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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2408126

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408126

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408126
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL GOUTAL ALIBERT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2024 sous le n° 2408126, la société par actions simplifiée (SAS) Toweo, ayant son siège social au 48-60 rue de l'Aubépine à Antony (92160), prise en la personne de M. A B, son président en exercice et représentée par

Me Donias, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice

administrative, la suspension de l'exécution de :

- la demande de pièces complémentaires formulée par la commune de

Conches-sur-Gondoire (77600) en date du 5 mars 2024 ;

- la lettre de la maire de Conches-sur-Gondoire en date du 5 avril 2024 faisant état d'une décision de "rejet tacite " en date du 3 avril 2024 de la déclaration préalable déposée le

21 décembre 2023 ;

- la décision du 13 juin 2024 portant rejet du recours gracieux et refus de délivrer un certificat attestant de l'obtention tacite d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 21 décembre 2023 ;

2°) d'enjoindre à la maire de Conches-sur-Gondoire de délivrer, dans un délai de quinze jours courant à compter de la notification de l'ordonnance, un certificat attestant, à titre provisoire, de l'obtention tacite d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable qu'elle a déposée le 21 décembre 2023 et assortir cette injonction d'une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Conches-sur-Gondoire la somme de 3 000 euros du chef des frais irrépétibles.

La société Toweo soutient que :

* la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite compte tenu notamment de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile ; au cas d'espèce, les cartes établissent que l'antenne relais projetée permettra d'améliorer la couverture d'une partie du territoire de Conches-sur-Gondoire par le réseau de téléphonie et de données mobiles de la société SFR ;

* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ; en effet :

- une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable est née au plus tard le

10 février 2024 ; il s'ensuit que la demande de pièces complémentaires en date du 5 mars 2024, qui constitue un acte faisant grief et donc exposée à recours, est illégale et encourt l'annulation notamment en ce qu'elle est susceptible d'être regardée comme emportant retrait d'une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable née au plus tard le 10 février 2024, intervenue en méconnaissance des dispositions des articles L. 424-5 du code de l'urbanisme et L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision du 3 avril 2024 et la lettre du 5 avril 2024 qui en fait état emportent retrait de la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable née antérieurement ; or, ce retrait méconnaît, d'une part, les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et, d'autre part, les dispositions les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le refus de délivrer un certificat attestant de l'existence d'une décision tacite de

non-opposition à déclaration préalable, qui constitue une décision faisant grief et peut, par suite, faire l'objet d'un recours en annulation, est entaché d'illégalité dans l'hypothèse où la décision tacite dont il est demandé à l'administration de certifier la naissance existe.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 15 juillet 2024, la commune de Conches-sur-Gondoire, prise en la personne de sa maire en exercice et représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Toweo de la somme de

3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en faisant valoir que :

- l'urgence à suspendre les décisions contestées n'est pas démontrée dès lors que la valeur probante des cartes de couverture produites par la requérante n'est pas établie ; ces cartes sont au demeurant contredites par une simple consultation des cartes de desserte des réseaux de télécommunications du site Ariase dont les données proviennent de l'autorité de régulation des communication électroniques et des postes (ARCEP) ;

- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité des décisions querellées ; en effet, s'agissant de la demande de pièces complémentaires du 5 mars 2024 et de la naissance d'une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable, la société Toweo a été informée par courrier du 3 février 2024 de la modification du délai d'instruction de droit commun en raison d'une consultation obligatoire de l'architecte des Bâtiments de France (ABF) ; s'agissant du courrier du

5 avril 2024, une décision tacite d'opposition à la déclaration préalable de la société Toweo est née le 3 avril 2024 en raison de l'insuffisance du dossier de déclaration préalable ; en tout état, si tant est que le courrier du 5 avril 2023 soit constitutif d'un retrait d'une décision de non-opposition tacite, ce retrait ne serait entaché d'aucune illégalité en application de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ; enfin, s'agissant du courrier du 13 juin 2024 relatif au rejet de la demande de délivrance d'un certificat de non-opposition tacite, aucune décision de non-opposition tacite n'est née en l'espèce ainsi qu'il l'a été précédemment démontré.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 16 juillet 2024, la société Toweo conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, que :

