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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2409280

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409280

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409280
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLE PRADO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'ordre de reversement d'un trop-perçu de rémunération de 6 921,88 euros, notifié à M. B, professeur à l'Université Paris-Est-Créteil (UPEC). Le juge a considéré que la condition d'urgence n'était pas remplie, le requérant n'établissant pas une atteinte grave et immédiate à sa situation financière, d'autant qu'il pouvait solliciter un échelonnement des prélèvements. Par ailleurs, aucun des moyens soulevés (incompétence, défaut de motivation, méconnaissance du décret n° 2012-1246) n'a été jugé de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 25 juillet 2024, les 5 août et 14 août 2024, M. A B, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'ordre de reversement d'un trop-perçu de rémunération d'un montant de 6 921,88 euros précompté sur son traitement à compter de juillet 2024 ainsi que les mois suivants, pris par la directrice des ressources humaines de l'Université Paris-Est-Créteil Val-de-Marne (UPEC) et notifié le 3 juillet 2024 ;

2°) d'enjoindre à l'UPEC de lui restituer la somme de 3 666,30 euros prélevée sur le fondement de cet ordre de reversement sur son traitement de juillet 2024 et de ne pas prélever le complément sur son traitement d'août 2024 ;

3°) de mettre à la charge de l'UPEC une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- la décision attaquée, qui contrairement à un titre exécutoire, n'est pas suspendue par l'enregistrement d'un recours, représente une part importante de son traitement et ne lui permet pas de faire face à ses charges personnelles ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 192 du décret n° 2012-1246 ;

- elle est dénuée de toute base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 août 2024, l'Université Paris-Est-Créteil Val-de-Marne conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B une somme de 2 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que le recours au fond est lui-même suspensif de plein droit, en application de l'article 117 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- elle est, en outre, en partie irrecevable pour viser une décision déjà partiellement exécutée à la date de son introduction ;

- l'urgence n'est pas établie dès lors que le requérant n'établit pas l'atteinte grave et immédiate à ses intérêts ;

- d'autre part, le courrier de notification de la décision contestée lui indiquait la possibilité de saisir l'université afin de procéder à un échelonnement des reversements et un arrêt du précompte ;

- aucun des moyens n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 18 juillet 2024 sous le n° 2408878 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 84-431 du 6 juin 1984 fixant les dispositions statutaires communes applicables aux enseignants-chercheurs et portant statut particulier du corps des professeurs des universités et du corps des maîtres de conférences ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Allègre, premier conseiller, pour statuer en tant que juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 14 août 2024 à 10 h, en présence de Mme Tarot, greffière d'audience, ont été entendu :

- le rapport de M. Allègre ;

- les observations de M. B, qui reprend ses moyens et précise qu'il a adressé à l'université une demande de sursis qui est restée lettre morte, que la délibération qui fonderait le titre n'a jamais été publiée par l'université ; que cette délibération serait illégale en ce qu'elle n'interdirait pas de faire des heures complémentaires, mais interdirait de les rémunérer ;

- et les observations de Me Brard, substituant Me Le Prado, représentant l'UPEC.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, professeur de droit public à l'Université Paris-Est-Créteil Val-de-Marne a été élu vice-président chargé des affaires institutionnelles à compter de l'année universitaire 2022/2023. L'UPEC a considéré qu'il devait, à ce titre, bénéficier d'une modulation de service de 128 heures équivalent travaux dirigés, circonstance qui par ailleurs, en vertu d'une délibération adoptée par le conseil d'administration restreint le 3 juin 2022, s'opposait à ce qu'il réalisât des heures complémentaires rémunérées. L'UPEC ayant constaté que 161,50 heures complémentaires avaient été rémunérées, a arrêté un trop-perçu de 6 921,88 euros qui devait être récupéré sur les traitements de M. B à compter de juillet 2024, décision notifiée au requérant par courriel le 3 juillet 2024. Par la présente requête, ce dernier demande la suspension de l'exécution de cette décision. Postérieurement à l'introduction de la requête, l'UPEC a prélevé 3 666,30 euros sur son traitement de juillet 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision en cause vise à la compensation entre la part saisissable du traitement de M. B avec les sommes dont ce dernier est considéré comme redevable par l'UPEC. La circonstance qu'une partie de la compensation arrêtée a été appliquée le 29 juillet au traitement de juillet 2024, soit postérieurement l'introduction de la requête, n'est pas de nature à caractériser l'irrecevabilité de cette dernière.

4. En second lieu, contrairement à ce que soutient l'UPEC, le recours au fond déposé par M. B, dirigé contre une retenue sur traitement, n'est pas suspensif et la présente requête n'est ni irrecevable ni ne se trouve dépourvue d'objet.

En ce qui concerne l'urgence :

5. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. Il résulte de l'instruction que la somme de 6 921,88 euros que l'UPEC souhaite récupérer par compensation sur les traitements de M. B dus aux titres des mois de juillet et août 2024 correspond à plus des deux tiers de ces traitements, alors que les charges incompressibles du foyer de M. B représentent 5 752 euros mensuels. Compte tenu du revenu de son épouse, et alors que l'UPEC ne conteste pas utilement que M. B ne dispose pas d'autres sources de revenus, la décision attaquée conduit à une situation déficitaire du foyer sur la période. Par ailleurs, alors qu'était indiquée à M. B par le courrier de notification la possibilité de solliciter un échelonnement des sommes dues, les demandes de sursis et de rendez-vous pour ce faire, dont l'une au moins date du 13 juillet 2024, sont restées vaines. Dans ces conditions, l'arrêté contesté, qui n'a pas été entièrement exécuté, doit être regardé comme préjudiciant de manière suffisamment grave et immédiate à la situation financière de M. B. Ainsi, la condition d'urgence doit, dans les circonstances de l'espèce, être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la délibération du conseil d'administration restreint daté du 3 juin 2022 qui fonde l'impossibilité de rémunérer des heures complémentaires n'est pas exécutoire faute de publication, est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La suspension prononcée implique nécessairement que le président de l'UPEC réexamine la situation de M. B dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. M. B n'établissant pas avoir exposé des frais non compris dans les dépens, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision de la directrice des ressources humaines de l'Université Paris-Est-Créteil Val-de-Marne notifiée le 3 juillet 2024 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la directrice des ressources humaines de l'Université Paris-Est-Créteil Val-de-Marne de réexaminer la situation de M. B et de prendre une nouvelle décision dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à l'Université Paris-Est-Créteil Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 19 août 2024.

Le juge des référés,

E. ALLEGRELa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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