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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2410146

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410146

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET ARCO-LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 août 2024, M. A B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel la présidente du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de

Seine-et-Marne lui a infligé la sanction disciplinaire de la révocation.

Il soutient que :

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que : d'abord, les motifs de l'arrêté en litige, qui laissent entendre qu'il est un fraudeur et un voleur, portent atteinte à son honneur et à sa considération, ce qui a des conséquences directes sur sa vie privée et professionnelle ; ensuite, l'arrêté en litige le prive de la qualité de fonctionnaire et de l'évolution de carrière attachée à cette qualité ; enfin, l'arrêté en litige entraîne la perte d'une partie de sa rémunération qui n'est pas compensée par le versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, ce qui lui cause des difficultés financières au quotidien ;

-il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige pour les raisons suivantes :

*cet arrêté est intervenu au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que : en premier lieu, il n'a pas reçu les informations prévues à l'article L. 532-3 du code général de la fonction publique lors de l'entretien préalable à une sanction disciplinaire qui s'est tenu le 23 novembre 2023 ; en deuxième lieu, ces informations ne lui ont été données que tardivement, le 22 février 2024 ; en troisième lieu, le compte rendu de l'entretien préalable à une sanction disciplinaire du 23 novembre 2023 ne comporte pas sa signature ; en quatrième lieu, le droit de se taire découlant de l'article 9 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 a été méconnu, puisqu'il n'a pas été préalablement informé de ce droit ; en cinquième et dernier lieu, la parité numérique entre représentants des collectivités territoriales et représentants du personnel n'a pas été respectée lors de la séance du conseil de discipline du 31 mai 2024 ;

*la sanction disciplinaire du premier groupe dont il a fait l'objet en 2023 devant être effacée de son dossier en application de l'article L. 533-5 du code général de la fonction publique, elle n'a pu être légalement portée à la connaissance de la cheffe du service " Budget Données Perspectives ;

*le principe non bis in idem a été méconnu, dès lors que le conseil de discipline n'a eu connaissance que d'une version " édulcorée " des faits ayant justifié la sanction disciplinaire qui lui a été infligée en 2023 ;

*l'arrêté en litige est entaché d'erreur dans la qualification juridique des faits, dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas constitutifs d'une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire ;

*la sanction contestée est disproportionnée ;

*il subit un préjudice financier et professionnel en lien direct avec la faute de l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, le SDIS de Seine-et-Marne, représenté par Me Fergon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie ;

-aucun des moyens dont il est fait état n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

Vu :

-la requête n° 2410161 tendant à l'annulation de l'arrêté dont la suspension de l'exécution est demandée ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

-la Constitution, notamment son préambule ;

-le code général de la fonction publique ;

-le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 29 août 2024 à 10h00 en présence de Mme Aumond, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella ;

-les observations de Me El Mouden, représentant le SDIS de Seine-et-Marne, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes motifs.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. M. B, adjoint administratif territorial principal de 1ère classe employé, en dernier lieu, par le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de Seine-et-Marne, s'est vu infliger la sanction disciplinaire de la révocation par un arrêté de la présidente du conseil d'administration de cet établissement public en date du 3 juin 2024. Sa requête tend à la suspension de l'exécution de cet arrêté sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur la demande de suspension :

3. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Il résulte de l'instruction et n'est, au demeurant, pas sérieusement contesté, le requérant n'étant pas tenu, à cet égard, de fournir des précisions sur les ressources et les charges de son foyer, que la révocation de M. B a pour effet de priver celui-ci de la rémunération à laquelle il avait droit en sa qualité d'agent public et qu'elle porte ainsi à sa situation financière une atteinte grave et immédiate que ne suffit pas à compenser l'allocation d'assurance chômage dont il bénéficie actuellement. Par ailleurs, l'intéressé ne peut être regardé comme s'étant placé

lui-même dans cette situation en commettant, même volontairement, les faits qui lui sont reprochés et dont il conteste notamment le caractère fautif dans la présente instance en référé. Enfin, contrairement à ce que prétend le SDIS de Seine-et-Marne, ni la gravité de ces faits, ni la circonstance que la sanction disciplinaire infligée à M. B serait proportionnée à ces mêmes faits ne sont de nature à établir l'existence d'un intérêt public s'attachant au maintien des effets de l'arrêté en litige jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité. La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit, par suite, être regardée comme remplie en l'espèce.

5. D'autre part, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de se taire et celui tiré du non-respect de la parité numérique entre représentants des collectivités territoriales et représentants du personnel lors de la séance du conseil de discipline du 31 mai 2024 sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dont M. B fait état, tels qu'ils sont analysés ci-dessus dans les visas de la présente ordonnance, qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté de la présidente du conseil d'administration du SDIS de Seine-et-Marne en date du 3 juin 2024.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par le SDIS de

Seine-et-Marne au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté de la présidente du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne en date du 3 juin 2024 est suspendue.

Article 2 : Les conclusions présentées par le service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne.

Fait à Melun, le 5 septembre 2024.

Le juge des référés,La greffière,

Signé : P. ZanellaSigné : G. Aumond

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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