de présenter de document transfrontière au moment de son interpellation et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français conformément aux dispositions de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", " qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ", qu'il " a été titulaire d'un titre de séjour vie privée / vie familiale valide jusqu'au 20/03/2019 ; que l'intéressé n'a pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour ; qu'il est depuis en situation irrégulière et n'a pas effectué d'autre démarche en vue de régulariser sa situation au regard du droit au séjour " ; d'autre part qu'il " ne justifie pas de l'intensité, de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, ou de conditions d'existences pérennes, ni même d'une insertion particulièrement forte dans la société française " ; enfin que M. B " a été interpellé pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion ", et " qu'il est connu au fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de détention de produits stupéfiants, violences aggravées sur dépositaire d'une mission de service publique, outrage à dépositaire de l'autorité, recels, trafic et revente sans usage de stupéfiants, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, vol en réunion avec violences, conduite d'un véhicule terrestre à moteur malgré interdiction judiciaire, délit de fuite après accident par conducteur de véhicule terrestre, conduite d'un véhicule sans permis, conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, conduite sous l'influence de produits stupéfiants, rébellion, vol en bande organisé, vol d'automobiles, refus d'obtempérer, tentative d'extorsion en réunion, trafic et revente sans usage de stupéfiants, outrage à dépositaire de l'autorité incitation à l'émeute, refus d'obtempérer, autres infractions à la législation des stupéfiants, autres destructions et dégradations de biens privés, usage-revente de stupéfiants, et vol avec violence en réunion ".
9. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier d'une part que le fichier national des étrangers indique que " Monsieur B est entré en France le 24.11.2011 de manière irrégulière - Monsieur B a un récépissé de carte de séjour valable du 21.09.2018 au 20.03.2019 () - Monsieur B a un titre en attente, à savoir une carte de séjour temporaire valable du 28.11.2018 au 27.11.2019 - Monsieur B est en demande d'une carte de séjour temporaire pour renouvellement " ; d'autre part, que M. B soutient sans être contredit vivre au domicile de sa mère, en situation régulière, vivre en relation avec ses trois frères, tous trois de nationalité française, ainsi que sa jeune sœur, et que son père vit à Montreuil, en situation régulière, sans cependant établir la régularité du séjour de ses parents ; enfin, que pour retenir que le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public, le préfet de Seine-Saint-Denis se borne à faire référence à l'interpellation dont M. B a été l'objet avant son placement en rétention administrative, qui a donné lieu à un classement sans suite par le substitut du procureur du tribunal judiciaire de Bobigny, et à une consultation du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED), pour des faits survenus entre 2014 et 2019, à l'exception d'un survenu en 2022, alors que ce fichier permet d'enregistrer, dans le cadre d'une procédure criminelle ou délictuelle, les traces d'empreintes, les empreintes digitales et palmaires des personnes mises en cause, et qu'en l'absence de démonstration de poursuites et de condamnations de M. B pour les éléments qui ont donné lieu à son inscription à ce fichier, ces éléments ne permettent donc pas de considérer qu'il s'est rendu coupable des faits qui y sont mentionnés, et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les services préfectoraux auraient recherché si ces faits avaient abouti au prononcé d'une quelconque culpabilité alors que le requérant déclare sans être contredit que cela n'a pas été le cas. Dès lors, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, le requérant est fondé à soutenir que la décision qu'il attaque est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis faisant obligation à M. B de quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. En premier lieu, l'exécution du présent jugement implique d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer la demande de M. B tendant à la délivrance d'un titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de présente décision et qu'il lui délivre, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".
13. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. B, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.
Sur les frais liés au litige :
14. M. B a obtenu, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que M. B soit admis définitivement à l'aide juridictionnelle et Me Namigohar, avocat de ce dernier, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Namigohar de la somme de 1 200 euros. Dans l'hypothèse où M. B ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 8 juin 2024 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de vingt-quatre mois est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 8 juin 2024 ci-dessus annulée.
Article 5 : L'État (préfet de Seine-Saint-Denis) versera à Me Namigohar, conseil de M. B, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Namigohar renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État. Dans l'hypothèse où M. B ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-Saint-Denis.
Lu en audience publique le 19 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé : G. Pradalié
La greffière,
Signé : N. Riellant
La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026