Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409029

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409029
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
Avocat requérantPAPINOT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a été saisi par M. A d'une demande d'exécution d'une ordonnance du 24 janvier 2024, qui enjoignait à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa demande de carte de résident. Constatant l'inexécution persistante de cette ordonnance, le tribunal a ouvert une phase juridictionnelle. La préfecture a seulement délivré un récépissé de trois mois, non renouvelé, sans prendre de décision sur le fond. Le tribunal a donc examiné la demande de provision et d'indemnité de M. A pour les préjudices subis, sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une lettre du 2 mars 2024, M. B A, représenté par Me Papinot, a saisi le tribunal administratif de Melun d'une demande tendant à obtenir l'exécution de l'ordonnance du juge des référés du 24 janvier 2024 qui avait suspendu l'exécution de la décision implicite de refus de délivrance d'une carte de résident et enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours.

Elle indique que la préfète du Val-de-Marne n'a exécuté cette ordonnance en aucun de ses points.

La demande initiale de M. A a été communiquée le 15 mars 2024 à la préfète du Val-de-Marne qui n'a présenté aucune observation.

Un rappel en vue de l'exécution de l'ordonnance du 24 janvier 2024 a été transmis à la préfète du Val-de-Marne le 11 avril 2024.

Le 2 juillet 2024, la préfecture du Val-de-Marne a communiqué au tribunal un extrait du fichier nationale des étrangers montrant que l'intéressé a été bénéficiaire d'un récépissé de carte de séjour le 6 mai 2024 valable trois mois.

Par une ordonnance du 17 juillet 2024, a été ouverte la phase juridictionnelle de la demande d'exécution de l'ordonnance du 24 janvier 2024.

Le 26 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne a communiqué au tribunal à nouveau l'extrait du fichier national des étrangers montrant que l'intéressé a été bénéficiaire d'un récépissé de carte de séjour le 6 mai 2024 valable trois mois.

Par un mémoire en réplique enregistré le 17 août 2024, M. B A, représenté par Me Parpinot demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision d'un montant de 4 500 euros et une indemnité d'un montant égal à 1 200 euros par mois de travail suspendu depuis le 27 mars 2024, outre intérêts au taux légal à compter du 27 mai 2023, et capitalisation annuelle de ces derniers en réparation des troubles dans ses conditions d'existence, du préjudice moral et du préjudice matériel qu'il a subis du fait, d'une part, du refus de délivrance d'une carte de résident et du refus d'exécuter l'ordonnance du 24 janvier 2024 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des frais irrépétibles engagés et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il indique notamment que le récépissé délivré le 6 mai 2024 est arrivé à échéance le 5 août 2024 et n'a pas été renouvelé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Melun (requête n° 2300189) du 24 janvier 2024 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience du 27 août 2024, tenue en présence de Madame Darnal, greffière d'audience, M. Aymard a présenté son rapport, en l'absence du requérant et de la préfète du Val-de-Marne, ou de leurs représentants, dûment convoqués.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance du 24 janvier 2024, le juge des référés du présent tribunal a , d'une part, suspendu l'exécution de la décision implicite de rejet opposée par la préfète du Val-de-Marne a la demande de délivrance d'une carte de résident déposée par M. B A, ressortissant tunisien né le 20 décembre1998, reconnu réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 14 septembre 2021, et, d'autre part, enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa demande et de prendre une nouvelle décision dans le délai de quinze jours. La préfète n'a exécuté cette ordonnance en aucun de ses points. Par une lettre du 2 mars 2024, émanant de son conseil, le présent tribunal a été informé que la préfète du Val-de-Marne n'avait exécuté cette décision en aucun de ces points. Le 2 juillet 2024, la préfecture du Val-de-Marne a communiqué au tribunal un extrait du fichier national des étrangers montrant que l'intéressé a été bénéficiaire d'un récépissé de carte de séjour le 6 mai 2024 valable trois mois. Une procédure juridictionnelle a été ouverte le 17 juillet 2024 à son encontre. Le 26 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne a communiqué à nouveau au tribunal à nouveau l'extrait du fichier national des étrangers transmis le 2 juillet. Le 17 août 2024, M. A a informé le tribunal que ce récépissé n'avait pas été renouvelé à son échéance et lui a demandé de condamner l'Etat à lui verser une provision d'un montant de 4 500 euros et une indemnité d'un montant égal à 1 200 euros par mois de travail suspendu depuis le 27 mars 2024, outre intérêts au taux légal à compter du 27 mai 2023, et capitalisation annuelle de ces derniers en réparation des troubles dans ses conditions d'existence, du préjudice moral et du préjudice matériel qu'il a subis du fait, d'une part, du refus de délivrance d'une carte de résident et du refus d'exécuter l'ordonnance du 24 janvier 2024.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative

2. Aux termes d'une part de 1'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. / () Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 921-5 du même code : " Le président () du tribunal administratif saisi d'une demande d'exécution sur le fondement de l'article L. 911-4, ou le rapporteur désigné à cette fin, accomplissent toutes diligences qu'ils jugent utiles pour assurer l'exécution de la décision juridictionnelle qui fait l'objet de la demande. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 921-6 de ce code : " Dans le cas où le président estime nécessaire de prescrire des mesures d'exécution par voie juridictionnelle, et notamment de prononcer une astreinte, ou lorsque le demandeur le sollicite dans le mois qui suit la notification du classement décidé en vertu du dernier alinéa de l'article précédent et, en tout état de cause, à l'expiration d'un délai de six mois à compter de sa saisine, le président de la cour ou du tribunal ouvre par ordonnance une procédure juridictionnelle. ".

3. S'il appartient au juge de l'exécution, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-4 du code de justice administrative, d'ordonner l'exécution de la chose jugée, il n'a pas le pouvoir de remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution lui est demandée. Il ne lui appartient pas en principe d'interpréter cette décision.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'article 2 de l'ordonnance du 24 janvier 2024 avait enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la demande de délivrance d'une carte de résident présentée par M. A et de prendre une nouvelle décision, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance. La préfète du Val-de-Marne, le 6 mai 2024, a délivré une récépissé de demande de titre de séjour à M. A, valable trois mois. Cette remise ne peut être considérée que comme traduisant, même si c'est avec plus de trois mois de retard, la mise en œuvre, à cette date, du réexamen de la situation de l'intéressé. Par voie de conséquence, le défaut de renouvellement de ce récépissé à son échéance a fait nécessairement naître à cette date une nouvelle décision implicite de rejet opposée à la demande présentée par M. A le 23 janvier 2023.

5. Dans ces conditions, les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative ne pourront qu'être rejetées.

Sur les demandes complémentaires présentées le 17 août 2024.

6. Les demandes indemnitaires présentées par le requérant dans son mémoire du 17 août 2024 étant des conclusions nouvelles sans rapport avec l'injonction prononcée par le juge des référés dans son ordonnance du 24 janvier 2024, elles ne pourront qu'être rejetées comme irrecevables, l'intéressé demeurant fondé toutefois à rechercher, s'il l'estime utile, la responsabilité de l'Etat à raison des préjudices qu'il soutient avoir subi à la suite des renouvellements tardifs de ses différents récépissés de demande de titre de séjour depuis le 20 janvier 2023 et du retard à lui délivrer sa carte de résident.

Sur les frais du litige

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme à verser à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'exécution de l'ordonnance du 24 janvier 2024 du juge des référés du présent tribunal.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés, La greffière,

M. Aymard C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2409029