mardi 7 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2409982 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | BURMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 août 2024, M. B C, représenté par Me Burman, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet de police de Paris a suspendu son habilitation d'accès aux zones de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires pour une durée de deux mois à compter du 11 juillet 2024 ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de renouveler son habilitation pour une durée de trois ans dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;
- l'enquête administrative est irrégulière dès lors que son casier judiciaire et le fichier de traitement des antécédents judiciaires n'ont pas été consultés ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de respect de la procédure contradictoire ;
- il est entaché d'erreurs de fait et d'appréciation dès lors que sa carte d'identification aéroportuaire n'a pas été suspendue le 15 mai 2024 et qu'il n'a jamais tenu les propos qui lui sont attribués et qui constitueraient une prétendue adhésion aux préceptes d'un islam radical ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il conteste les faits reprochés dans l'affaire pour laquelle il fait l'objet d'un contrôle judiciaire depuis le 31 janvier 2024 et qu'il présente ainsi les garanties requises au regard de la sureté de l'Etat, de la sécurité publique de la sécurité des personnes et de l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2024, le préfet de police de Paris conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par M. C dès lors que ce dernier s'est vu délivrer une habilitation d'accès aux zones de sureté des aéroports par un arrêté du 6 septembre 2024 et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Duhamel,
- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,
- et les observations de Me Lebrun, se substituant à Me Burman, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est employé par la société " Belher Interim " depuis le 8 octobre 2018 en tant qu'accompagnateur de personnes à mobilité réduite au sein de l'aéroport de Paris Orly. Il s'est vu délivrer dans ce cadre une habilitation permettant d'accéder aux zones de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires, le 17 août 2021 pour une durée de trois ans. Par une décision du 11 juillet 2024, le préfet de police de Paris a suspendu pour une durée de deux mois l'habilitation délivrée le 17 août 2021. M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le préfet de police de Paris :
2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
3. En l'espèce, il est constant que l'arrêté attaqué a été appliqué et a produit ses effets jusqu'au 6 septembre 2024. Par suite, alors même qu'une habilitation d'accès aux zones de sureté des aéroports a été délivrée à M. C à compter du 6 septembre 2024, soit postérieurement à l'introduction de la présente requête, l'exception de non-lieu soulevée par le préfet de police de Paris doit être écartée.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne la légalité externe de l'arrêté attaqué :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. L'arrêté attaqué vise les textes qui en constituent le fondement, notamment les articles L. 6332-2, L. 6342-2 et L. 6342-3 du code des transports. Il mentionne, par ailleurs, très précisément les éléments de fait pour lesquels le préfet de police a estimé que le comportement de M. C était incompatible avec l'exercice d'une activité dans les zones sécurisées des aérodromes. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 6342-3 du code des transports : " La délivrance de cette habilitation est précédée d'une enquête administrative donnant lieu, le cas échéant, à consultation du bulletin n° 2 du casier judiciaire et des traitements automatisés de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales ".
7. Si M. C soutient que l'arrêté attaqué serait entaché d'un vice de procédure dès lors que son casier judiciaire et le fichier de traitement des antécédents judiciaires n'auraient pas été consultés dans le cadre de l'enquête administrative diligentée par le préfet de police de Paris, il ne résulte pas des dispositions précitées que l'autorité administrative serait dans l'obligation d'effectuer ces diligences qui ne sont qu'une possibilité offerte à l'administration. En tout état de cause, il ressort du rapport d'enquête administrative de la police aux frontières de l'aéroport de Paris-Orly du 17 juin 2024 que les fichiers de traitements automatisés de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationale ont été consultés à l'occasion de cette enquête. Par suite, le moyen ne pourra qu'être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ".
9. Il résulte de ces dispositions que l'existence d'une situation d'urgence de nature à rendre inapplicables les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être appréciée concrètement, en fonction des circonstances de l'espèce.
10. La décision par laquelle le préfet de police a suspendu la décision du 17 août 2021 habilitant M. C à accéder aux zones de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires, qui figure parmi celles devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, implique l'organisation d'une procédure contradictoire en application des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du même code.
11. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 13 juin 2024, M. C a été, d'une part, informé que le préfet de police de Paris était susceptible de suspendre son habilitation en raison de sa mise en cause dans une procédure judiciaire pour des faits de viol et, d'autre part, invité à présenter ses observations dans un délai de quinze jours.
