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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2408342

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408342

jeudi 8 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPIERRE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a examiné les requêtes de Mme A C, contestant un arrêté du 27 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de trois ans, et un arrêté du 11 juillet 2024 l'assignant à résidence. La requérante invoquait notamment la méconnaissance du droit d'être entendu, de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, considérant que les décisions étaient suffisamment motivées et proportionnées. En conséquence, il a rejeté les demandes d'annulation et d'injonction, sans faire droit à la demande de frais irrépétibles.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 2408342 et un mémoire, enregistrés les 28 juin et 25 juillet 2024, Mme A C, représentée par Me Pierre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de retour pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale compétente de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en lui délivrant, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre à l'administration de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sous un délai de huit jours ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser Me Pierre, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son admission définitive à l'aide juridictionnelle et que Me Pierre renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État ; ou à défaut, à lui verser directement.

Mme A C soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- elles sont illégales faute qu'elle ait été informée : des principaux éléments de la décision et/ou que le délai de recours est de 48 heures ; et, dans une langue qu'elle comprend, qu'elle pouvait demander au président du tribunal administratif l'assistance d'un interprète ainsi que d'un conseil ;

- elles sont illégales en l'absence de remise de brochures d'information traduites dans une langue qu'elle comprend ;

- elle sont illégales en ce qu'elle n'a pas bénéficié d'un interprète ;

- elles ont été signées par une autorité incompétente pour ce faire ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises en méconnaissance du droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne tel qu'énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles sont entachées d'erreurs de fait, en retenant à tort qu'elle serait célibataire et sans charge de famille ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen et méconnaissent l'exigence de vérification du droit au séjour prévue à l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'erreur de droit ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- elles violent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- violent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus d'un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne le 9 juillet 2024, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit des pièces, qui ont été enregistrées les 24 et 25 juillet 2024 et ont été communiquées.

II. Par une requête n° 2408591 et un mémoire, enregistrés les 13 et 25 juillet 2024, Mme A C, représentée par Me Pierre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'autorité préfectorale de réexaminer sa situation et de revoir les modalités de son assignation à résidence dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser Me Pierre, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son admission définitive à l'aide juridictionnelle et que Me Pierre renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État ; ou à défaut, à lui verser directement.

Mme A C soutient que la décision en litige :

- n'a pas été signée par une autorité compétente pour ce faire ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen ;

- est illégale en raison de l'illégalité des décisions du 27 juin 2024 par lesquelles la préfète du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai ;

- est entachée d'erreur d'appréciation ;

- viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne le 13 juillet 2024, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Leconte, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leconte ;

- les observations de Me Grolleau, substituant Me Pierre, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes, par les mêmes moyens hormis les trois premiers moyens susvisés s'agissant de la requête n° 2408342 - tirés de défauts d'information, de remise de brochures et d'interprète - qu'il déclare abandonner ;

- les observations de Mme C, qui indique regretter ses agissements passés et souhaiter retrouver son fils et sa famille ;

- et les observations de Me Kao, représentant la préfecture du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h44.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante marocaine née en 1989 au Maroc, déclare être arrivée en France à l'âge de sept ans. Placée sous écrou le 21 avril 2021, elle a été libérée le 11 juillet 2024. Par un arrêté du 27 juin 2024, la préfète du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de retour pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 11 juillet 2024, la même autorité l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours. La requérante demande au tribunal l'annulation des arrêtés précités.

2. Les requêtes nos 2408342 et 2408591 présentent à juger à titre principal de la légalité d'une décision d'éloignement prise à l'encontre d'une ressortissante étrangère et d'une mesure d'assignation à résidence de l'intéressée en vue de l'exécution de cette décision d'éloignement. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de Mme C, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle dans les deux présentes instances.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 27 juin 2024 :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires des lois du 16 juin 2011 et du 7 mars 2016 dont elles sont issues, que le législateur a entendu, en conformité avec la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, permettre à l'autorité administrative de prendre, sur ce fondement, une obligation de quitter le territoire français à l'encontre des étrangers qui résident en France, régulièrement, depuis moins de trois mois, si leur comportement constitue une menace à l'ordre public.

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction issue de la loi 2024- du 26 janvier 2024 : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".

6. Il ressort de la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français que l'autorité préfectorale a retenu un motif tiré de ce que la présence de Mme C constitue une menace à l'ordre public, caractérisé par sa condamnation pour la commission de multiples faits lui ayant valu un quantum de peine d'emprisonnement de 36 mois.

7. Tout d'abord, aucun des termes de l'arrêté attaqué, nonobstant le visa liminaire et général des articles L. 613-1 à L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne fait mention de la vérification prévue à l'article L. 613-1 ou de ce que Mme C ne pourrait prétendre à un droit au séjour ; ceci notamment ne peut se déduire uniquement du motif tenant à l'existence d'une menace à l'ordre public, laquelle ne fait pas nécessairement obstacle à la régularisation de la situation administrative de l'intéressée.

