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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2408205

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408205

vendredi 12 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule l'arrêté du 2 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-de-Marne a obligé M. B..., ressortissant roumain, à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de circulation de deux ans. Le tribunal juge que le préfet a commis une erreur d'appréciation en considérant que le comportement de M. B... constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société, au sens de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il relève que les faits de violences n'ont pas donné lieu à des poursuites judiciaires, que l'intéressé n'a aucun antécédent, est marié, père de quatre enfants scolarisés, et inséré professionnellement. En conséquence, l'ensemble des décisions contestées (OQTF, refus de délai, fixation du pays, interdiction de circulation) sont annulées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024, M. A... B..., représenté par Me Zoubkova-Allieis, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 2 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-de-Marne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d’exécution d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d’une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :

- l’arrêté attaqué est entaché de l’incompétence de son signataire ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors que les faits pour lesquels il a été interpellé relevaient de la légitime défense, qu’il est présumé innocent, qu’il est un citoyen européen et qu’il travaille et réside en France depuis plusieurs années.



Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2025, le préfet du Val-de-Marne, représenté par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête de M. B....

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Giesbert, conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant roumain, a été interpellé et placé en garde à vue le 2 juillet 2024 pour des faits de violences volontaires en réunion en état d’ivresse à Choisy-le-Roi. Par un arrêté pris le même jour, le préfet du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d’exécution d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d’une durée de deux ans. M. B... demande l’annulation de cet arrêté.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes de l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu’elle constate les situations suivantes : / (…) 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l’ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l’encontre d’un intérêt fondamental de la société ; (…). / L’autorité administrative compétente tient compte de l’ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l’intensité des liens avec leur pays d’origine ».


3. En application de ces dispositions, il appartient à l’autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d’une infraction à la loi, d’examiner, d’après l’ensemble des circonstances de l’affaire, si la présence de l’intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.


4. Il ressort des termes de l’arrêté attaqué que, pour obliger M. B..., ressortissant roumain, à quitter le territoire français, le préfet du Val-de-Marne a considéré que son comportement constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l’encontre d’un intérêt fondamental de la société en se fondant sur la circonstance que l’intéressé avait été interpellé et placé en garde à vue le 2 juillet 2024 pour des faits de violences volontaires en réunion en état d’ivresse à Choisy-le-Roi. Si, lors de son audition, l’intéressé a reconnu avoir participé à une altercation physique entre plusieurs personnes après avoir consommé de l’alcool lors d’une soirée, il a indiqué ne pas être à l’origine de la dispute et a nié avoir porté des coups. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que ces faits auraient donné lieu à des poursuites judiciaires à l’encontre de M. B.... Il ressort enfin des pièces du dossier que le requérant ne présente aucun antécédent judiciaire, est marié et vit en France avec son épouse et ses quatre filles mineures, dont les trois ainées sont scolarisées, et est inséré professionnellement. Dans ces conditions, M. B... est fondé à soutenir qu’en considérant que son comportement constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l’encontre d’un intérêt fondamental de la société, le préfet a entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.


5. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision par laquelle le préfet du Val-de-Marne l’a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, des décisions lui refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d’une durée de deux ans.


Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État le versement à M. B... de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 2 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-de-Marne a obligé M. B... à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulé.


Article 2 : L’État versera une somme de 1 200 euros à M. B... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet du Val-de-Marne.


Délibéré après l’audience du 21 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,
Mme Flandre-Olivier, conseillère,
Mme Giesbert, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2025.


La rapporteure,

V. GIESBERT
La présidente,

N. MULLIE


La greffière,





H. KELI

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière

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