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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2409513

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409513

vendredi 16 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOUHAMI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet délégué pour la sécurité et la sûreté des plateformes aéroportuaires de Paris avait suspendu pour deux mois l'habilitation de M. C à accéder aux zones de sûreté aéroportuaires. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie, la décision privant l'intéressé de son emploi et de son salaire. Il a également retenu l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision, en relevant que le moyen tiré du défaut de communication préalable des motifs de la mesure, notamment l'appréciation d'un "repli identitaire", était de nature à créer un tel doute au regard du principe du contradictoire prévu à l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Touhami, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'arrêté du 11 juillet 2024 du préfet délégué pour la sécurité et la sûreté des plateformes aéroportuaires de Paris suspendant son habilitation à accéder aux zones de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires pour une durée de deux mois à compter du 11 juillet 2024 ;

2°) d'enjoindre au préfet délégué de lui restituer son habilitation dans un délai de sept jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la suspension en cause le prive de son emploi et de son salaire pendant une durée de deux mois ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire prévu à l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de faits ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-1 dispose du code de l'aviation civile ;

- l'appréciation relative à son repli identitaire et sa pratique d'un islam radical est erronée.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 août 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que l'urgence n'est pas caractérisée et qu'aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2409515 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des transports ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Allègre, premier conseiller, pour statuer en tant que juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 14 août 2024 à 10 h, en présence de Mme Tarot, greffière d'audience, M. Allègre a lu son rapport et entendu les observations de Me Touhami, qui soutient que le repli identitaire indiqué dans la note blanche n'a pas été porté à la connaissance de M. C avant l'édiction de l'arrêté attaqué et que cette appréciation est erronée, les faits reprochés ayant trait à un litige professionnel avec un de ses collaborateurs ;

- les observations de Mme B, représentant le préfet de police.

Une note en délibéré pour M. C a été enregistrée le 14 août 2024. Elle n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est employé par la société Airport Shuttle One en tant que régulateur en contrat à durée indéterminée depuis le 2 décembre 2020. Il s'est vu délivrer le 3 décembre 2021 pour une durée de trois ans une habilitation permettant d'accéder aux zones de sûreté à accès réglementé prévue aujourd'hui à l'article L. 6342-3 du code des transports. Par une décision du 11 juillet 2024 prise notamment sur le fondement des dispositions de l'article R. 6342-20 du code des transports, le préfet délégué pour la sécurité et la sûreté des plates formes aéroportuaires de Paris a suspendu pour une durée de deux mois son habilitation. Par la présente requête, M. C demande la suspension de l'exécution de la décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Il résulte de l'instruction que la suspension de l'habilitation de M. C s'oppose à son accès aux zones de sûreté à accès réglementé aéroportuaires et par conséquent à l'exercice de ses fonctions de chauffeur. Dans ces conditions, la décision en litige porte une atteinte grave et immédiate à la situation de M. C. En conséquence, la condition tenant à l'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit en l'espèce être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

5. Aux termes de l'article L. 6342-3 du code des transports : " Doivent être habilités par l'autorité administrative compétente: 1o Les personnes ayant accès aux zones de sûreté à accès réglementé des aérodromes ()./ La délivrance de cette habilitation est précédée d'une enquête administrative donnant lieu, le cas échéant, à consultation du bulletin no 2 du casier judiciaire et des traitements automatisés de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de 31 de la loi no 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification ". Aux termes de l'article R. 6342-20 du même code : " L'habilitation peut être retirée ou suspendue par le préfet territorialement compétent lorsque la moralité ou le comportement de la personne titulaire de cette habilitation ne présente pas les garanties requises au regard de la sûreté de l'État, de la sécurité publique, de la sécurité des personnes, de l'ordre public ou sont incompatibles avec l'exercice de son activité ".

6. Il résulte de l'instruction que l'autorité a motivé son arrêté sur le repli identitaire et un changement de comportement sur fond de pratique religieuse sur son lieu de travail.

7. Au regard de l'ensemble des pièces produites par les parties, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du préfet de police du 11 juillet 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Au regard du motif de la suspension prononcée, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de restituer à M. C son habilitation dans un délai de sept jours.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision en date du 11 juillet 2024 par laquelle le préfet de police a retiré l'habilitation d'accès aux zones réglementées des plateformes aéroportuaires délivrée à M. C est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de restituer à M. C son habilitation dans un délai de sept jours.

Article 3: L'Etat versera à M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au préfet de police.

Fait à Melun, le 16 août 2024.

Le juge des référés,

E. ALLEGRELa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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