jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2408243 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Maouche, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née, le 19 février 2024, du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne pendant quatre mois à compter du lendemain du 18 octobre 2023, date d'expiration de son autorisation provisoire de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer, dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au jugement de sa requête en annulation de la décision en litige ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " En vertu des dispositions de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction contradictoire ni audience publique lorsque la demande dont il est saisi ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de cette demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. Mme A, qui est de nationalité chinoise, a déposé le 23 août 2021, au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dénommé " ANEF ", une demande de renouvellement du titre de séjour portant la mention " étudiant " dont elle était alors titulaire et a été mise en possession le
20 octobre suivant, via le même téléservice, d'une " attestation de décision favorable " indiquant qu'une décision favorable avait été prise le même jour sur cette demande et qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable du 1er novembre 2021 au 31 octobre 2022 lui serait remise une fois qu'elle aurait été fabriquée. Cette carte ne lui ayant toutefois jamais été remise, elle a par la suite introduit, sous le n° 2303159, une première instance à l'issue de laquelle un juge des référés du tribunal a, par une ordonnance du 11 avril 2023, enjoint à la préfète du Val-de-Marne, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de lui délivrer, dans un délai de quatre jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, un récépissé de demande de renouvellement de son dernier titre de séjour, en précisant que ce récépissé devrait être valable jusqu'à la remise en mains propres de son nouveau titre de séjour. Sa requête tend formellement, dans la présente instance, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions, citées au point précédent, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'une décision implicite de rejet qui serait née, selon elle, au terme du délai de quatre mois suivant l'expiration du récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 15 octobre 2023 que l'autorité en cause lui a délivrée le 19 avril 2023 pour l'exécution de la mesure d'injonction ainsi prescrite.
3. Lorsque la requête en annulation d'une décision administrative faisant l'objet d'une demande de suspension présentée au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est irrecevable, cette demande de suspension doit être rejetée comme non fondée, aucun des moyens invoqués à son appui n'étant alors susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
4. Aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle. " Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / Le récépissé n'est pas remis au demandeur d'asile titulaire d'une attestation de demande d'asile. " Aux termes de l'article R. 431-13 du même code : " La durée de validité du récépissé mentionné à l'article R. 431-12 ne peut être inférieure à un mois. Il peut être renouvelé. "
5. Il ne résulte ni des dispositions citées au point précédent, ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire, y compris de celles de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, non plus que d'aucun principe, que l'écoulement d'un certain délai après l'expiration du récépissé remis à un étranger pour lui permettre de justifier de la régularité de son séjour ainsi que, dans certains cas, d'exercer une activité professionnelle jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande de titre de séjour ferait naître une décision implicite de rejet. Il s'ensuit que la requête dont Mme A a par ailleurs saisi le tribunal pour demander l'annulation d'une prétendue décision implicite de rejet née au terme du délai de quatre mois suivant l'expiration du récépissé mentionné au point 2 est dépourvue d'objet et, par suite, irrecevable.
6. En outre, à supposer que Mme A ait déposé, à quelque date que ce soit, une autre demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " étudiant " que celle du 23 août 2021 mentionnée au point 2 et qu'elle entende en réalité solliciter la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet qui serait née, en application des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du silence gardé par l'autorité compétente sur cette demande, elle se borne à faire état, à l'appui de sa requête, d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et d'un vice de procédure, ainsi que d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions des articles L. 422-1, L. 423-23 et L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Toutefois, en premier lieu, contrairement à ce qui est prétendu, l'ordonnance du 11 avril 2023 mentionnée au point 2 n'obligeait pas la préfète du Val-de-Marne à délivrer un nouveau titre de séjour portant la mention " étudiant " à Mme A. Si elle imposait en revanche à la même autorité de remettre à l'intéressée un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'à la délivrance de son nouveau titre de séjour portant la mention " étudiant ", la circonstance que cette obligation n'a pas été respectée ne saurait entacher le refus de titre de séjour qui aurait été implicitement opposé à la requérante d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de celle-ci ou d'un vice de procédure.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "
9. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être utilement invoqué pour contester un refus de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiant, dès lors qu'un tel refus résulte seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies. Il en va de même, pour la même raison, du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. " La méconnaissance de ces dispositions ne peut être utilement invoquée qu'à l'encontre d'une décision de rejet d'une demande de regroupement familial.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an []. " Aux termes de l'article L. 433-1 du même code : " À l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "salarié détaché ICT", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. " Il résulte de ces dispositions que le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné à la double condition que l'intéressé, d'une part, établisse qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études, d'autre part, qu'il justifie disposer de moyens d'existence suffisants. Or, en l'espèce, si Mme A, qui, eu égard à ce qui a été dit au point 7, ne peut, en tout état de cause, sérieusement soutenir qu'il aurait été enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention étudiant par l'ordonnance du 11 avril 2023 mentionné au point 2, fait valoir qu'elle était inscrite dans un établissement d'enseignement supérieur à la date de cette ordonnance ainsi qu'à la date du 18 octobre 2023, elle n'établit pas, ni même n'allègue remplir la seconde des deux conditions qui viennent d'être rappelées.
12. Il résulte de ce tout ce qui précède qu'il apparaît manifeste qu'aucun des moyens dont il est fait état dans la présente instance n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont Mme A entend obtenir la suspension de l'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter la requête de l'intéressée, y compris ses conclusions accessoires aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, suivant la procédure prévue à l'article L. 522-3 du même code.
O R D O N N E :
Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.
Fait à Melun, le 10 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé : P. ZANELLA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026