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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2408135

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408135

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juillet 2024, M. B A, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :

1°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier ;

2°) d'annuler la décision du 26 juin 2024 par laquelle le préfet du Val d'Oise a fixé le pays à destination duquel il doit être renvoyé.

M. A soutient que la décision litigieuse :

- a été signée par une autorité incompétente à cet effet ;

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- est entachée d'un défaut d'examen ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- viole l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2024, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive et, ainsi, irrecevable ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées les 16 et 22 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Leconte, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777 1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leconte ;

- les observations de M. A, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, et représenté par Me Milly, substituant Me Weinberg, qui conclut à ce que soit mis à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative, et pour le reste aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens en ajoutant que :

* aucune tardiveté de la requête ne peut être retenue, dès lors tout d'abord que l'arrêté du 26 juin 2024, assorti de la mention des voies et délais de recours, ne lui a pas été notifié avec l'assistance d'un interprète en langue arabe, et que par ailleurs, la qualité de l'agent notifiant n'est pas mentionnée ;

* l'arrêté contesté méconnaît le principe du contradictoire et les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, en l'absence de procédure contradictoire préalable conduite avec l'assistance d'un interprète et alors que le délai qui lui a été imparti pour formuler des observations ne lui a pas permis d'être assisté d'un conseil ;

* deux circonstances révèlent que l'autorité préfectorale n'a pas examiné sa situation : le Royaume du Maroc est visé parmi les pays à destination desquels il est susceptible d'être renvoyé, alors qu'il est ressortissant algérien né en Algérie et qu'aucun élément ne justifie la désignation du Maroc ; le préfet en défense retient qu'il se serait soustrait à une obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre le 22 avril 2020, or l'arrêté portant cette décision a été édicté le 10 avril 2020 et a été annulé par la juridiction administrative.

Le préfet du Val d'Oise n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h06.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né en 1996 en Algérie, déclare être entré en France en 2017. M. A a fait l'objet d'un jugement du tribunal correctionnel de Montpellier du 28 février 2019 le condamnant à une peine d'emprisonnement d'un an dont huit mois avec sursis, d'un jugement du tribunal correctionnel de Paris du 19 avril 2020 à une peine d'emprisonnement de trois mois dont deux avec sursis, ainsi que d'un jugement du tribunal correctionnel de Paris du 28 janvier 2020 le condamnant à un quantum de peine de quatre mois. Le 10 avril 2020, le préfet de police de Paris a édicté à l'encontre de M. A deux arrêtés portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire, annulés par un jugement n° 2006663/4 du tribunal administratif de Paris du 17 juillet 2020. Par un jugement du 19 mai 2022, le tribunal correctionnel de Pontoise a notamment condamné M. A à une peine d'emprisonnement délictuel de trois ans, et a prononcé à son encontre une interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de trois ans. La cour d'appel de Versailles a confirmé les peines prononcées par un arrêt du 21 septembre 2022, devenu définitif compte tenu de la déchéance du pourvoi de M. A constatée par une ordonnance de la Cour de cassation le 7 décembre 2022.

2. Par un arrêté du 26 juin 2024, le préfet du Val d'Oise a fixé le pays à destination duquel M. A doit être renvoyé pour l'exécution de la peine d'interdiction du territoire français dont il fait l'objet. Par un arrêté du 27 juin 2024, la même autorité a placé l'intéressé en rétention administrative. Les conclusions en annulation de cette décision, présentées par M. A le 28 juin 2024, ont été rejetées, et le placement en rétention prolongé, par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 29 juin 2024, contre laquelle les conclusions en annulation ont été rejetées par une ordonnance de la cour d'appel de Paris du 1er juillet 2024. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

Sur la communication du dossier administratif du requérant :

3. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. A détenu par l'administration.

Sur la recevabilité de la requête :

4. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). ". Aux termes de l'article R. 776-1 du code de justice administrative, dans sa version applicable au présent litige : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du chapitre IV du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 732-8 du même code, ainsi que celles du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes dirigées contre : () 4° Les décisions fixant le pays de renvoi prévues à l'article L. 721-4 du même code ; () ". Aux termes de l'article R. 776-4 du même code : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le délai de recours contentieux contre les décisions mentionnées à l'article R. 776-1 en cas de placement en rétention administrative ou d'assignation à résidence en application des articles L. 731-1 ou L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de quarante-huit heures. Ce délai court à compter de la notification de la décision par voie administrative. " Et, aux termes de l'article L. 221-8 du code des relations entre le public et l'administration : " Sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préalables, une décision individuelle expresse est opposable à la personne qui en fait l'objet au moment où elle est notifiée. " Par ailleurs, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". En outre, il résulte des dispositions de l'article R. 776-19 du même code qu'il incombe à l'administration de faire figurer, dans la notification d'une décision mentionnée à l'article R. 776-1 à un étranger retenu par l'autorité administrative, la possibilité de déposer sa requête dans le délai de recours contentieux auprès de l'administration chargée de la rétention.

