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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2409623

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409623

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409623
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationChambre Reconduite à la frontière 12
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 29 juillet, 6 et 8 août 2024, M. B A, représenté par Me Berdugo, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 juillet 2024 par lequel le préfet de la

Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant un période de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-et-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la présente décision, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

- que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- que le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation ;

- qu'il méconnait le principe du contradictoire prévu par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- qu'elle est entachée d'erreur de fait en ce qu'elle mentionne qu'il dispose d'attaches personnelles dans son pays d'origine ;

- qu'elle méconnait l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas vérifié son droit au séjour avant de prendre la mesure d'éloignement litigieuse ;

- qu'elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'Enfant, ainsi que des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- qu'elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire Français :

- qu'elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 2 août 2024, le préfet de la

Seine-et-Marne informe le tribunal que la mesure contestée a été exécutée le 1er août 2024.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale relative aux droits de l'Enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Combes, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants et R. 776-15 et suivants du code de justice administrative, en vigueur à la date de la décision attaquée.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Combes, magistrat désigné, qui a en outre informé les parties, en vertu de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, qu'il était susceptible de prononcer d'office d'une injonction, et les a invités à présenter leurs observations à ce titre.

Considérant ce qui suit :

1. Par décisions en date du 23 juillet 2024 le préfet de la Seine-et-Marne a obligé M. B A, ressortissant sri-lankais né le 10 mars 1979, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant un période de trois ans. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Et aux termes de l'article 3-1 de la convention de New-York : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

3. M. A, qui soutient sans être contredit résider en France depuis l'année 2010, justifie s'y être marié le 14 mai 2012 avec une ressortissante française, et avoir bénéficié à ce titre d'une carte de séjour valable entre le 4 février 2022 et le 3 mars 2024, le couple ayant donné naissance à deux enfants français nés les 7 mai 2012 et 20 janvier 2015. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le requérant a été condamné le 12 février 2024 à une peine d'emprisonnement d'un an ferme pour agression sexuelle sur conjoint, et a été incarcéré, initialement en détention provisoire puis suite à sa condamnation, du 14 décembre 2023 au 1er août 2024. L'intéressé indique, sans contestation en défense, qu'il résidait avec son épouse et ses enfants jusqu'à son incarcération, produisant à l'appui de ces allégations plusieurs clichés photographiques, paraissant récents, le faisant figurer avec ses enfants au cours de rassemblements familiaux, et qu'il n'a pu contribuer effectivement à leurs besoins matériels et moraux durant son emprisonnement, au terme duquel l'arrêté contesté a été immédiatement et illégalement exécuté. Dans ces circonstances, au vu de l'ancienneté et de l'intensité des attaches personnelles de M. A sur le territoire français, et malgré le trouble à l'ordre public qu'il y a commis, l'intéressé est fondé à soutenir que la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, ainsi qu'à l'intérêt supérieur de ses enfants, et méconnait, par suite, les stipulations précitées.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Et aux termes de l'article R. 611-7-3 " Lorsque la décision lui paraît susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction, assortie le cas échéant d'une astreinte, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction en informe les parties avant la séance de jugement et fixe le délai dans lequel elles peuvent, sans qu'y fasse obstacle la clôture éventuelle de l'instruction, présenter leurs observations ".

6. Dans les circonstances particulières de l'espèce, le présent jugement implique uniquement qu'il soit procédé, dans le délai d'un mois, à l'effacement de l'inscription aux fins de non-admission de M. A au système d'information Schengen. Il y a lieu de rejeter le surplus des conclusions à fin d'injonction de l'intéressé.

Sur les frais liés à l'instance :

7. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté attaqué du préfet de la Seine-et-Marne en date du 23 juillet 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-et-Marne de procéder à l'effacement de l'inscription aux fins de non-admission de M. A au système d'information Schengen, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : R. Combes

La greffière,

Signé : M.D. Adelon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-et-Marne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. Adelon

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