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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2408582

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408582

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408582
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12ème chambre, éloignement
Avocat requérantSCHWARZ

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de Mme C, ressortissante brésilienne, qui contestait un arrêté préfectoral du 5 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de trois ans. La requête a été jugée irrecevable car tardive, la requérante n'ayant pas respecté le délai de recours de quarante-huit heures prévu par l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour contester une obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 juillet 2024 et 17 janvier 2025, Mme E, représentée par Me Schwarz, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet ne s'est pas préalablement prononcé sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour est en cours d'instruction.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet ne s'est pas préalablement prononcé sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour est en cours d'instruction.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet ne s'est pas préalablement prononcé sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour est en cours d'instruction.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridique totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 30 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné ;

- les observations de Me Schwarz, représentant Mme C, présente, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; elle reprend les moyens soulevés dans ses écritures, qu'elle développe, et soutient en outre que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C ;

- et les observations de Mme C, assistée de Mme A B interprète en langue portugaise, qui répond aux questions du tribunal ;

- le préfet de Seine-et-Marne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée dans les conditions prévues par l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante brésilienne née le 6 décembre 1992 à Itacu (Brésil), déclare être entrée en France en 2017. Par un arrêté du 5 juillet 2024, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de Seine et Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans.

2. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. / () ". Aux termes du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative, dans sa rédaction alors en vigueur : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () ". Et aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. De plus, sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires, telles les dispositions relatives à la contestation des élections politiques ou celles prévoyant des délais exprimés en heures ou expirant à un horaire qu'elles précisent, la date à prendre en considération pour apprécier si un recours contentieux adressé à une juridiction administrative par voie postale a été formé dans le délai de recours contentieux est celle de l'expédition du recours, le cachet de la poste faisant foi.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté a été notifié à Mme C par voie administrative le vendredi 5 juillet à 14h55, de sorte que le délai de recours contentieux expirait le dimanche 7 juillet suivant à la même heure. Le délai de recours de quarante-huit heures contre l'arrêté en litige étant exprimé en heures, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que c'est la date de réception par le tribunal et non la date d'envoi du recours de Mme C qui doit être prise en compte pour apprécier sa recevabilité. D'une part, si la requérante soutient que le délai de recours ne lui est pas opposable en raison de l'incomplétude de la mention des voies et délais de recours figurant dans l'arrêté en litige, ladite mention ne peut néanmoins être regardée comme incomplète au motif qu'elle ne précise pas expressément que le recours doit être reçu par le tribunal, et non simplement lui être adressé par voie postale, dans le délai de recours contentieux de quarante-huit heures ni au motif, comme Mme C le soutient à l'audience, que la possibilité de déposer son recours par le biais de l'application télérecours citoyen ou du dispositif d'horodatage et de dépôt des requêtes situé à l'extérieur des locaux du tribunal et accessible en permanence aux requérants, y compris en dehors des horaires d'ouverture au public, ne sont pas mentionnés par l'arrêté en litige. D'autre part, la requérante soutient qu'elle était dans l'impossibilité matérielle de déposer son recours dans les délais, compte tenu de l'heure à laquelle il a été mis fin à sa garde à vue et de la circonstance que la mention des voies et délais de recours figurant dans l'arrêté contesté n'indique que l'adresse postale du tribunal sans préciser les coordonnées permettant de joindre le tribunal par téléphone, télécopie ou courriel. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que soient indiquées, dans la mention des voies et délais de recours, les coordonnées non postales du tribunal administratif territorialement compétent. De plus, si l'intéressée établit que la fin de sa garde à vue au commissariat de Lagny-sur-Marne le vendredi 5 juillet 2024 à 15h40 l'a placée dans l'impossibilité matérielle de déposer physiquement son recours au tribunal administratif de Melun avant sa fermeture au public à 16h30, elle n'établit pas avoir été dans l'impossibilité d'adresser son recours au tribunal par l'intermédiaire de l'application télérecours citoyen ou du dispositif d'horodatage et de dépôt des requêtes précédemment mentionné. Dans ces conditions, le recours de Mme C qui, bien qu'envoyé par voie postale le samedi 6 juillet 2024, n'a été reçu par le tribunal que le 10 juillet suivant, soit après l'expiration du délai de recours contentieux, est tardif. Par suite, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir soulevée en défense.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 06 février 2025.

Le magistrat,

Signé : T. BOURGAULa greffière,

Signé : MD. ADELON

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. ADELON

No 240858

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