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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2407814

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407814

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407814
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de Mme B épouse C, ressortissante ivoirienne, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour "vie privée et familiale". Le juge a requalifié la décision du 23 avril 2024 en un refus d'enregistrement de sa demande pour dossier incomplet, et non en un refus de titre. Il a rappelé qu'un tel refus d'enregistrement ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être contestée devant le juge de l'excès de pouvoir, rendant la requête manifestement mal fondée. La demande a donc été rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'urgence ou les autres moyens soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, Mme A B épouse C, représentée par Me Aït Medhi, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 23 avril 2024 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est présumée remplie, alors en outre que la décision en litige a pour conséquence de menacer l'emploi qu'elle occupe au sein d'un établissement

d'hébergement pour personnes âgées dépendantes ;

- il n'est pas justifié de la compétence de l'agent auteur de la décision en litige ;

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 423-7, L. 423-8 et

L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, alors qu'elle remplit les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour en qualité de mère d'un enfant français ;

- il lui est impossible d'ouvrir une nouvelle demande dès lors que son titre de séjour est expiré depuis plusieurs mois ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents () ". Selon l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ".

3. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

4. Mme B épouse C, ressortissante ivoirienne née le 21 novembre 1982 à Bougouanou (Côte d'ivoire), titulaire de cartes de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " régulièrement renouvelées depuis le 16 octobre 2016, a présenté le 12 juin 2023 une demande de renouvellement de son dernier titre de séjour, arrivé à expiration le 21 août 2023. Par deux ordonnances du 13 mars et du 6 mai 2024, le juge des référés de ce tribunal a prononcé la suspension de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté cette demande, et a enjoint à cette dernière de réexaminer sa demande et de la rendre destinataire d'une attestation de prolongation d'instruction. Toutefois, par une décision du

23 avril 2024, les services de la préfecture du Val-de-Marne ont clôturé la demande de la requérante. Mme B épouse C demande la suspension de l'exécution de la décision du 23 avril 2024 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour.

5. Toutefois, d'une part, la décision opposée par la préfète du Val-de-Marne le

23 avril 2024 doit s'analyser comme un refus d'enregistrement de la demande de renouvellement de titre présentée par Mme B épouse C, et non comme le rejet implicite de cette demande, ainsi que l'affirme la requête. D'autre part, la requérante n'apporte aucune précision sur les circonstances dans lesquelles sa demande de renouvellement de titre a été présentée, et n'allègue pas avoir répondu aux relances mentionnées dans la décision de clôture de sa demande, prononcée en conséquence de l'incomplétude de son dossier. Dès lors, à défaut de se prévaloir du caractère complet de cette demande de renouvellement de titre de séjour, Mme B épouse C ne justifie pas de la recevabilité du recours en excès de pouvoir formé contre la décision du 23 avril 2024, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que cette dernière ferait grief. Par conséquent, les conclusions présentées par la requérante sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne sont pas fondées.

6. Il résulte de ce qui précède que ces conclusions doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, les conclusions présentées par Mme B épouse C à fin d'injonction assorties d'une astreinte, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B épouse C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B épouse C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

La juge des référés,

Signé : C. Letort

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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