12. Il est constant que M. C a présenté sur ce motif de suspension des observations écrites par courriel du 26 juin 2024, la circonstance que ces observations ne soient pas visées dans l'arrêté attaqué étant sans incidence sur sa légalité. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et n'est pas contesté en défense, que M. C n'a pas été informé du second motif ayant fondé l'arrêté en litige et tiré de ce que son comportement et son adhésion aux préceptes d'un islam radical suite aux propos inquiétants qu'il avait tenu lors de l'exercice de ses missions étaient de nature à caractériser un comportement ne présentant pas les garanties requises au regard de la sûreté de l'Etat, de la sécurité publique, de la sécurité des personnes, de l'ordre public. Par suite, il n'a en effet pas été mis en mesure de présenter des observations sur ce second motif. Cependant, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors que, ainsi qu'il sera dit plus avant, le premier motif de l'arrêté attaqué tiré de ce que M. C faisait l'objet d'une procédure judiciaire pour viol depuis janvier 2024 ce qui était incompatible avec l'exercice de son activité est fondé et suffit à lui-seul à justifier la suspension de l'habilitation. Dans ces conditions, et alors même qu'il n'a pu présenter des observations sur le second motif de retrait, M. C qui a effectivement pu présenter des observations sur le premier motif justifiant à lui-seul la suspension en litige, le moyen tiré du non-respect du caractère contradictoire de la procédure doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne de l'arrêté attaqué :
13. Aux termes de l'article L. 6342-2 du code des transports : " L'accès à la zone côté piste de l'aérodrome et la circulation dans cette zone sont soumis à autorisations. Les personnes accédant aux zones de sûreté à accès réglementé et y circulant sont tenues de détenir, outre le cas échéant l'habilitation mentionnée au premier alinéa de l'article L. 6342-3, un titre de circulation ou l'un des documents mentionnés au point 1.2.2.2 de l'annexe au règlement (UE) n° 185/2010 de la Commission du 4 mars 2010 fixant des mesures détaillées pour la mise en œuvre des normes de base communes dans le domaine de la sûreté de l'aviation civile. () ". L'article L. 6342-3 du même code précise que : " Doivent être habilités par l'autorité administrative compétente : 1° Les personnes ayant accès aux zones de sûreté à accès réglementé des aérodromes ; / (). La délivrance de cette habilitation est précédée d'une enquête administrative donnant lieu, le cas échéant, à consultation du bulletin n° 2 du casier judiciaire et des traitements automatisés de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification. / () ". Enfin, aux termes de l'article R. 6342-20 de ce code : " L'habilitation peut être retirée ou suspendue par le préfet territorialement compétent lorsque la moralité ou le comportement de la personne titulaire de cette habilitation ne présente pas les garanties requises au regard de la sûreté de l'Etat, de la sécurité publique, de la sécurité des personnes, de l'ordre public ou sont incompatibles avec l'exercice de son activité. ".
14. Pour suspendre pendant une durée de deux mois l'habilitation de M. C, le préfet de police de Paris a notamment retenu que M. C faisait l'objet d'une procédure pour viol sur une personne travaillant également à l'aéroport de Paris-Orly et a relevé que sa moralité et son comportement ne présentaient pas les garanties requises au regard de la sûreté de l'Etat, de la sécurité publique, de la sécurité des personnes, de l'ordre public ou étaient incompatibles avec l'exercice d'une activité dans les zones de sûreté à accès réglementé des aérodromes.
15. En premier lieu, M. C ne peut utilement soutenir que le rapport d'enquête administrative serait entaché d'une erreur de fait dès lors que sa carte d'identification aéroportuaire n'a pas été suspendue le 15 mai 2024, alors que la décision attaquée ne se fonde pas sur un tel motif.
16. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport d'enquête administrative du 17 juin 2024 de la police aux frontières et du courrier du 13 juin 2024 que M. C a adressé au préfet de police de Paris, qu'il a été mis en examen et fait l'objet d'un contrôle judiciaire depuis le 31 janvier 2024 pour des faits de viol. Si M. C conteste la matérialité des faits reprochés et invoque la présomption d'innocence, il ne peut toutefois utilement se prévaloir de l'absence de condamnation pénale à laquelle la décision de suspension n'est pas subordonnée. Par ailleurs, le requérant ne conteste pas avoir fait l'objet d'un placement sous contrôle judiciaire, d'une interdiction de sortie du territoire et d'une interdiction de se rendre dans le département de l'Essonne. Dans ces conditions, eu égard à leur nature, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet de police de Paris a considéré que la moralité et le comportement de l'intéressé étaient incompatibles avec l'exercice de son activité. Il résulte de l'instruction que le préfet de police de Paris aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce seul motif.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police de Paris.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gougot, présidente,
M. Duhamel, premier conseiller,
M. Combier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2025.
Le rapporteur,
B. DUHAMEL
La présidente,
I. GOUGOTLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026