lundi 9 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2410323 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET PUBLICA AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 août 2024, M. B C, représenté par
Me Clerc, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité :
1°) de suspendre la décision en date du 18 juin 2024 par laquelle la directrice de l'institut de formation en soins infirmiers du groupe hospitalier Sud Ile-de-France a prononcé son exclusion définitive ;
2°) d'enjoindre à l'institut de formation en soins infirmiers de retirer cette décision et de procéder à sa réintégration immédiate au sein de ses effectifs ;
3°) de mettre à la charge du groupe hospitalier Sud Ile-de-France une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il indique que, titulaire d'un diplôme d'Etat d'infirmier en République démocratique du Congo et d'une autorisation ministérielle d'exercer les fonctions d'aide-soignant, il a décidé à 59 ans de reprendre ses études et qu'il est étudiant depuis septembre 2020 à l'institut de formation en soins infirmiers à Melun, que sa scolarité s'est bien passée jusqu'en 2024, qu'il a redoublé sa première année ainsi que sa deuxième année, que, lors d'un stage au quatrième semestre, il a fait l'objet d'un rapport circonstancié de son enseignant à la suite d'une absence et d'un retard, qu'il a reçu le
18 mai 2024 un rapport de stage très négatif auquel était un rapport motivé lui reprochant des insuffisances théoriques réelles et une difficulté majeure à analyser les situations de soins, que ce rapport proposait des sanctions, que la commission compétente s'est réunie le 18 juin 2024 et que, par une décision du même jour, a été prononcée son exclusion définitive de la formation.
Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car il ne peut plus poursuivre sa formation et, sur le doute sérieux, que les dispositions des articles 14 et 15 de l'arrêté du
21 avril 2007 ont été méconnus lors de la convocation des membres de la section compétente, que le quorum n'était pas réuni, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et de disproportion eu égard aux insuffisances qui lui sont reprochées, ainsi que d'un détournement de pouvoir, car la section compétente s'est arrogé le pouvoir d'un jury, et que l'absence de toute possibilité de recours est constitutif d'un traitement inhumain et dégradant au sens de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2024, le groupe hospitalier Sud
Ile-de-France, représenté par Me Riquier, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés, la condition d'urgence n'étant pas satisfaite.
Vu :
- la décision contestée,
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 20 août 2024 sous le n° 2410329, M. C a demandé l'annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 27 août 2024, présenté son rapport en présence de Mme Aumond, greffière d'audience et entendu :
- les observations de Me Forand, représentant M. C, requérant, présent, qui rappelle qu'il s'est engagé dans une formation comme infirmier en 2020, qui indique qu'il a toujours eu des retours positifs dans ses rapports avec les patients, que seuls deux stages se sont mal passé, qu'il a eu des manques sur des connaissances théoriques et a ainsi redoublé sa deuxième année tout en validant ses stages, que le stage en gériatrie s'est aussi mal passé mais qu'on ne lui a pas fait de retour avant la fin de ce stage, que la section compétente a voté le 18 juin 2024 son exclusion définitive, qui maintient que la condition d'urgence est satisfaite car il ne peut terminer son cursus dans un autre institut, que le composition du jury était irrégulière et que les convocations étaient tardives puisqu'elles ont été envoyées 14 jours avant le jury et non 15 et que la composition était incomplète, que le résultat du vote a été de 8 contre 6, qu'il n'est pas possible de faire un vote secret en visio-conférence, que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car ne lui sont reprochés que des manques professionnels et non des actes incompatibles avec la sécurité des patients et que les faits reprochés sont anciens ;
- les observations de Me Chevreul, représentant le groupe hospitalier Sud Ile-de-France, qui rappelle que l'intéressé est en reconversion professionnelle depuis 2020, que la formation est sur trois ans et qu'on ne peut redoubler que deux fois, que le niveau de l'intéressé était particulièrement insuffisant, qu'il avait beaucoup trop de lacunes professionnelles et ne se remettait pas en question, que les matières de première année n'ont pas été validées, que les lacunes étaient graves et se sont traduites par des erreurs lors des stages, qu'il ne faisait pas la différence entre une maladie et une pathologie, que le nombre de personnes à superviser pendant les stages a dû être réduit, qu'il faisait preuve d'un manque de rigueur dans l'organisation des soins, qu'il a pu préparer sa défense avec son avocat, que la condition d'urgence n'est pas établie, qu'il y a un intérêt public à ne pas suspendre la décision en cause car ses lacunes étaient réelles, qu'il ne s'est pas amélioré malgré les remarques, que la convocation des membres de la section compétente était régulière et que le quorum était atteint, et que la décision contestée n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation car les faits sont graves ;
- et les observations complémentaires de Me Forand, représentant M. C, qui rappelle qu'on n'a pas le droit de suspendre un étudiant pour des lacunes professionnelles et que ses stages n'ont jamais été interrompus.
