lundi 5 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2408592 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Chambre Éloignement 12 |
| Avocat requérant | SCP DAGNEAU-BACHIMONT & DUQUESNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2024 , M. G A B, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représenté par Me Duquesne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier ;
M. A B soutient que la décision fixant le pays de destination :
* est entachée d'incompétence ;
* est insuffisamment motivée ;
* est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
* est entachée d'une erreur de droit ;
* a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
* méconnaît l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union Européenne ;
* viole l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* elle viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense enregistré le 5 aout 2024, le préfet de Seine-Saint-Denis , représenté par la société Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 2 aout 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Morisset, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Morisset ;
- et les observations de Me Duquesne, représentant M. A B assisté de Mme F, interprète assermentée en langue espagnole, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, qu'il avait déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, qu'il a déposé une nouvelle demande d'asile restée sans réponse, qu'il détient une promesse d'embauche, que son épouse est installée en France ;
- M. A B, assisté de Mme F, interprète assermentée en langue espagnole qui indique qu'il a demandé l'asile et que l'infraction pour laquelle il a été condamné était en lien avec une aide qu'il apportait à des compatriotes.
Le préfet de Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h19 ;
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant colombien, né le 6 février 1982, a été condamné le 12 mai 2021 par le tribunal correctionnel de Nanterre à une peine d'emprisonnement de trois ans pour des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France ou dans un autre état partie à la convention Schengen, en bande organisée du 1er aout 2019 au 2 juin 2020, de faux dans un document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation du 1er aout 2019 au 2 juin 2020, et d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger sur le territoire d'un état partie au protocole contre le trafic illicite de migrants ainsi qu'à la peine complémentaire d'interdiction du territoire français pour une durée de sept ans. Pour l'exécution de cette interdiction judiciaire du territoire français, par arrêté du 8 juillet 2024, le préfet de Seine-Saint-Denis a fixé le pays à destination duquel M. A B pourra être éloigné d'office. M. A B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la communication du dossier administratif du requérant :
2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. A B détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-1329 du 3 mai 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. C D, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, pour signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, l'arrêté vise les articles dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment celles de l'article L. 721-3, se réfère à la décision du tribunal judiciaire de Nanterre du 12 mai 2021 prononçant une interdiction de territoire français pour une durée de 7 ans ainsi que la réquisition du procureur de la république du 13 avril 2023. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué, qui font état de la décision du tribunal judiciaire de Nanterre du 12 mai 2021 prononçant l'interdiction définitive du territoire français, de la réquisition du procureur de la République datée du 13 avril 2023 à fin d'exécution de cette décision et de la nationalité de M. E, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à l'examen de sa situation. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut d'examen sérieux et particulier doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Aux termes de l'article 51 de la Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ".
7. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C 166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Il ressort des pièces du dossier que M. E a été entendu le 8 juillet 2024 par les services de police de Bobigny et la BEDP de Saint-Ouen, audition au cours de laquelle le requérant a notamment décrit dans le procès-verbal du 8 juillet à 15h20 les circonstances dans lesquelles il a été interpellé, ainsi que celles dans lesquelles il a été condamné pour trafic d'êtres humains, alors qu'il essayait d'aider des amis et qu'il ne conteste pas sa situation irrégulière et qu'il a déposé des demandes d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " 1. Tout citoyen de l'Union a le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, sous réserve des limitations et conditions prévues par les traités et par les dispositions prises pour leur application. () ".
9. M. A B n'apporte aucun élément de nature à justifier qu'il serait également ressortissant d'un état membre de l'Union européenne. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer à son profit les stipulations de l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne qui ne s'appliquent qu'aux citoyens de l'Union européenne et aux ressortissants d'un des états parties à l'accord sur l'espace économique européen, ce qui n'est pas le cas de la Colombie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de libre circulation garanti par les stipulations précitées doit être écarté comme étant inopérant.
10. En sixième lieu, si M. A B se prévaut d'une erreur de droit, il n'assortit ce moyen d'aucun élément permettant d'en apprécier le bienfondé. Par suite, il ne peut qu'être écarté.
11. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
12. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel l'étranger sera renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure judiciaire d'interdiction du territoire. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier et notamment des différents procès-verbaux d'audition produits que M. A B est célibataire, que ses enfants ne sont pas à sa charge, qu'il n'est entré qu'à l'âge de 37 ans en France. Il est reconduit à destination du pays dont il a la nationalité et dont il n'établit pas être exposé à des risques dans ce pays alors que l'OFPRA et la CNDA ont rejeté ses demandes d'asile. Par ailleurs, sa faible durée du séjour en France, constituée notamment d'une importante période d'emprisonnement, ne permet pas de considérer qu'il ne disposerait pas dans ce pays du centre de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, M. A B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-Saint-Denis aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écarté.
13. En huitième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
14. M. A B n'apporte aucun élément de nature à établir les risques de subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine alors que ses demandes d'asile ont été rejetées par l'Ofpra et par la cour nationale du droit d'asile. Par suite, le préfet pouvait, sans méconnaître les stipulations précitées, fixer la Colombie, pays dont il a la nationalité, ou tout autre pays dont il aurait la nationalité ou dans lequel il est légalement admissible, comme pays de destination.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 juillet 2024 par laquelle le préfet de Seine-Saint-Denis a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-Saint-Denis.
Lu en audience publique le 5 août 2024 à16h21.
La magistrate désignée,
Signé : A. MORISSET
La greffière,
Signé : MD. ADELON
La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
MD. ADELON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026