- en ce qui concerne la condition d'urgence : le Conseil d'Etat a reconnu que les towercos (ou opérateurs d'infrastructures télécoms sur lesquels viennent se greffer les opérateurs de téléphonie mobile) bénéficient, au même titre que les opérateurs de téléphonie mobile, d'une quasi-présomption d'urgence ; de plus, il ressort des cartes fournies par l'opérateur SFR, mandant de la société Toweo, que l'antenne relais qu'elle envisage d'implanter sur le pylône objet de la déclaration préalable litigieuse permettra d'améliorer la couverture locale, notamment à l'intérieur des bâtiments ; à ce titre, la carte de couverture issue du site de l'ARECP mise en exergue par la commune de

Conches-sur-Gondoire est imprécise et moins fine et fiable que celle établie par les services techniques de l'opérateur SFR ; enfin, la circonstance que la société SFR, qui n'est pas l'auteur de la déclaration préalable, n'a pas déposé en mairie de dossier d'information est parfaitement indifférente ;

- en ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la demande de pièce complémentaires du 5 mars 2024 : malgré la production du courrier du 3 janvier 2024 notifié le 5, il n'en demeure pas moins qu'une décision implicite de non-opposition à déclaration préalable est née au plus tard le 10 mars 2024, soit deux mois après le dépôt en mairie des pièces complémentaires initialement sollicitées ; parce qu'elle a été formulée plus d'un mois après le dépôt de la déclaration préalable, la demande de pièces complémentaires du 5 mars 2024 est illégale, quand bien même elle n'est pas fondée sur les dispositions de l'article L. 34-9-1 II B. du code des postes et des communications électroniques ;

- en ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la lettre du 5 avril 2024 faisant état d'un rejet tacite en date du 3 avril 2024 : une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable étant née au plus tard le 10 mars 2024, la décision du 3 avril 2024 et la lettre du

5 avril 2024 qui en fait état emportent donc retrait de la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable née antérieurement ; à cet égard, la commune n'apporte aucune réponse au moyen tenant à la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ; contrairement à ce qui est soutenu en défense, le vice tenant à la méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être neutralisé à la faveur de l'application de la jurisprudence Danthony puisque ce vice a non seulement exercé une influence sur la décision en cause mais encore a privé l'exposante d'une garantie.

Par un second mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2024, la commune de

Conches-sur-Gondoire reprend les conclusions de ses précédentes écritures en soutenant, de plus, que s'agissant de la décision du 3 avril 2024 et la lettre du 5 avril 2024, elle se trouvait en situation de compétence liée ; par suite, les différents moyens soulevés pour contester ces décisions sont inopérants dès lors qu'il ne sert à rien d'annuler une décision qui devait, en tout état de cause, être prise ; de plus, les moyens de légalité externe sont voués au rejet en application d'une jurisprudence constante ; enfin, le projet litigieux, tel qu'il est conçu, méconnait manifestement la règle d'implantation des constructions posée par l'article A 6 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) opposable au projet ; de sorte qu'un retrait s'imposait.

Vu :

- la demande de pièces complémentaires formulée par la commune de Conches-sur-Gondoire en date du 5 mars 2024 ;

- la lettre du 5 avril 2024 de la maire de Conches-sur-Gondoire ;

- la décision du 13 juin 2024 ;

- la requête à fin d'annulation enregistrée sous le n° 2408078 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 18 juillet 2024 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, M. Freydefont a lu son rapport et entendu :

* les observations de Me Donias, représentant la société Toweo, requérante, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, que :

- l'urgence est quasi-présumée tant pour les opérateurs de téléphonie mobile que pour les towercos comme la société Toweo mandatée par la société SFR ; le débat sur la valeur probante des cartes fournies par l'opérateur par rapport à celles de l'ARCEP a été tranchée par la jurisprudence du Conseil d'Etat en faveur des premières qui sont plus précises et plus fines ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées dès lors que :

