Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410114
mercredi 11 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2410114 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Chambre Éloignement 12 |
| Avocat requérant | SELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 août 2024, M. A B, représenté par Me Langagne, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 août 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Melun a décidé de lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui faire bénéficier des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile.
M. B doit être regardé comme soutenant que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, conclut au non-lieu à statuer.
Elle soutient que par une décision du 20 août 2024, il a bénéficié des conditions matérielles d'accueil et que par suite la décision du 5 août 2024 n'a produit aucun effet.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Rehman-Fawcett, conseiller, pour statuer dans les procédures relatives à l'éloignement des étrangers mentionnées par le code de justice administrative et notamment ses chapitres 6, 7, 7bis, 7ter et 7quater des titres VII des livres VII et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction antérieure ou issue des dispositions des articles 72 à 79 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 et du décret
n° 2024-799 du 2 juillet 2024.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rehman-Fawcett ;
- et les observations de Me Langagne, représentant M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 10h38.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant afghan, né le 28 février 2006 à Laghman (Afghanistan), est entré en France en septembre 2022 selon ses déclarations. Le 24 novembre 2023, il a enregistré une demande d'asile auprès de la préfecture de Seine-et-Marne. Il a sollicité le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 5 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui faire bénéficier des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur l'exception de non-lieu :
2. Si avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai de recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de l'excès de pouvoir sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision retirée dont il était saisi. Il en va ainsi quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.
3. En l'espèce, s'il ressort des pièces du dossier que la décision du 5 août 2024 portant refus de bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B a été retirée, postérieurement à l'introduction de la requête, par une décision du 20 août 2024, cette dernière n'est pas devenue définitive. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 5 août 2024 conservent leur objet. L'exception de non-lieu à statuer opposée par l'OFII doit, par suite, être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de de l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à compter du 1er janvier 2019 et abrogé le 1er mai 2021 : " Les décisions d'admission dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, de sortie de ce lieu et de changement de lieu sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 744-2 et en tenant compte de la situation du demandeur / Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile :1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile mentionnés à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code./ Les demandeurs d'asile accueillis dans les lieux d'hébergement mentionnés aux 1° et 2° du présent article bénéficient d'un accompagnement social et administratif. / Le représentant de l'Etat dans le département peut s'opposer pour des motifs d'ordre public à la décision d'admission d'un demandeur d'asile dans un lieu d'hébergement. Dans ce cas, l'office est tenu de prendre une nouvelle décision d'admission. L'office s'assure de la présence dans les lieux d'hébergement des personnes qui y ont été orientées pour la durée de la procédure. / Les normes minimales en matière d'accompagnement social et administratif dans ces lieux d'hébergement sont définies par décret en Conseil d'Etat. Ce décret vise à assurer une uniformisation progressive des conditions de prise en charge dans ces structures. / Un étranger qui ne dispose pas d'un hébergement stable et qui manifeste le souhait de déposer une demande d'asile peut être admis dans un des lieux d'hébergement mentionnés au 2° avant l'enregistrement de sa demande d'asile. Les décisions d'admission et de sortie sont prises par l'office en tenant compte de la situation personnelle et familiale de l'étranger. "
5. Si M. B soutient que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 744-3 précité, arguant qu'étant mineur, il n'était pas soumis à une obligation de soumettre une demande d'asile dans un délai de 90 jours à compter de son arrivée sur le territoire français, il ressort toutefois que le texte dont il se prévaut ne présente aucun lien avec le litige, et en tout état de cause a été abrogé le 1er mai 2021. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé : C. REHMAN-FAWCETT
La greffière,
Signé : S. AIT MOUSSA
La République mande et ordonne au directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. AIT MOUSSA