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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2409308

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409308

lundi 5 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409308
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationChambre Éloignement 12
Avocat requérantSAYAGH

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. E D, ressortissant portugais, qui contestait l'arrêté du préfet de Seine-Saint-Denis du 20 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français pour 24 mois. Le tribunal a considéré que la décision était suffisamment motivée et que le préfet n'avait pas commis d'erreur de droit ou de fait, ni violé l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, en se fondant sur le comportement de l'intéressé et son absence d'activité professionnelle stable. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. D, y compris sa demande de frais de justice, sur le fondement des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 juillet 2024 , le 31 juillet 2024 et le 1er août 2024, M. G, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représenté par Me Sayagh, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E D soutient que :

* le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour ;

- les décisions litigieuses :

* sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

* est entachée de plusieurs erreurs de fait dès lors qu'il a une activité professionnelle, qu'il détient les moyens de subsistance requis et qu'il n'a jamais fait l'objet de condamnations criminelles, qu'il n'a été mis en cause que pour des faits de violences conjugales très anciennes et des délits routiers ;

* est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet vise l'article L. 423-1 du CESEDA pour refuser de renouveler le titre de séjour alors que cette délivrance ou ce renouvellement n'est pas conditionné par des considérations d'ordre public ;

* il est de nationalité portugaise son séjour était régulier ; il a une activité professionnelle et ne représente pas une charge pour la société ;

* il ne prendra pas la fuite ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

* est insuffisamment motivée ;

* porte atteinte au principe de présomption d'innocence

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 aout 2024, le préfet de Seine-Saint-Denis , représenté par la société centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E D n'est fondé.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 2 aout 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Morisset, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Morisset ;

- et les observations de Me Sayagh, représentant M. E D assisté de Mme C, interprète assermenté en langue portugaise, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre que la motivation est stéreotypée ; que les motifs de l'arrêté sont erronés dès lors qu'ils indiquent qu'il n'a pas d'activité professionnelle, qu'il représente une charge déraisonnable pour le système social ; il dit être une source de revenus pour la société puisqu'il a une société de plâtrerie, que si le préfet lui reproche la conduite d'un véhicule sans permis, il n'encourt pas de peine pénale pour ce motif ; qu'il n'a pas de casier judiciaire, ni de condamnation criminelle ; que son fils travaille pour lui en France ;

- M. E D assisté de Mme C, interprète assermenté en langue portugaise, qui indique dans quelles circonstances les disputes conjugales ont eu lieu, et les difficultés qu'il rencontre avec les services de préfecture pour son permis de conduire.

Le préfet de Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h05.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, ressortissant portugais, né le 25 septembre 1971, est entré en France en 2003 selon ses déclarations. Par arrêté du 20 juin 2024, le préfet de Seine-Saint-Denis a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de 24 mois. Il demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :

2. Par un arrêté n° 2024-0402 du 12 février 2024, régulièrement publié le même jour au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. A B, attaché d'administration de l'Etat, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des étrangers et des naturalisations, pour signer toutes obligations de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire, toutes décisions fixant le pays de destination et toutes interdictions de retour sur le territoire français. Ainsi, le moyen tiré de ce que les décisions contestées ont été prises par une autorité incompétente doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En deuxième lieu, la décision querellée du 20 juin 2024 du préfet de Seine-Saint-Denis mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment cite la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle de M. E D et indique que la décision prise ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir du défaut de saisine de la commission du titre de séjour à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 200-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : 1° Des citoyens de l'Union européenne, tels que définis à l'article L. 200-2 () ". Aux termes de l'article L. 200-2 de ce code : " Est citoyen de l'Union européenne toute personne ayant la nationalité d'un Etat membre. () " Aux termes de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :/ 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ;/ 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ".

6. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence d'un citoyen de l'Union européenne sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de la situation individuelle de l'intéressé, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

7. Pour justifier la mesure d'éloignement en litige, le préfet de Seine-Saint-Denis retient que le comportement de l'intéressé constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française au motif que l'intéressé s'est rendu coupable de faits de conduite sans permis, entrée irrégulière d'un étranger en France, qu'il est connu pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, conduite sans permis, recels, autres coups et blessures volontaires criminels ou correctionnels, abus de confiance.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'identification dactyloscopique du requérant qu'il a été signalé le 19 juin 2009 pour des infractions à la police des étrangers, le 4 juin 2010 pour des coups et blessures volontaires, le 18 avril 2013 pour violences conjugales, le 3 mai 2013 pour infractions aux conditions générales d'entrée et de séjour maintien sur le territoire malgré une interdiction judiciaire, le 12 avril 2013 pour autres coups et blessures volontaires criminels ou correctionnels, le 4 octobre 2015 pour conduite sans permis, le 16 septembre 2016 pour conduite sans permis, le 29 mars 2022 pour conduite sans permis, le 15 novembre 2021 pour abus de confiance et découverte d'un véhicule volé soumis à immatriculation, le 14 avril 2022 pour conduite d'un véhicule sans permis, le 4 aout 2023 pour conduite d'un véhicule sans permis et de circulation avec un véhicule sans assurance, le 18 février 2024 pour conduite d'un véhicule sans permis, le 20 juin 2024 pour conduite d'un véhicule sans permis. Eu égard à l'ensemble des éléments, le comportement répété et grave de l'intéressé doit être analysé comme entrant dans les prévisions des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. D'autre part, si M. E D exerce une activité professionnelle, et à supposer même qu'il ne soit pas une charge pour la société, ces motifs entachant la décision du préfet d'erreur de fait, pour les autres motifs indiqués au point précédent, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet a pris la décision querellée.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. M. E D fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'il a une activité professionnelle et que son fils travaille avec lui. A l'appui de ses dires, il produit le Kbis de la société " Placo Bar " immatriculée depuis le 26 septembre 2023, des bulletins de paye depuis septembre 2023, un certificat CIBTP d'ile de France du daté du 8 janvier 2024 attestant du respect des obligations relatives aux congés payés et au chômage intempéries, une attestation de régularité fiscale datée du 30 novembre 2023 au titre de sa société SAS Placo Bar, il produit les déclarations préalables à l'embauche pour Borges Gomes Edinilson de Jesus, dont il indique être le père. Toutefois, et malgré les nombreux signalements policiers dont il a fait l'état au cours des dernières années pour témoigner de sa présence au moins épisodique en France, le requérant ne justifie pas, à supposer même établie la durée de séjour qu'il invoque, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, M. E D n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise ni que la décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inclus dans le livre II portant dispositions applicables aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° et 3°de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

13. La décision attaquée, après avoir visé le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que le comportement du requérant présente, du point de vue de l'ordre public, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour s'être rendu coupable de faits de que le comportement de l'intéressé constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française au motif que l'intéressé s'est rendu coupable de faits de conduite sans permis, entrée irrégulière d'un étranger en France, qu'il est connu pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, conduite sans permis, recels, autres coups et blessures volontaires criminels ou correctionnels, abus de confiance. En outre, il ne ressort ni des termes de ces arrêtés, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés comme manquant en fait. L'autorité administrative n'a davantage commis aucune erreur de droit.

14. En cinquième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance de la présomption d'innocence à l'encontre d'une interdiction de circuler sur le territoire.

15. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écarté par les motifs retenus au point 11 ci-dessus.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. E D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 20 juin 2024, par lesquelles le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois.

Sur les frais liés au litige :

17. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. E D demande pour son conseil au titre des frais, non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M.EaDs est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.EaDs et au préfet de Seine-Saint-Denis.

Lu en audience publique le 5 août 2024 à 16h23.

Le magistrat désigné,

Signé : A. MORISSET

La greffière,

Signé : MD. ADELON

La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. ADELON

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