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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2408581

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408581

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12ème chambre, éloignement
Avocat requérantSTOYANOVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2024, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation.

Il doit être regardé comme soutenant que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le champ d'application des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est de nationalité roumaine ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le champ d'application des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est de nationalité roumaine ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision contestée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision contestée est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un courrier du 21 janvier 2025, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la suspension de l'arrêté en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Stoyanova, représentant M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; elle reprend les moyens soulevés dans les écritures, qu'elle développe ;

- le préfet de Seine-et-Marne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée dans les conditions prévues par l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant moldave né le 8 juin 2003 à Edinet (Moldavie), déclare être entré en France en 2023. Par un arrêté du 10 juillet 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la recevabilité des conclusions à fin de suspension :

2. En dehors des cas prévus par les articles L. 752-6 et L. 752-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne relève pas de l'office du juge de l'excès de pouvoir, saisi sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur, de prononcer la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise sur un autre fondement que le rejet de la demande d'asile de l'étranger ainsi que des décisions prises concomitamment. Par suite, les conclusions à fin de suspension de l'arrêté contesté ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 () et les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 721-3 de ce code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".

4. L'arrêté contesté vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 611-1, L. 612-2, L. 612-3, L. 612-6, L. 612-10 et L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte qu'il est suffisamment motivé en droit. De plus, l'arrêté en litige, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation du requérant, mentionne la date de son entrée en France et précise également qu'il est entré irrégulièrement en France, qu'il ne dispose pas d'un titre de séjour en cours de validité, qu'il exerce une activité professionnelle sans autorisation de travail, qu'il présente un risque de soustraction à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet dès lors qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il est dépourvu de document d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il est dépourvu d'attaches personnelles en France et qu'il n'établit pas être exposé à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, de sorte qu'il est suffisamment motivé en fait. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, si M. B soutient qu'étant ressortissant roumain, les dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui sont pas applicables, il ne produit toutefois, en dépit de la mesure d'instruction diligentée en ce sens par le tribunal, aucune pièce permettant d'établir qu'il dispose de la nationalité roumaine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B déclare être entré en France en 2023, soit récemment. Célibataire et sans charge de famille en France, il se prévaut de la présence en France de ses parents, de sa sœur et de ses amis ainsi que de son insertion sociale. Toutefois, il ne produit aucune pièce établissant l'ancienneté, la stabilité et l'intensité des liens privés et familiaux qu'il dit avoir noués sur le territoire français, ainsi que l'insertion sociale dont il se prévaut. S'il justifie de l'exercice d'une activité de manœuvre en contrat à durée indéterminée à temps plein depuis le mois de juin 2023 dans une entreprise du secteur du bâtiment, cette seule circonstance ne suffit pas à établir l'existence d'une vie privée et familiale en France. En outre, M. B ne soutient ni même n'allègue que son état de santé rendrait nécessaire son séjour en France. Enfin, il n'établit pas être isolé en cas de retour dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans, ni être dans l'incapacité de s'y réinsérer socialement et professionnellement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. Si M. B se prévaut de ses craintes en cas de retour en Moldavie, il n'apporte aucune précision sur la nature desdites craintes et ne produit aucune pièce au soutien de ses allégations. Ce faisant, il n'établit pas l'existence d'un risque réel et personnel d'être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Moldavie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

13. D'une part, M. B ne justifie pas de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à l'édiction de l'interdiction de retour en litige. D'autre part, en se fondant sur le caractère récent du séjour de M. B et sur son absence de vie privée et familiale en France pour prononcer une interdiction de retour d'un an, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas entaché la décision contestée d'erreur d'appréciation.

14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 06 février 2025.

Le magistrat,

Signé : T. BOURGAULa greffière,

Signé : MD. ADELON

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. ADELON

No 2408581

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