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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2408549

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408549

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408549
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantROBATEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024 sous le n° 2408549, M. F G, M. I D, M. K, Mme L et Mme A C, représentés par Me Robatel, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 2024 - 409 pris le 9 juillet 2024 par M. B J, maire de Brie-Comte-Robert ordonnant aux occupants du campement d'un terrain privé de quitter les lieux sous 48 heures ;

2°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le reversement à leur conseil de la somme de 2 000 euros pour chacun d'entre eux, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en contrepartie de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée ce conformément aux dispositions de l'article L.761-1 du Code de Justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991.

Les requérants soutiennent que :

* la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite dès lors que l'exécution de l'arrêté municipal ordonnant aux occupants de quitter les lieux entrainera pour eux des conséquences définitives et irréparables ;

* il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté dès lors que :

- il est entaché d'incompétence de son auteur, le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique incombant, aux termes de l'article L. 2214-4 du code général des collectivités territoriales, à l'Etat dans les communes où la police est étatisée, sauf en ce qui concerne les troubles de voisinage ;

- il est entaché d'un vice de procédure tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable en violation des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est insuffisamment motivé en droit ;

- il ne détermine pas de manière précise la localisation du terrain à expulser de ses occupants sans droit ni titre ;

- il est entaché d'un vice de procédure tiré de ce que le rapport motivé établi par les services chargés de l'hygiène et de la sécurité fait défaut ;

- il ne détermine pas la réalité des offres d'hébergement et/ou de logement adaptées à chaque occupant et leurs caractéristiques en violation de l'article 197 de la loi n° 2018-1021 du

23 novembre 2018 ;

- il vole le droit à un recours effectif ;

- il est entaché d'inexactitude matérielle des faits et de la réalité des désordres et risques justifiant son adoption ;

- il est entaché du défaut de diagnostic social préalable obligatoire en violation de la circulaire du 26 août 2012 relative à l'anticipation et à l'accompagnement des opérations d'évacuation des campements illicites et de l'instruction du gouvernement du 25 janvier 2018 visant à donner une nouvelle impulsion à la résorption des campements illicites et des bidonvilles ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il viole le droit à la protection du domicile ainsi que le droit au respect des biens ;

- il présente un caractère disproportionné ;

- il porte une atteinte grave à leur droit de mener une vie privée et familiale normale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'intérêt supérieur de leurs enfants en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré 18 juillet 2024, la commune de Brie-Comte-Robert, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :

- la décision attaquée est un arrêté de mise en demeure d'avoir à quitter les lieux et non une mesure d'expulsion ;

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que la mesure en cause a pour objectif la protection des populations occupant le terrain litigieux d'un risque à leur sécurité ainsi que d'un risque à la sécurité publique ; au surplus, le terrain a été évacué manu militari le 16 juillet dernier ;

- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté dès lors que le maire est compétent pour prendre la mesure contestée ; le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire est inopérant ; le terrain en cause est parfaitement localisé ; les voies et délais de recours ont été mentionnés en marge de l'arrêté et les requérants ont d'ailleurs exercé leur droit à recours ; le moyen tiré de l'inexactitude des faits est infondé compte tenu de la réalité des désordres constatés ; aucune violation de domicile ne saurait être invoquée dès lors que les requérants ne sauraient qualifier de domicile des cabanons construits à la hâte ; l'arrêté n'est pas disproportionné compte tenu notamment de l'installation du campement litigieux à proximité d'axes routiers dont la dangerosité est établie.

Vu :

- l'arrêté municipal litigieux en date du 9 juillet 2024 ;

- la requête à fin d'annulation de cet arrêté enregistrée sous le n° 2408557 ;

- les pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le

26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 91-1266 du

19 décembre 1991 portant application de cette loi ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 19 juillet 2024 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, M. Freydefont a lu son rapport et entendu :

