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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2409177

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409177

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSAOUDI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. B, un ressortissant ivoirien, qui contestait l'arrêté du 22 juillet 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis fixant le pays de renvoi pour exécuter une peine d'interdiction définitive du territoire français. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de motivation, et la violation des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur les conventions internationales applicables. Aucune injonction n'a été ordonnée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 24 juillet 2024 et 25 juillet 2024, M. C B, représenté par Me Boujnah, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en exécution de la peine d'interdiction définitive du territoire français prononcée par le tribunal de grande instance de Bobigny le 20 décembre 2013 ;

2°) d'enjoindre à l'administration la production de l'ensemble des pièces ayant servi de fondement à l'édiction de l'arrêté attaqué.

M. B soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- est entaché d'une erreur de droit ;

- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- méconnaît les stipulations de l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a produit des pièces enregistrées les 26 juillet 2024 et 29 juillet 2024.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 31 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Massengo, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 922-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massengo,

- les observations de Me Boujnah, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et précise en outre que l'arrêt attaqué est entaché d'erreur de droit dès lors que ni la Côte d'Ivoire, ni aucun autre pays saisi par l'administration n'a accepté de lui délivrer un document de voyage ;

- les observations de M. B, qui indique que la décision a des conséquences sur sa situation, qu'il a perdu son passeport après son arrivée en France et rappelle qu'il est de nationalité ivoirienne ;

- et les observations de Me Khan, représentant le préfet de la Seine-Saint-Denis, absent, qui conclut au rejet de la requête, aucun moyen n'étant fondé.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h19.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né en 1983, a été condamné le 20 décembre 2013 par le tribunal de grande instance de Bobigny à une peine de huit mois d'emprisonnement délictuel et à une peine d'interdiction définitive du territoire français, pour des faits de transport, détention, acquisition et usage non autorisés de stupéfiants. M. B a été interpellé puis placé en garde à vue le 22 juillet 2024 pour des faits de vol et de violence sans incapacité. Par un arrêté du 22 juillet 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé son placement en rétention administrative, prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 27 juillet 2024. Cette ordonnance a été confirmée par la Cour d'Appel de Paris le 30 juillet 2024. Par un autre arrêté du 22 juillet 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a fixé le pays à destination duquel M. B sera renvoyé en exécution de la peine d'interdiction définitive du territoire français prononcée le 20 décembre 2013 par le tribunal de grande instance de Bobigny. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la communication du dossier administratif du requérant :

2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. B détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-1329 du 3 mai 2024, régulièrement publié, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme A D, cheffe du bureau de l'éloignement, pour signer les décisions relevant du bureau de l'éloignement, et notamment la décision en litige, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde, mentionne la décision du tribunal correctionnel de Bobigny condamnant M. B à une peine d'interdiction définitive du territoire français, et souligne que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou dans son pays de résidence habituelle dans lequel il est légalement admissible. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu : il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces versées au dossier, ni des débats à l'audience que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

6. En quatrième lieu, M. B, qui n'est pas un citoyen de l'Union européenne, ne peut utilement se prévaloir du principe de libre circulation consacré par l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

8. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa méconnaissance par une autorité d'un État membre est inopérant.

9. En sixième lieu, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a fixé comme pays de renvoi en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français le pays dont M. B a la nationalité ou tout pays qui lui a délivré un document de voyage ou tout pays dans lequel il est légalement admissible. M. B soutient que cette décision est illégale dès lors que ni la Côte d'Ivoire, dont il se déclare être ressortissant, ni aucun autre pays sollicité par l'administration, n'a consenti à lui délivrer un document de voyage. Toutefois, aucune disposition légale n'impose à l'administration de fixer comme pays de renvoi un pays ayant préalablement délivrer un document de voyage à l'étranger dépourvu d'un passeport. Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir des différents refus de délivrance d'un document de voyage pour contester la légalité de l'arrêté.

10. En septième lieu, si M. B soulève les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne les assortit d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

11. En huitième et dernier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des débats à l'audience que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a fixé le pays à destination duquel M. B pourra être renvoyé, en exécution de la peine d'interdiction définitive du territoire à laquelle il a été condamné.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Lu en audience publique le 2 août 2024 à 14h57

La magistrate désignée,

Signé : C. MASSENGO

La greffière,

Signé : N. RIELLANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. RIELLANT

N°2409177

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