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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2408387

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408387

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHENRY-WEISSGERBER

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a examiné la requête de M. B, ressortissant afghan, contestant une décision du 7 juin 2024 relative à son transfert vers la Bulgarie et une assignation à résidence. Le tribunal a rejeté la requête comme irrecevable, considérant que la lettre du 7 juin 2024 n'était pas une décision administrative susceptible de recours, mais une simple information pour l'organisation de son départ, et qu'aucune décision d'assignation à résidence n'avait été édictée. La solution retenue est fondée sur l'article R. 421-1 du code de justice administrative, qui exige un recours contre une décision, et sur les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2024, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juin 2024 du préfet de Seine-et-Marne ;

2°) d'annuler la décision d'assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa demande d'asile dans un délai de quinze jours, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard.

M. B soutient que :

Sur la décision portant transfert :

- elle méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que les brochures prévues par ces dispositions ne lui ont pas été remises ;

- elle méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'a pas bénéficié de l'entretien ni des garanties prévues par ces dispositions ;

- c'est à tort que le préfet de Seine-et-Marne a désigné les autorités bulgares comme responsables de sa demande d'asile ;

- elle est illégale dès lors qu'il a subi des traitements inhumains en Bulgarie et que sa cellule familiale, et notamment son frère, sont en France.

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant transfert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, le préfet de Seine-et-Marne, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre la décision du 7 juin 2024 sont irrecevables dès lors qu'il s'agit d'un courrier d'information sur son départ à destination de la Bulgarie ;

- les conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence sont irrecevables dès lors qu'il ne ressort pas de la consultation du dossier du requérant qu'une telle mesure a été édictée à son encontre.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Blanc, conseillère, pour statuer dans les procédures relatives à l'éloignement des étrangers mentionnées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure ou issue des dispositions des articles 72 à 79 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 et du décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Blanc,

- et les observations de Me Henry-Weissgerber, représentant M. B absent.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent, ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 10 janvier 1999 à Baghlan, a déposé une demande d'asile et a été mis en possession de l'attestation correspondante le 11 août 2023. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de cette demande d'asile, par l'arrêté du 25 septembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne a prononcé le transfert de M. B aux autorités bulgares. Par un jugement n° 2312911 du 16 février 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. B à l'encontre de cet arrêté. Par une lettre du 7 juin 2024, M. B a été destinataire d'informations pour l'organisation de son départ. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 7 juin 2024 et la décision d'assignation à résidence du préfet de Seine-et-Marne.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".

3. D'une part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Le transfert du demandeur (), de l'Etat membre requérant vers l'Etat membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'Etat membre requérant, après concertation entre les Etats membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre Etat membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours () ". Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. / Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 25 septembre 2023, notifié le 21 novembre 2023 et distinct de la décision attaquée, le préfet de Seine-et-Marne a prononcé le transfert de M. B aux autorités bulgares responsables de l'examen de sa demande d'asile et qu'en vue de l'exécution de cette mesure, les services de la préfecture lui ont remis le 7 juin 2024, une convocation afin de l'informer qu'un vol a été réservé pour le 10 juin 2024 à 10h15 à destination de Sofia en Bulgarie et qu'il sera déclaré en fuite s'il ne se rend pas à l'embarquement le 10 juin 2024. Toutefois, ce courrier n'est qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardé comme révélant une décision susceptible de recours. Par suite, et comme le fait valoir le préfet en défense, les conclusions présentées par le requérant dirigées contre la décision du 7 juin 2024 sont irrecevables.

5. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une décision d'assignation à résidence a été prise par le préfet de Seine-et-Marne à l'encontre de M. B. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme demandant l'annulation d'une décision qui n'existe pas. Par suite, et comme le fait valoir le préfet en défense, les conclusions présentées par le requérant dirigées contre la décision d'assignation à résidence sont irrecevables.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. B doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé : T. BLANC

La greffière,

Signé : MD. ADELON

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. ADELON

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