. le délai d'instruction a été porté à deux mois par la saisine pour avis de l'architecte des Bâtiments de France, quand bien même le projet en litige se trouvait en dehors du périmètre de 500 mètres de protection des sites patrimoniaux remarquables et que l'avis de l'architecte des Bâtiments de France n'était donc pas obligatoire; il s'en déduit qu'une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable est née le 10 mars 2024, deux mois après la réception des pièces demandées par courrier du 3 janvier 2023 ;

. le courrier du 5 mars 2024 et illégal car formulé tardivement au-delà du délai d'un mois qui suit le dépôt de le demande ;

. le courrier du 5 avril 2024 faisant état d'une décision tacite de rejet née le 3 avril 2024 est illégal dans la mesure où une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable était née le

10 mars 2024 ; ce courrier du 5 avril, qui s'apparente à une décision de retrait de cette décision tacite de non-opposition est illégale ; dans son second mémoire en défense du 17 juillet 2024, la commune tente une substitution de motifs en soutenant que l'implantation du pylône relais viole les dispositions de l'article A 6 du règlement du PLU relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques avec un recul minimum de 8 mètres par rapport à l'alignement calculé horizontalement ; or, au cas d'espèce, le recul est de 20 mètres ; au surplus, la commune ne saurait se prévaloir de ce qu'elle était en situation de compétence liée dès lors que cette question de l'application de l'article A 6 relève de l'appréciation du juge ;

. il va de soi que le courrier du 13 juin 2024 refusant de délivrer un certificat attestant de l'obtention tacite d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable est illégal dans la mesure où cette décision tacite est née le 10 mars 2024 et ne pouvait être légalement retirée ;

* les observations de Me Alibay, substituant Me Peynet, représentant la commune de Conches-sur-Gondoire, qui reprend les conclusions de ses précédentes écritures par les mêmes moyens en faisant valoir, en outre, qu'il s'agit d'une petite commune de 1,5 km² à peine sur laquelle sont déjà implantées deux pylônes relais représentant onze antennes en tout ; suite à la demande de pièces complémentaires du 3 janvier 2024, la réponse de la société Toweo du 10 janvier était incomplète ; si l'architecte des Bâtiments de France s'est considéré comme saisi de cette demande, il n'a pu l'instruire correctement du fait de l'incomplétude du dossier ; il s'ensuit que le délai d'instruction n'a jamais commencé à courir, en application de l'article R* 423-19 du code de l'urbanisme ; d'où le courriel adressé à la société le 8 février 2024 puis le courrier du 5 mars 2024 ; le projet ne respecte pas les dispositions de l'article A 6 du PLU puisque le recul minimum de

8 mètres par rapport à l'alignement n'est pas respecté ; la commune était donc bien en compétence liée pour retirer la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 11 heures 40.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que la société par actions simplifiée (SAS) Toweo a déposé le 21 décembre 2023 en mairie de Conches-sur-Gondoire (77600) une déclaration préalable en vue de l'implantation d'un pylône relais de communications téléphoniques en forme d'arbre de 30 mètres de hauteur sur une parcelle cadastrée Section OA n°1737, sise Haras des Sources, ruelle Sainte-Jeanne. Par un premier courrier en date du 5 mars 2024, la demande de pièces complémentaires formulée par la commune de Conches-sur-Gondoire (77600) en date du 5 mars 2024, la commune de

Conches-sur-Gondoire a demandé à la société Toweo des pièces complémentaires en vue de l'instruction de sa déclaration préalable. Par un deuxième courrier du 5 avril 2024, la maire de la commune de Conches-sur-Gondoire a fait état d'une décision de "rejet tacite" en date du 3 avril 2024 de cette déclaration préalable. Enfin, par un troisième courrier du 13 juin 2024, la maire de la commune a rejeté le recours gracieux introduit par la société Toweo et refusé de lui délivrer un certificat attestant de l'obtention tacite d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable. Par la présente requête, la SAS Toweo demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de ces trois courriers lui faisant grief.