Le groupe hospitalier Sud Ile-de-France, représenté par Me Riquier, a présenté une note en délibéré le 27 août 2024.
M. C, représenté par Me Clerc, a présenté une note en délibéré le 28 août 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 18 juin 2024, la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants en soins infirmiers du groupe hospitalier Sud Ile-de-France a prononcé l'exclusion définitive de M. C de l'institut de formation en soins infirmiers. Par une requête enregistrée le 20 août 2024, M. C a demandé l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par sa requête enregistrée le même jour, la suspension de son exécution.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à estimer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.
4. D'une part, il est constant que le requérant bénéficie d'une autorisation ministérielle à exercer les fonctions d'aide-soignant. Dès lors, la décision d'exclusion n'a aucune incidence sur sa faculté de trouver un travail en qualité d'aide-soignant. Il a à cet égard indiqué à la directrice de l'institut de formation en soins infirmiers, lors d'un entretien du 14 août 2024, qu'il faisait des vacations d'aide-soignant depuis son exclusion.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'il est reproché au requérant d'importantes lacunes théoriques et pratiques, son manque d'organisation et l'absence de prise en compte des remarques de l'équipe encadrante pouvant entraîner un risque important d'accident avec les patients, alors même qu'il est en quatrième année de formation et a atteint le nombre maximum de redoublements. Ainsi, lors de son troisième stage à la résidence du château de Montjay à Bombon (Seine-et-Marne), il a fait l'objet d'un rapport circonstancié aux termes duquel il apparaissait qu'il n'avait pas respecté les consignes, ni vérifié l'identité des patients avant de procéder aux soins, ni administré les bonnes doses, ni maîtrisé les outils, ni travaillé sur les sujets demandés, ni enfin respecté les règles d'hygiène. Lors de son sixième stage, effectué au service de médecine digestive de nuit du groupe hospitalier à Melun, il a été alerté sur la nécessité de travailler la prise en charge globale du patient et la pharmacologie. Lors de son septième stage, effectué à l'association pour le maintien à domicile de Saint-Fargeau-Ponthierry (Seine-et-Marne), au service de soins infirmiers à domicile, il lui a été reproché à nouveau de manquer de rigueur, de ne pas réussir à prioriser les soins pour un même patient, ou de ne pas respecter les consignes données et lors de son huitième stage, effectué au service de neurologie du centre de rééducation fonctionnelle de la clinique de l'Essonne à Evry, son tuteur a observé qu'il rencontrait " beaucoup de difficultés ", que ses connaissances étaient " superficielles ", sa méthodologie défaillante, tout comme son organisation, ses connaissances et son lien avec la patientèle.
6. Eu égard à la persistance de ses insuffisances, lesquelles se sont confirmées lors de son neuvième stage entre mars et mai 2024 sur le site de Brie-Comte-Robert du groupe hospitalier du Sud Ile-de-France, qui a donné lieu à un nouveau rapport circonstancié, malgré de nombreuses mises en garde et remarques de ses formateurs, le groupe hospitalier est fondé à soutenir que la suspension de la décision contestée porterait atteinte à l'intérêt public qui s'attache à la sécurité des patients, la circonstance qu'aucun de ses stages n'ait été interrompu en raison des lacunes qui ont été constatées étant sans incidence.
7. Dans ces conditions, l'urgence, qui doit, ainsi qu'il a été dit, s'apprécier globalement, ne justifie pas la suspension de ladite décision.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C ne pourra qu'être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'institut de formation en soins infirmiers du groupe hospitalier
Sud Ile-de-France, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. C la somme demandée par l'institut de formation en soins infirmiers du groupe hospitalier Sud Ile-de-France, au même titre.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du groupe hospitalier Sud Ile-de-France sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au groupe hospitalier Sud Ile-de-France.
Le juge des référés,La greffière,
A : M. AymardA : G. Aumond
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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