jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2408613 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BENOIT-GRANDIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juillet 2024, M. A C B, représenté par Me Keufak Tameze, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal :
1°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée d'un an.
Il soutient que les décisions litigieuses :
- sont entachées d'incompétence ;
- sont insuffisamment motivées ;
- ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;
- sont entachées d'une erreur de droit ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- violent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- violent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 22 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Leconte, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777 1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leconte ;
- les observations de Me Keufak Tameze, représentant M. C B, qui demande d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, et conclut pour le reste aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- et les observations de M. C B.
La préfecture du Val-d'Oise n'était ni présente ni représentée.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14 h 47.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant congolais né en 1978 à Kinshasa (République démocratique du Congo), déclarant être entré en France en novembre 2016, a été placé en garde à vue et auditionné le 11 juillet 2024. Par un arrêté du 12 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, la même autorité l'a placé en rétention administrative, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 14 juillet 2024 contre laquelle les conclusions en annulation ont été rejetées par une ordonnance de la cour d'appel de Paris du 16 juillet suivant. M. C B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2024 portant obligation de quitter le territoire français en toutes ses décisions.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C B, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.
Sur la communication du dossier administratif du requérant :
3. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. C B détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne plusieurs moyens communs aux différentes décisions :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E D, cheffe de section de l'éloignement de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature du préfet du Val-d'Oise consentie par un arrêté n°23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 611-1 et L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne en particulier que le requérant ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, a fait l'objet d'un rejet définitif de sa demande d'asile par décision rendue par la Cour nationale du droit d'asile du 7 juillet 2017 ainsi que d'un rejet de sa demande de réexamen le 31 mars 2020, n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et est célibataire et sans enfant. Cet arrêté vise également les articles L. 612-2 et suivants du même code et énonce les motifs pour lesquels il existe un risque que M. C B se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, cet arrêté, qui vise l'article L. 721-4 du code précité, précise que le requérant est un ressortissant congolais et qu'il pourra être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays où il serait légalement admissible. Enfin, sont visées notamment les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 de ce code et énoncés avec une précision suffisante les éléments constituant la motivation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Ainsi, les décisions contenues dans l'arrêté attaqué répondent aux exigences de motivation résultant notamment de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
7. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. En outre, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt C-383/13 du 10 septembre 2013, selon le droit de l'Union européenne, une violation des droits de la défense, en particulier du droit d'être entendu, n'entraîne l'annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l'absence de cette irrégularité, cette procédure pouvait aboutir à un résultat différent.
8. Il ressort du procès-verbal de l'audition menée, le 11 juillet 2024 par les services de la circonscription de police nationale de Sarcelles dans le cadre de la garde à vue de M. C B, que celui-ci a été mis en mesure, en présence d'une interprète, de présenter ses observations sur les conditions de son séjour et la perspective de son éloignement. L'intéressé a ainsi été interrogé notamment sur les circonstances de son arrivée en France, sa situation administrative au regard du droit au séjour et les démarches initiées à cet égard, ainsi que sur l'éventualité de son retour dans son pays d'origine. Si le requérant invoque n'avoir pas disposé d'un temps suffisant pour s'exprimer sur sa vie privée et familiale, il résulte néanmoins du procès-verbal d'audition qu'il lui a été posé de multiples questions en la matière, quant à sa situation familiale et l'existence de liens familiaux en France, ses moyens de subsistance, son hébergement, ou encore les raisons de son départ de la République démocratique du Congo, cependant que l'intéressé ne fait état d'aucun élément, susceptible d'influer sur le contenu des décisions litigieuses, qu'il n'aurait pas eu la possibilité de présenter. Dès lors, le requérant ne peut être regardé comme ayant été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. L'intéressé n'est pas davantage fondé à soutenir que le principe du contradictoire aurait été méconnu.
9. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, motivé de façon circonstanciée ainsi qu'il a été dit au point 5, ni d'aucun élément, que la situation de M. C B, lequel a pu présenter des observations comme dit au point précédent, n'aurait pas été examinée par l'autorité préfectorale. Le moyen tiré du défaut d'examen doit, par suite, être écarté.
10. En cinquième lieu, le moyen de la requête tiré de l'erreur de droit n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut dès lors qu'être écarté.
En ce qui concerne un moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français :
11. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire, refus d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français qui n'ont pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel M. C B pourra être éloigné d'office, lequel est déterminé par une décision distincte.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une. ".