Sur les conclusions à fin de suspension présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " ; aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () " ; aux termes de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. "

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient alors au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

4. Au cas d'espèce, la société requérante établit, par la production de cartes récentes de couverture réseau que le territoire de la commune de Conches-sur-Gondoire n'est pas entièrement couvert par le réseau de téléphonie mobile et que l'implantation de l'antenne relais projetée permettra d'améliorer la couverture d'une partie du territoire communal par le réseau de téléphonie et de données mobiles la Société SFR. Si la commune produit en défense une carte de desserte des réseaux de télécommunications du site Ariase dont les données proviennent de l'autorité de régulation des communication électroniques et des postes (ARCEP), cette carte est nécessairement moins précise que les cartes de couverture de la requérante puisqu'elle ne prend pas en compte l'existence d'obstacles découlant de la topographie des lieux ni le nombre d'utilisateurs qui déterminent l'étendue de la couverture de l'antenne relais. Ainsi, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile ainsi qu'aux intérêts propres de la société Toweo, qui a pris des engagements précis à ce titre envers l'État dans ses cahiers des charges, la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est démontrée.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées :

5. Aux termes de l'article R* 423-19 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. " Aux termes de l'article R* 423-23 dudit code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () " ; aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : / a) Lorsque le projet est soumis, dans les conditions mentionnées au chapitre V, à un régime d'autorisation ou à des prescriptions prévus par d'autres législations ou réglementations que le code de l'urbanisme () " ; aux termes de l'article R* 423-54 de ce code : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. "

6. De plus, aux termes de l'article R* 424-1 du code de l'urbanisme : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () " ; aux termes de l'article R* 424-3 du même code : " Par exception au b de l'article R* 424-1, le défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction vaut décision implicite de rejet lorsque la décision est soumise à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France et que celui-ci a notifié, dans les délais mentionnés aux articles R* 423-59 et R* 423-67, un avis défavorable ou un avis favorable assorti de prescriptions. " ; enfin, aux termes de l'article L. 424-5 dudit code : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. "

7. Il résulte de l'instruction que, par courrier du 3 janvier 2024 produit par la requérante qui l'a donc nécessairement reçu, la commune de Conches-sur-Gondoire a sollicité de la société Toweo des pièces complémentaires, notamment un plan de situation, un plan de masse et une notice faisant apparaître les matériaux utilisés, pièces finalement réceptionnées par la commune le 10 janvier 2024. La requérante soutient donc qu'en application des dispositions combinées des articles R. 423-19 et R. 424-1 du code de l'urbanisme, elle est devenue titulaire, à compter du 10 février 2024, d'une décision tacite de non-opposition à sa déclaration préalable déposée en mairie le 21 décembre 2023. Toutefois, il résulte de l'instruction que le délai d'instruction de la déclaration préalable a, par un second courrier du 3 janvier 2024 de la mairie de Conches-sur-Gondoire dont il a été accusé réception le 5 janvier par la société Toweo, été majoré d'un mois en application des dispositions combinées des articles R. 423-24 (a) et R* 423-54 précités du code de l'urbanisme, compte tenu de la nécessité de recueillir l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. Quand bien même il n'est pas contesté en défense que cette saisine de l'architecte des Bâtiments de France n'était pas obligatoire puisque le pylône relais litigieux se situait hors du périmètre de 500 mètres de protection d'un site patrimonial remarquable, le délai d'instruction expirait bien le 10 mars 2024 et c'est donc à cette date qu'est née la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable.

8. Suite à saisine de l'architecte des Bâtiments de France en application de l'article

R* 423-54 du code de l'urbanisme, la commune fait valoir que ce dernier a indiqué ne pas pouvoir instruire la demande en raison de l'imprécision des pièces du dossier de déclaration préalable. La commune a alors sollicité la société pétitionnaire pour compléter sa demande par la production d'une représentation de l'aspect extérieur de la construction et d'une notice faisant apparaître les matériaux utilisés, d'abord par courriel du 8 février 2024 puis par courrier du 5 mars produit par la requérante, en lui laissant pour produire ces pièces manquantes jusqu'au 3 avril 2024, soit un délai d'instruction de trois mois à compter de la réception du premier courrier de demande de pièces daté du 3 janvier 2024. La commune en déduit qu'une décision d'opposition tacite est née à l'expiration du délai de

trois mois imparti à la société pétitionnaire pour compléter sa demande, soit à la date du 3 avril 2024.