- les observations de Mme E H, responsable des affaires juridiques et foncières à la ville de Brie-Comte-Robert, dûment mandatée pour représenter son maire en exercice, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en faisant valoir, en outre, qu'il ne s'agit pas d'un terrain privé comme il est écrit dans la requête mais d'une parcelle du domaine public départemental ; le département de Seine-et-Marne a d'ailleurs déposé plainte dès le 9 juillet ; l'urgence n'est plus caractérisée dès lors que le terrain a été évacué le 16 juillet 2024 au matin par les forces de l'ordre ; il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté dès lors que les occupants s'étaient implantés sur un terrain en bordure de la Francilienne et de la RD 50 très fréquentées et très accidentogènes ; la mesure litigieuse est donc tout à fait justifiée au regard des impératifs de sécurité publique ; elle est également proportionnée dans la mesure où elle ne viole pas le domicile des requérants, ceux-ci ne pouvant sérieusement soutenir que ce campement constitué de baraquements implantés depuis quelques jours constituai leur domicile ; de même, le droit à l'éducation des enfants n'est pas méconnu dans la mesure où, primo, il n'est pas démontré de la scolarisation de ces enfants et où, secundo, on est en période de vacances scolaires.

Les requérants ne sont ni présents, ni représentés.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 11 heures.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision " ; aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () " ; aux termes de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Il résulte de l'instruction que 17 adultes et 20 enfants se sont installés dans

6 baraquements sur la parcelle située dans l'emprise de la route départementale (RD) 50 à l'entrée de Villemeneux sur la commune de Brie-Comte-Robert (77170). Par suite, le maire de cette commune a, par arrêté n° 2024-409 du 9 juillet 2024, mis en demeure les occupants sans droit ni titre de cette parcelle de quitter les lieux dans un délai de 48 heures à compter de sa notification. L'arrêté précise également qu'à défaut d'exécution spontanée, il sera procédé à leur évacuation forcée avec le concours de la force publique. Par la présente requête, M. F G, M. I D, M. K, Mme L et Mme A C demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté municipal.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de police en date du 16 juillet 2024 que le campement litigieux a été évacué manu militari par les forces de la police nationale entre

9 heures et 13 heures et que l'ensemble des occupants se trouvant sur le campement illicite ont été évacués sans incident. Par suite, les conclusions à fin de suspension de l'arrêté municipal du 9 juillet 2024 se trouvent privées d'objet ; il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. "

5. En tout état de cause, au soutien de leurs conclusions à fin de suspension, les requérants soutiennent que l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence de son auteur, le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique incombant, aux termes de l'article L. 2214-4 du code général des collectivités territoriales, à l'Etat dans les communes où la police est étatisée, sauf en ce qui concerne les troubles de voisinage, qu'il est entaché d'un vice de procédure tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable en violation des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, qu'il est insuffisamment motivé en droit, qu'il ne détermine pas de manière précise la localisation du terrain à expulser de ses occupants sans droit ni titre, qu'il est entaché d'un vice de procédure tiré de ce que le rapport motivé établi par les services chargés de l'hygiène et de la sécurité fait défaut, qu'il ne détermine pas la réalité des offres d'hébergement et/ou de logement adaptées à chaque occupant et leurs caractéristiques en violation de l'article 197 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, qu'il viole le droit à un recours effectif, qu'il est entaché d'inexactitude matérielle des faits et de la réalité des désordres et risques justifiant son adoption, qu'il est entaché du défaut de diagnostic social préalable obligatoire en violation de la circulaire du 26 août 2012 relative à l'anticipation et à l'accompagnement des opérations d'évacuation des campements illicites et de l'instruction du gouvernement du 25 janvier 2018 visant à donner une nouvelle impulsion à la résorption des campements illicites et des bidonvilles, qu'il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, qu'il viole le droit à la protection du domicile ainsi que le droit au respect des biens, qu'il présente un caractère disproportionné, qu'il porte une atteinte grave à leur droit de mener une vie privée et familiale normale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et enfin qu'il méconnaît l'intérêt supérieur de leurs enfants en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

6. Toutefois, en l'état de l'instruction, aucun de ces moyens n'aurait été de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté municipal du 9 juillet 2024. Ainsi, compte tenu du caractère infondé de la requête, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. De même, seront rejetées leurs conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension de l'arrêté du maire de la commune de Brie-Comte-Robert du 9 juillet 2024.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de MM. F G, I D, K et de Mmes L et A C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Me Robatel et au maire de la commune de Brie-Comte-Robert.

Copie dématérialisée en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Fait à Melun, le 19 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2408549

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