13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
14. Il n'est pas contesté par M. C B son entrée irrégulière en France ainsi que son maintien sur le sol national sans être titulaire d'un titre de séjour, sans démarche initiée à cet égard après le rejet de sa demande d'asile notifié en juillet 2017 et de sa demande de réexamen notifié en juin 2020, et, si l'intéressé mentionne constituer un dossier en vue de régulariser sa situation, il ne ressort d'aucun élément le dépôt effectif d'une demande à la date de l'arrêté attaqué, du 12 juillet 2024, en dépit d'une obligation de quitter le territoire français édictée le 4 août 2020, pour laquelle la préfecture produit un justificatif de notification au 7 août 2020. En outre, si le requérant affirme souhaiter demeurer en France par crainte de retourner en République démocratique du Congo, il n'apporte pas d'éléments suffisamment probants de nature à démontrer la gravité et l'actualité d'une menace à laquelle il serait personnellement exposé. Par ailleurs, il ressort des déclarations de M. C B lors de son audition le 11 juillet 2024 qu'il est célibataire et sans charge de famille, le requérant ne faisant pas état d'éléments circonstanciés quant à ses attaches en France ni moyens de subsistance, hormis la mention de la présence sur le sol national de deux de ses frères et d'un troisième frère en Italie, ainsi que d'une sœur en France, aux termes des déclarations lors de l'audition précitée, circonstances qui ne peuvent à elles seules suffire à faire obstacle à son éloignement. Ne peut davantage suffire la circonstance que M. C B soit présent sur le sol national depuis novembre 2016 soit un peu plus de sept ans et demi, alors qu'au surplus il n'est pas apporté de justificatifs établissant une résidence continue. Enfin, M. C B ne saurait être regardé comme dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 37 ans. Ainsi le requérant ne justifie pas avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dès lors, les éléments invoqués ne démontrent pas qu'en faisant obligation au requérant de quitter le territoire français, l'autorité préfectorale aurait porté sur sa situation une appréciation manifestement erronée, ni qu'elle aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, ainsi que de la méconnaissance des stipulations susvisées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent, par suite, être écartés.
En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ", et selon les termes de l'article L. 612-3 du même code : " le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
16. Il n'est pas contesté que M. C B n'est pas en mesure de présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, et si le requérant invoque bénéficier d'un logement dans lequel il a fixé sa résidence, il ressort des déclarations de l'intéressé lors de son audition le 11 juillet 2024 qu'il a déclaré vivre dans un appartement sans contrat de bail ni quittances de loyer. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale a légalement pu retenir que M. C B ne présentait pas des garanties de représentation suffisantes. Au surplus, le requérant n'apporte pas d'élément pour étayer sa contestation de ce que l'arrêté édicté à son encontre le 4 août 2020, portant obligation de quitter le territoire français sous le délai d'un mois, lui a été notifié le 7 août 2020, en sorte qu'il doit être regardé comme s'étant soustrait à l'exécution de cette mesure qui lui était opposable. Dès lors, le risque de fuite pouvant être regardé comme établi au sens des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a pu légalement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. En ne retenant pas de circonstances particulières de nature à renverser cette présomption, cette autorité n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur les conditions de séjour en France et la situation familiale de l'intéressée. L'autorité préfectorale n'a davantage pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article 33 de la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " 1. Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ".
18. Premièrement, M. C B n'apporte tout d'abord pas de précision à l'appui de ses dires selon lesquels il nourrit des craintes en cas de retour dans son pays d'origine à raison de son orientation sexuelle. Ensuite, si le requérant fait état de ce qu'après avoir milité au sein du parti politique actuellement au pouvoir en République démocratique du Congo (RDC), il a rejoint l'opposition à ce parti, circonstance qu'il a mentionnée comme explicative de son départ de la RDC à raison d'une crainte pour sa vie, aux termes de son audition le 11 juillet 2024, et qu'en outre, l'intéressé rapporte avoir poursuivi un engagement politique en France, ces éléments ne peuvent à eux seuls suffire à démontrer l'existence d'un risque actuel encouru personnellement entrant dans le champ des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; par ailleurs, les demandes de l'intéressé tendant au bénéfice de l'asile politique ont été précédemment rejetées, ainsi qu'il a été dit au point 14. Les moyens tirés de ce que l'arrêté contesté, en tant qu'il fixe le pays de destination de la reconduite, méconnaîtrait les stipulations susvisées de l'article 3, et serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation personnelle de M. C B, doivent, par suite, être écartés.
19. Deuxièmement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel l'étranger sera renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
21. Il résulte des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, en cas de refus de délai de départ volontaire, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. Or, eu égard aux considérations retracées au point 14, relatives aux conditions du séjour et attaches en France de M. C B, celui-ci ne démontre pas l'existence d'une circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour qui doit assortir en principe l'obligation faite à un ressortissant étranger de quitter le territoire français sans délai. Compte tenu, au surplus, de ce que M. C B a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée, ainsi qu'il a été dit au point 16, le préfet a pu, sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation, ni méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, prononcer à l'encontre du requérant une interdiction de retour pour une durée d'un an. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.
22. Il résulte de tout ce qui précède que M. C B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 12 juillet 2024, par lesquelles le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée d'un an.
D E C I D E :
Article 1er : M. C B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, au préfet du Val-d'Oise et à Me Keufak Tameze.
Lu en audience publique le 25 juillet 2024 à 17 h 02.
La magistrate désignée,
Signé : S. LECONTE
La greffière,
Signé : S. AÏT MOUSSA
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. AÏT MOUSSA
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026