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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2407722

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407722

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407722
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantLOISEL MAËLISS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a examiné la requête de M. C contestant la décision du 12 juin 2024 de la sous-commission d'appel, qui avait orienté sa fille B en classe de seconde professionnelle. Le tribunal a rappelé que, en application des articles L. 331-8 et D. 331-34 à D. 331-35 du code de l'éducation, la décision de la commission d'appel rejetant un recours administratif préalable obligatoire doit être motivée. En l'espèce, la décision attaquée ne comportait pas l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, le tribunal a annulé la décision du 12 juin 2024 pour défaut de motivation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 juin 2024 et le 20 août 2024, M. A C, représenté par Me Loisel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 juin 2024 par laquelle la sous-commission d'appel a décidé d'orienter sa fille B en classe de seconde professionnelle pour la rentrée 2024 ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Créteil de prendre une décision d'orientation conforme à l'intérêt de B dans le délai d'une semaine à compter du prononcé du jugement ;

3°) de mettre à la charge de la rectrice de l'académie de Créteil les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que les éléments transmis à la sous-commission d'appel étaient incomplets ;

- l'entretien avec la sous-commission d'appel était insuffisant ;

- la décision attaquée, ainsi que celle prise par le directeur du collège Eugène Delacroix sont insuffisamment motivées ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, la rectrice de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mullié,

- les conclusions de Mme Blanc, rapporteure publique,

- et les observations de Me Loisel, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 6 juin 2024, le chef d'établissement du collège Eugène Delacroix de Roissy-en-Brie a décidé d'orienter B, fille du requérant, en seconde professionnelle. M. C a formé un recours à l'encontre de cette décision. Par une décision du 12 juin 2024, la commission d'appel a décidé de l'orienter en seconde professionnelle. Par la présente instance, il doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 331-8 du code de l'éducation : " La décision d'orientation est préparée par une observation continue de l'élève. / Le choix de l'orientation est de la responsabilité de la famille ou de l'élève quand celui-ci est majeur. Tout désaccord avec la proposition du conseil de classe fait l'objet d'un entretien préalable à la décision du chef d'établissement. Si cette dernière n'est pas conforme à la demande de l'élève ou de sa famille, elle est motivée. / La décision d'orientation peut faire l'objet d'une procédure d'appel ". Aux termes de l'article D. 331-34 du code de l'éducation : " Lorsque les propositions ne sont pas conformes aux demandes, le chef d'établissement, ou son représentant, reçoit l'élève et ses parents ou l'élève majeur, afin de les informer des propositions du conseil de classe et de recueillir leurs observations. Le chef d'établissement présente, à cette occasion, les recommandations émises par le conseil de classe dans les conditions définies à l'article D. 331-32. / Le chef d'établissement prend ensuite les décisions d'orientation dont il informe l'équipe pédagogique, et les notifie aux parents de l'élève ou à l'élève majeur. / Le chef d'établissement peut conseiller, notamment quand le conseil de classe l'a recommandé, à l'élève et à ses représentants légaux que celui-ci suive un dispositif de remise à niveau. / Les décisions non conformes aux demandes font l'objet de motivations signées par le chef d'établissement. / Les motivations comportent des éléments objectifs ayant fondé les décisions, en termes de connaissances, de capacités et d'intérêts. Elles sont adressées aux parents de l'élève ou à l'élève majeur qui font savoir au chef d'établissement s'ils acceptent les décisions ou s'ils en font appel, dans un délai de trois jours ouvrables à compter de la réception de la notification de ces décisions ainsi motivées ". Aux termes de l'article D. 331-35 de ce code : " En cas d'appel, le chef d'établissement transmet à la commission d'appel les décisions motivées ainsi que tous éléments susceptibles d'éclairer cette instance. Les parents de l'élève ou l'élève majeur qui le demandent sont entendus par la commission. L'élève mineur peut être entendu à sa demande, avec l'accord de ses parents. / Les décisions prises par la commission d'appel valent décisions d'orientation définitives. / () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Il résulte des dispositions mentionnées aux points 2 et 3 que la décision par laquelle la commission d'appel, saisie sur le fondement des articles D. 311-34 et D. 311-35 du code de l'éducation, refuse l'admission d'un élève en classe de seconde générale et technologique constitue le rejet d'un recours administratif préalable obligatoire. Par suite, une telle décision doit être motivée.

5. D'une part, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision initiale prise par le chef d'établissement du collège ne peut qu'être écarté pour inopérance dès lors que la décision prise par la sous-commission d'appel l'a été après un recours préalable obligatoire, qui s'est substitué à la première décision. D'autre part, pour confirmer la décision d'orientation vers une classe de seconde professionnelle prise par le chef d'établissement, la commission d'appel a relevé que les acquis de B ne sont pas suffisants. En outre, la décision attaquée rappelle les dispositions qui sont applicables. Il en résulte que la commission d'appel a ainsi suffisamment motivé sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, le requérant soutient que la sous-commission d'appel ne disposait pas de l'ensemble des documents utiles dès lors qu'elle ne disposait que des bulletins scolaires de troisième. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la sous-commission d'appel a disposé des bulletins scolaires de troisième, du bilan sur les acquis de fin de cycle et a pu entendre le requérant et sa fille qui ont pu faire valoir leurs souhaits ainsi que leurs motifs. Par suite, le moyen tiré de ce que la sous-commission s'est prononcé à partir d'un ensemble de documents incomplets doit être écarté.

7. En troisième lieu, si le requérant soutient que l'entretien avec la sous-commission d'appel n'a duré que 20 minutes, ce qui était insuffisant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant et sa fille, qui ne précisent pas quels sont les arguments qu'ils n'ont pu faire valoir, n'ont pas été à même de faire valoir leurs observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article D. 331-35 du code de l'éducation doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, si le requérant soutient que la classe de 3ème de sa fille était très agitée et peu propice au travail, que certains professeurs n'ont pas fait preuve de bienveillance à son égard, que ses efforts et son souhait d'être ingénieure plus tard n'ont pas été pris en compte, en tout état de cause l'orientation décidée par la sous-commission n'est pas susceptible d'être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir. Le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 juin 2024 par laquelle la commission d'appel a confirmé la décision du chef d'établissement du collège Eugène Delacroix du 6 juin 2024 d'orienter sa fille en seconde professionnelle. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des dépens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie de la présente décision sera adressée à la rectrice de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 28 août 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

M. Collen-Renaux, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.

La présidente rapporteure,

N. MULLIE

L'assesseure la plus ancienne,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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