9. D'une part, il résulte des éléments de fait mentionnés aux points 7 et 8 qu'en application des dispositions précitées de l'article R* 424-3 du code de l'urbanisme, une telle décision implicite de rejet n'aurait pu naître que si l'architecte des Bâtiments de France avait notifié un avis défavorable ou un avis favorable assorti de prescriptions. A défaut de produire, et même d'ailleurs de mentionner, de tels avis, la commune ne démontre pas la naissance d'une décision implicite de rejet. Il s'ensuit qu'en application des dispositions de l'article R* 424-1 précité du même code, une décision tacite de non opposition à déclaration préalable est bien née le 10 mars 2024.

10. D'autre part, si dans son second mémoire en défense, la commune invoque la violation de l'article A 6 d plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques avec un recul minimum de 8 mètres par rapport à l'alignement, c'est-à-dire calculé horizontalement, un tel moyen ne pourra être qu'écarté comme infondé, la voie par rapport à laquelle doit être implanté le pylône litigieux n'étant pas une voie publique. Par suite, le moyen tiré du retrait illégal de cette décision est de nature, en l'état actuel de l'instruction, de créer un doute sérieux quant à la légalité du courrier de la maire de Conches-sur-Gondoire en date du 5 avril 2024 faisant état d'une décision de "rejet tacite" en date du 3 avril 2024 de la déclaration préalable et de la décision de la même autorité en date du 13 juin 2024 portant refus de délivrer un certificat attestant de l'obtention tacite d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 21 décembre 2023.

11. Les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il convient donc d'ordonner sur le fondement de ces dispositions la suspension de l'exécution de ces deux décisions.

12. Enfin, à défaut pour la commune de justifier de ce que l'architecte des Bâtiments de France lui a indiqué ne pas pouvoir instruire la demande en raison de l'imprécision des pièces du dossier de déclaration préalable, la commune ne démontre pas l'utilité de son courrier du 5 mars 2024 par lequel elle sollicite de la société Toweo la production de pièces complémentaires. Toutefois, compte tenu de la suspension des décisions des 5 avril et 13 juin 2024, les conclusions à

fin de suspension de ce courrier du 5 mars sont dépourvues d'objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. " ; aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. "

14. Compte tenu du motif de suspension retenu, ainsi que du caractère provisoire des mesures du juge des référés, la suspension prononcée au point 10 implique seulement qu'il soit enjoint à la commune de Conches-sur-Gondoire de procéder au réexamen de la déclaration préalable de la société Toweo dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu pour l'instant d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". D'une part, ces dispositions font obstacle à ce que soient mise à la charge de la société Toweo, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la commune de Conches-sur-Gondoire au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Conches-sur-Gondoire la somme de 1 500 euros en application des dispositions précédentes au titre des frais exposés par la société Toweo et non compris dans les dépens.

R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension du courrier du 5 mars 2024 portant demande de pièces complémentaires formulée par la commune de

Conches-sur-Gondoire à la société Toweo.

Article 2 : L'exécution du courrier de la maire de Conches-sur-Gondoire en date du

5 avril 2024 faisant état d'une décision de "rejet tacite" en date du 3 avril 2024 de la déclaration préalable et de la décision de la même autorité en date du 13 juin 2024 portant refus de délivrer un certificat attestant de l'obtention tacite d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 21 décembre 2023 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à la commune de Conches-sur-Gondoire de procéder au réexamen de la déclaration préalable de la société Toweo dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : La commune de Conches-sur-Gondoire versera à la SAS Toweo la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Conches-sur-Gondoire tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiée (SAS) Toweo et à la commune de Conches-sur-Gondoire (77600).

Copie dématérialisée en sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.

Fait à Melun, le 19 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2408126

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