5. Au cas particulier, premièrement, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté, assorti de la mention du délai de recours de 48 heures applicable ainsi que des voies de recours conformément aux dispositions précitées, a été notifié à M. A le 26 juin 2024 à 11h30, cependant que la requête a été enregistrée au greffe du tribunal le 3 juillet 2024 à 11h44, soit plusieurs jours après l'expiration du délai imparti ayant couru jusqu'au 28 juin. En outre, l'arrêté litigieux comporte, dans la partie consacrée à sa notification, la mention " L'agent notifiant ", assortie d'une signature et du tampon de l'administration pénitentiaire du centre pénitentiaire d'Osny-Pontoise, le requérant étant alors détenu dans cet établissement. Ces éléments justifient suffisamment d'une notification par voie administrative, sans que le requérant puisse utilement se prévaloir de l'absence de mention de la qualité de l'agent notifiant, ce qui n'est exigé par aucun texte, notamment pas par l'article L. 111-2 du code des relations entre le public l'administration, et est sans incidence sur l'opposabilité des délais de recours.

6. Deuxièmement, le requérant invoque à l'audience qu'en l'absence d'interprétariat lors de la notification de l'arrêté attaqué, il a été " privé de la possibilité " de prendre connaissance en langue arabe des voies et délais de recours. Ce faisant toutefois, M. A n'allègue pas même distinctement une maîtrise de la langue française insuffisante pour prendre utilement connaissance des éléments qui lui ont été remis le 26 juin 2024. Or tout d'abord, il n'est ni invoqué, ni ne ressort d'aucun élément, que M. A aurait demandé à bénéficier de l'assistance d'un interprète dans le cadre de la procédure judiciaire ayant donné lieu au prononcé de son interdiction du territoire, en application de laquelle est prise la décision en litige, l'arrêt du 21 septembre 2022 cité au point 1 retraçant au contraire sa comparution avec la seule assistance d'un conseil et sa propre prise de parole au cours des débats. Il en est de même pour ce qui concerne les différentes procédures mentionnées au même point dont M. A avait précédemment fait l'objet, tel que les arrêtés préfectoraux du 10 avril 2020, produits aux débats sous version signée sans réserve par l'intéressé lors de leur notification en langue française, et qu'il a contestés en temps utiles devant la juridiction administrative. Il en est également de même pour ce qui concerne l'arrêté portant placement en rétention administrative notifié en langue française le 27 juin 2024 à M. A, que ce dernier a contesté en temps utiles, comparaissant à cette occasion devant le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux le 29 juin 2024 sans interprétariat. De la même façon, aux termes de deux fiches pénales de M. A versées aux débats, il est mentionné le français comme langue parlée principale. Ensuite, si le requérant se prévaut désormais d'un défaut d'interprétariat dans le cadre de la procédure contradictoire conduite, préalablement à l'arrêté attaqué, le 12 avril 2024, l'intéressé a néanmoins apposé sans réserve sa signature sur les deux pages de la fiche de renseignement dressée à cette occasion, laquelle retrace ses observations recueillies sans truchement d'un interprète. Enfin, les éléments précités, qui montrent une connaissance suffisante orale et écrite de la langue française par M. A, ne sauraient être remis en cause par la circonstance que l'intéressé fasse état, postérieurement à l'édiction de l'arrêté contesté et après expiration du délai de recours, d'un besoin d'interprétariat. Il en est ainsi en particulier de la demande dans le mémoire introductif de la présente instance en vue d'une assistance en langue arabe, alors qu'au demeurant, si celle-ci lui a été accordée, il n'en reste pas moins que le requérant, dans sa réponse du 16 juillet 2024 à la sollicitation du greffe du tribunal, a fait savoir qu'il n'entendait plus demander une telle assistance. Dans ces conditions M. A, qui a apposé sa signature sur chacune des pages de l'arrêté contesté, y inclus les voies et délais de recours, sans émettre la moindre réserve, doit être regardé comme ayant été mis à même d'en prendre connaissance dans une langue qu'il comprend.

7. Troisièmement, si dans sa requête M. A affirme qu'il n'a été informé de l'existence de la décision en litige qu'à l'occasion de sa comparution devant le juge des libertés et de la détention le 29 juin 2024, compte tenu de ce qui a été dit plus haut il ne ressort pas des pièces du dossier que tel fut le cas.

8. Il suit de l'ensemble de ce qui précède que la requête est tardive et que la fin de non-recevoir opposée en défense doit donc être accueillie. Par conséquent, la requête doit être rejetée comme irrecevable.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.Br A et au préfet du Val-d'Oise.

Lu en audience publique le 23 juillet 2024 à 17h37.

La magistrate désignée,

Signé : S. LECONTE

La greffière,

Signé : MD. ADELON

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. ADELON

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