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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2408309

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408309

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantENAMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2024, Mme B A demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a implicitement rejeté sa demande de carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de cinq cents euros par jour de retard à compter de quinze jours suivant la décision à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le même délai et de lui délivrer, dans cet intervalle, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite dès lors que la décision en litige a des conséquences désastreuses sur sa situation et notamment pour la poursuite de ses études supérieures dès lors qu'elle a été admise à l'Institut des hautes études comptables et financières afin d'y préparer son diplôme de comptabilité et gestion ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée tiré de l'insuffisance de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle notamment en méconnaissant le principe d'égalité des chances.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la requête à fin d'annulation de la décision contestée enregistrée le 29 janvier 2024 sous le n° 2401145 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Guillemard, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- et les observations de Mme A, représentée par Me Enama absent, qui indique avoir été admise à l'Institut des hautes études comptables et financières afin d'y préparer son diplôme de comptabilité et gestion en 3ème année et que son contrat d'apprentissage débute le 1er septembre 2024.

Le préfet de Seine-et-Marne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 14h52.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 7 mars 2003 à Yopougnon (République de Côte d'Ivoire), entrée régulièrement en France le 19 août 2017 munie d'un visa Schengen de type C valable du 15 août au 15 septembre 2017, a bénéficié d'un document de circulation pour étranger mineur. Dès son entrée en France, elle a été inscrite en classe de 3ème au collège Claude Monnet afin pour y effectuer sa scolarisation. Elle a obtenu en juillet 2021 le baccalauréat professionnel dans la spécialité " gestion-administration " avec la mention bien et a été admise à l'Institut des hautes études comptables et financières dès septembre 2021 où elle poursuit ses études. Elle est admise à la rentrée 2024 en troisième année en vue de l'obtention du diplôme de comptabilité et de gestion (DCG). Dès sa majorité, Mme A a sollicité du préfet de Seine-et-Marne, le 23 février 2021 par lettre recommandée réceptionnée le 16 décembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Confrontée au silence de l'administration après cette demande, elle a effectué une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " par lettre recommandée réceptionnée le 15 juin 2023 par le préfet de Seine-et-Marne. N'ayant toujours pas reçu de réponse de la part des services du préfet de Seine-et-Marne après quatre mois, Mme A a considéré qu'elle s'est vue opposer une décision implicite de rejet à sa demande d'admission exceptionnelle au titre de séjour le 16 octobre 2023. Elle a alors envoyé par l'intermédiaire de son conseil, un courrier réceptionné le 9 novembre 2023 pour obtenir la communication des motifs de cette décision et par une requête du 29 janvier 2024, Mme A a demandé au présent tribunal l'annulation de cette décision implicite. Par une requête du 8 juillet 2024, elle demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " et selon l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Le premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Elle sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci mais, dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision.

4. Le refus implicite de titre de séjour opposé à la requérante par le préfet de Seine-et-Marne doit être considéré comme concernant non une demande de renouvellement de titre de séjour mais une première demande de titre à savoir celle déposée dès sa majorité, les autres demandes de séjour sollicitées n'étant en réalité manifestement que la confirmation de la première, l'intéressée ne sachant pas comment obtenir une réponse du préfet de Seine-et-Marne. Par suite, il appartient à Mme A de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme A est entrée régulièrement en France en août 2017 munie d'un visa de type C valable du 15 août au 15 septembre 2017, que son père dispose d'une carte de séjour pluriannuelle, que sa sœur est de nationalité française et que sa tante avec laquelle elle vit et qui bénéficiait d'une ordonnance de délégation parentale à son profit quand elle était mineure vit régulièrement en France. Il résulte par ailleurs de l'instruction que Mme A est une élève brillante, comme en attestent ses résultats au baccalauréat professionnel ainsi qu'il a été dit au point 2, qu'elle a été admise à l'Institut des hautes études comptables et financières en 3ème année pour y préparer son diplôme de fin d'études en comptabilité et gestion en alternance, la troisième année étant celle sanctionnant le diplôme et que, dans le cadre de cette dernière année de scolarité, son contrat d'apprentissage doit débuter le 1er septembre 2024, ce que ne conteste pas le préfet. Dans de telles circonstances, la condition tenant à l'urgence doit être regardée comme satisfaite.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / () 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes également de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". Aux termes enfin de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet " ; et de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

7 En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, le 15 juin 2023, le préfet de Seine-et-Marne a réceptionné la demande d'admission exceptionnelle au titre de séjour de Mme A. Aucune réponse n'a été apportée par le préfet Seine-et-Marne et c'est donc à bon droit que Mme A a considéré, quatre mois plus tard, qu'une décision implicite de rejet avait été opposée à sa demande. Par un courrier du 9 novembre 2023, elle en a donc demandé la communication des motifs au préfet de Seine-et-Marne. Il est constant qu'aucune réponse n'a été apportée à cette demande dans les délais ni même dans le cadre de la présente requête.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les membres de la famille de Mme A qui s'occupent d'elle et avec lesquelles elle a vécu ou vit se trouvent en France de manière régulière, sa sœur étant même de nationalité française, et qu'elle poursuit depuis son arrivée en France une scolarité exemplaire, bénéficiant d'une lettre de recommandation particulièrement circonstanciée de la part d'une professeure agrégée d'économie et de gestion sur le suivi des études de la requérante.

9. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée, et compte tenu de ce qui a été dit au point 5 qui ressort également des pièces du dossier, sont de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision contestée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Si, pour le cas où l'ensemble des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est rempli, le juge des référés peut suspendre l'exécution d'une décision administrative et prescrire par la même décision juridictionnelle que l'auteur de la décision prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, de telles mesures doivent, ainsi que l'impose l'article L. 511-1 du même code, présenter un " caractère provisoire ".

12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

13. Si les conditions posées à l'octroi de la suspension d'une décision refusant un avantage sont remplies, il appartient donc au juge administratif d'assortir le prononcé de cette suspension de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration et qui pourront consister à réexaminer les droits de l'intéressé à cet avantage dans un délai déterminé ou, le cas échéant, à prendre toute mesure conservatoire utile prescrite par le juge compte tenu de l'objet du litige, du moyen retenu et de l'urgence.

14. En l'espèce, la présente ordonnance, qui suspend l'exécution de la décision implicite opposée par le préfet de Seine-et-Marne de délivrer à Mme A un titre de séjour, implique seulement qu'il lui soit remis en mains propres, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail valable, et éventuellement renouvelée sans discontinuité, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, passé ce délai de quinze jours.

Sur les frais du litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de remettre en mains propres à Mme A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail valable, et éventuellement renouvelée sans discontinuité, jusqu'au jugement à intervenir sur la requête en annulation présentée le 29 janvier 2024, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai de quinze jours.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 000 euros à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,

M. Girard-RatrenaharimangaLa greffière,

V. Guillemard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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