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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2408614

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408614

jeudi 8 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408614
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET LARA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a examiné les requêtes de M. A B, ressortissant colombien, contestant un arrêté du 11 juillet 2024 du préfet des Hauts-de-Seine l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an, ainsi qu'un arrêté du 17 juillet 2024 le maintenant en rétention administrative. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence, du défaut de motivation, de la violation des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et du principe du contradictoire. En conséquence, le tribunal a rejeté les demandes d'annulation des deux arrêtés préfectoraux, se fondant sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête n° 2408614 enregistrée le 13 juillet 2024 M. D A B, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représenté par le cabinet Lara, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée d'un an.

Il soutient que les décisions litigieuses :

- sont entachées d'incompétence ;

- sont insuffisamment motivées ;

- sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- sont entachées d'un défaut de base légale ;

- sont entachées d'une erreur de droit ;

- violent l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- violent l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 6 août 2024.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui a présenté un mémoire en défense enregistré le 8 août 2024.

II°) Par une requête n° 2408876 enregistrée le 18 juillet 2024, M. D A B, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n°2, représenté par le cabinet Lara, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a maintenu en rétention administrative ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder sans délai et sous astreinte à la délivrance d'une attestation de demande d'asile au titre de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA).

il soutient que l'arrêté en litige :

- est entaché d'incompétence ;

- est illégal du fait de l'inconventionnalité des dispositions de l'article R. 754-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec l'article 8 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 dès lors que ces dispositions prévoient que le maintien en rétention intervient après que le dépôt du formulaire de demande d'asile ;

- est illégal du fait de l'inconventionnalité des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux paragraphes 2 et 4 de l'article 8 de la directive 2013/32/UE dès lors que cet article ne définit pas le risque de fuite.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n°2 a communiqué des pièces enregistrées le 6 août 2024.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui a présenté un mémoire en défense enregistré le 8 août 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n°2013/33/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Cabal, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cabal, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction, assortie le cas échéant d'une astreinte, tendant à enjoindre à l'autorité préfectorale de réexaminer la situation de M. A B, de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour et de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A B dans le système d'information Schengen ;

- et les observations de Me Lara, représentant M. A B assisté de Mme C, interprète assermentée en langue espagnole, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- M. A B, assisté d'une interprète assermentée en langue espagnole.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h27.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant colombien né le 20 octobre 1986 est entré en France en octobre 2022 selon ses déclarations. L'intéressé a été interpellé le 11 juillet 2024 et a été placé le jour même en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par arrêté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée d'un an. Par arrêté du même jour, la même autorité l'a placé en rétention administrative, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux. M. A B a, alors qu'il était en rétention administrative, déposé une demande d'asile. Par arrêté du 17 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a maintenu M. A B en rétention administrative. M. A B demande au tribunal d'annuler les arrêtés des 11 et 17 juillet 2024.

Sur le jugement unique pour les deux requêtes :

2. Il est statué sur les requêtes nos 2408614, relative à la mesure d'éloignement, et 2408876, relative au maintien en rétention, par une seule décision en application du troisième alinéa du L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel " Si l'étranger a formé un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-8 et que le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin n'a pas encore statué sur ce premier recours, il statue sur les deux requêtes par une seule décision. ".

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Il résulte de l'arrêté attaqué que le préfet des Hauts-de-Seine a, pour décider l'éloignement de M. A B, notamment estimé que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où réside sa famille et ses trois enfants à charge, et où il a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des procès-verbaux du 10 juillet 2024 à 16h40 et du 11 juillet suivant à 10h30 établis par les forces de police, que l'intéressé est père d'un enfant de trois ans présent en France et de nationalité chilienne. En outre, il soutient à l'audience, sans être utilement contredit par le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'était ni présent ni représenté, contribuer à son entretien et à son éducation. En ne prenant pas en compte cet enfant mineur, le préfet des Hauts-de-Seine ne peut être regardé comme s'étant livré à un examen circonstancié de la situation particulière de M. A B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen complet et sérieux de la situation de l'intéressé doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A B est fondé à demander l'annulation de la décision du 11 juillet 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée d'un an ainsi que l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a maintenu en rétention administrative.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet des Hauts-de-Seine, ou tout autre préfet territorialement compétent, réexamine la situation de M. A B et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai de cinq mois à compter de la notification du présent jugement.

6. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A B, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

7. Enfin, eu égard aux termes de l'article L. 614-16 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique nécessairement qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont M. A B fait l'objet à la date de la notification du dispositif c'est-à-dire à la date de l'audience.

8. Enfin, les annulations prononcées n'impliquent aucune autre injonction.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. A B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : L'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le séjour à M. A B au titre de l'asile et l'a maintenu en rétention administrative est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. A B dans le délai de cinq mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A B dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 11 juillet 2024 ci-dessus annulée.

Article 5 : Il est mis fin aux mesures de surveillance dont fait l'objet M. A B.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Lu en audience publique le 8 août 2024 à 16h35.

Le magistrat désigné,

Signé : P.Y. CABAL

La greffière,

Signé : S. AÏT MOUSSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. AÏT MOUSSA

Nos 2408614, 2408876

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