8. Ensuite, si l'exigence de motivation n'implique pas qu'une décision administrative mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de la personne intéressée, il n'en reste pas moins que la vérification exigée par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile préalable à l'édiction d'une mesure d'éloignement n'est au cas particulier attestée par aucune des mentions de l'arrêté contesté. Celui-ci en effet précise seulement que des circonstances humanitaires peuvent justifier que l'autorité administrative n'assortisse pas une mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français, que l'intéressée ne justifie d'aucune circonstance particulière à cet égard et que " L'intéressé est célibataire, sans charge de famille ". Il n'est ainsi pas retracé de constatations, relativement à la mesure d'éloignement contestée, tenant à la situation personnelle de Mme C hormis son profil carcéral, l'arrêté ne comportant en outre aucune mention quant à l'ancienneté des liens de l'intéressée avec la France. Or, il ressort des pièces du dossier que la requérante, d'une part, dispose d'attaches familiales sur le sol national, notamment la présence de son fils B mineur, d'autre part, déclaré résider durablement en France depuis qu'elle y a rejoint sa mère à l'âge de sept ans, ce qu'elle étaye en produisant notamment un courrier relatif à la demande de regroupement familial " sur place " la concernant, des attestations de scolarisation au collège pour les années 2001 à 2003, un courrier justifiant de la délivrance d'un titre de séjour en août 2007, des justificatifs de démarches sur le sol national relatives à son passeport en 2007, 2008 et 2013, un certificat de naissance de son fils en France en 2011, une carte de séjour valable de mai 2011 à mai 2012. Au demeurant, aux termes de l'arrêté attaqué, l'obligation de quitter le territoire français en litige est exclusivement fondée sur les dispositions visées au point 4, applicables aux étrangers qui résidant en France depuis moins de trois mois seulement, ce qui ne correspond pas à la situation de Mme C, laquelle a été placée sous écrou en dernier lieu le 9 mai 2023 et résidait au centre pénitentiaire de Fresnes depuis lors.

9. Dans ces conditions, le droit au séjour de la requérante ne peut être regardé comme ayant fait l'objet de la vérification à laquelle l'autorité préfectorale doit procéder d'office. A cet égard, si la préfecture en défense a produit une notice de renseignements établie le 17 décembre 2021, par l'intermédiaire de laquelle Mme C a été invitée, par un fonctionnaire dont le service n'est du reste pas identifié, à apporter des précisions et observations sur sa situation, il ne ressort d'aucun élément, ni en tout état de cause n'est distinctement énoncé par l'administration défenderesse, qu'elle aurait procédé à la vérification du droit au séjour au sens des dispositions visées au point 5 à l'appui de ce recueil d'information intervenu plus de deux ans et demi auparavant. En conséquence, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que du défaut d'examen, doivent être retenus.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions subséquentes, privées de base légale, portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, et interdiction à l'intéressée de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.

En ce qui concerne l'arrêté du 11 juillet 2024 :

11. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Selon l'article L. 732-3 de ce code " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ".

12. Il ressort de l'arrêté contesté du 11 juillet 2024 de la préfète du Val-de-Marne que l'assignation à résidence dont fait l'objet Mme C est fondée sur l'existence de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai qui a été annulée par le présent jugement. Dans ces conditions, la décision en litige n'a plus de fondement légal et doit par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".

14. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. "

15. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet territorialement compétent réexamine la situation de Mme C, en délivrant à l'intéressée sans délai une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité de procéder au réexamen en question dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, en munissant l'intéressée d'une autorisation provisoire de séjour dans cette attente.

16. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret cité ci-dessus : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription. () ".

17. Il résulte de ces dispositions que le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français attaquée, implique nécessairement que la préfète du Val-de-Marne procède à l'effacement dans le système d'information Schengen du signalement de Mme C aux fins de non-admission, sans délai à compter de la notification du présent jugement.

18. Enfin, l'annulation prononcée induit nécessairement qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont Mme C fait l'objet.

Sur les frais liés aux litiges :

19. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. ".

20. Sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Pierre à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier (préfecture du Val-de-Marne) versera la somme de 1 600 euros à Me Pierre en application du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à l'intéressée, la même somme lui sera directement versée.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les arrêtés de la préfète du Val-de-Marne des 27 juin 2024 et 11 juillet 2024 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme C dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et dans cette attente de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de procéder à l'effacement dans le système d'information Schengen du signalement de Mme C aux fins de non-admission, procédant de l'interdiction de retour du 27 juin 2024 ci-dessus annulée, sans délai à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Il est mis fin aux mesures de surveillance dont fait l'objet Mme C.

Article 6 : L'État (préfecture du Val-de-Marne) versera la somme de 1 600 euros à Me Pierre, conseil de Mme C, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Pierre renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État ; ou, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à l'intéressée, directement à celle-ci.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la préfète du Val-de-Marne et à Me Pierre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2024.

Le magistrate désignée,

Signé : S. LECONTE

La greffière,

Signé : S. AÏT MOUSSA

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. AÏT MOUSSA

Nos 2408342

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